jeudi 16 septembre 2021

Quelques moments encore, avant la fin d'un livre


 

     Expo jusqu’au 25 septembre. Départ de Mayotte début octobre. Fermeture de l’atelier de Cavani Mtsapéré. Je garde un rouleau de toile de lin extra fine, et suffisamment de tubes de couleurs, de pinceaux, de médiums pour pouvoir travailler lorsque je reviendrai à Mayotte. Sans doute pas avant un an, et sans doute pas pour plus d’un mois ; je travaillerai donc peu. Histoire de retrouver le goût des couleurs, de la chaleur, des peaux noires dénudées, des dents blanches reflétant la lumière dans des écrins de velours chocolat, toutes choses que je rencontrerai assez peu dans ma Vendée d’adoption ou dans les provinces françaises que je m’apprête à retrouver et à peindre. Je pense souvent à tous les changements qui m’attendent, mais je n’ai plus peur. Les très grosses angoisses m’ont saisi il y a deux ans ; lorsque cette décision de partir se fut révélée comme la seule possible. Il me fallait m’éloigner  de Mayotte, où j’aurai vécu vingt-huit ans, il me fallait peindre ailleurs que dans cette île où je ne remarquais plus rien, où plus rien n’accrochait mon regard, où je n’avais plus envie que de peindre ma propre nostalgie du temps qui avait passé et de ce que Mayotte avait été. En bref, j’ai l’impression de me répéter, aujourd’hui, je meurs d’ennui, et j’ai envie d’avoir envie.

    

     Reprise du blog, après quatre ans d’absence. Reprise d’une écriture épisodique, lorsque j’ai envie de dire et / ou lorsque j’ai envie de faire voir. Avec la fermeture de mon atelier de Mayotte et le déménagement en métropole, ce n’est pas une page qui se tourne, mais un nouveau livre qui va s’écrire. Il devrait aller jusqu’en 2025 et mon expo parisienne. Après, je ne sais pas.

 

     Avant, je ne sais pas grand-chose non plus. Je sais que je vais atterrir en Vendée, parce que ma mère vieillissante y habite, ainsi que mon frère et ma belle-sœur. Il va me falloir trouver un logement, et un local pour travailler et stocker. Le tout en un bloc, si c’est possible, ou à faible distance de marche. Je me remettrai sans doute à peindre avant ; je profiterai de mes recherches pour regarder autour de moi et pour faire, à nouveau, des tableaux en plein air. Regarder, calmement, et peindre, sans hâte. Un retour à l’apprentissage. Il y a tellement longtemps que je n’ai pas peint dehors. J’ai très envie par exemple de peindre la neige. Ou des rivières, ou des lacs, ou des mers froides et des lointains brumeux. Je vais changer de scènes, je vais changer de palette, je vais certainement changer de manière. Je vais apprendre, à nouveau. Avec, pour horizon, l’exposition de 2025, à la maison de Mayotte.

    

     Le seul risque que je m’apprête à prendre, en fait, est qu’engagé trop avant dans mon nouveau décor, ou qu’enraciné à nouveau dans ce qui fut chez moi, il arrive qu’un jour, je n’aie plus de désir pour Mayotte, et que je ne la peigne plus.

     Et si c’était cela qui m’attendait ?

 

 

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