Quand l’Européen contemple la Nature il sait qu’elle lui a été donnée pour qu’il en soit le maître, pour qu’on y puise ce qui nous est utile ou agréable. L’on doit remercier Dieu pour ces infinies abondances, Le louer pour tous ces bienfaits et tenter de reproduire la Nature c’est une façon d’honorer Dieu. L’humilité va donc de soi parce que si on prend Dieu comme maître ce n’est pas gagné d’avance et on va passer beaucoup de son temps à se dire qu’on n’y connaît rien.
Quand l’Européen dessine il cherche à retrouver quelque chose qu’il a vu et que personne d’autre n’a vu. Il montre alors une partie de la Nature. Il le fait du mieux parce que son dessin doit honorer Dieu. L’artiste européen sera besogneux et facilement coupable de n’avoir pas fait suffisamment.
Quand le musulman contemple la Nature il sait que Dieu l’a mise à sa disposition. Il la subit donc dans ce qu’elle a de désagréable, comme tout un chacun et en jouit sans entraves. Il ne va pas essayer de copier ce que Dieu a fait (pourquoi pas rivaliser avec Lui tant qu’on y est ?)
Quand le musulman dessine ou calligraphie il n’est pas préoccupé par la Nature mais par celui qui l’a faite. Sous son crayon ou son pinceau les formes que lui proposera la Nature se simplifieront, se « géométriseront » et se répèteront tandis que leur ensemble, leur « communauté » se complexifiera à l’extrême. Le rythme alors seul compte, ossature de la psalmodie, propice à la prière ou tout au moins à l’abandon et de là à la soumission, premier article de la foi. Son dessin doit servir Dieu. L’artiste musulman sera besogneux et soumis, y compris à ses limites, qui ne le culpabiliseront jamais.
Quand le Chinois contemple la Nature il voit tout ce que Dieu a laissé à l’humanité en même temps qu’il sait que Dieu ne peut ni être joint ni appréhendé. La Nature appartient à la sphère de l’Humain ; pas Dieu. Comprendre la Nature c’est comprendre la façon dont l’univers fonctionne. Et l’Homme avec lui. Et se comprendre soi, ce qui n’est pas rien mais ce n’est pas comprendre Dieu. Expliquer la Nature c’est d’abord la prendre toute entière avec ses biens et avec ses maux.
Quand le Chinois dessine il explique la Nature, la simplifie, trouve dans les fouillis qu’il a sous les yeux les harmonies qui rendent la Nature compréhensible. Il y cherchera des équilibres, premiers symptômes de compréhension, puis des harmonies, véritables preuves que quelque chose d’important a été compris dans le fonctionnement de l’univers et de soi-même. Son dessin doit servir les hommes. L’artiste chinois sera besogneux et fier.
Quand l’Africain contemple la Nature il sait qu’il n’est pas différent d’elle ni elle de lui. Et comme Dieu est partout ce que Nature veut Dieu le veut. Comprendre le fonctionnement de la Nature a moins d’importance que comprendre ce qu’Elle veut. Avoir un objet qui l’évoque déclenche chez l’individu tout un faisceau de projections qui seront autant d’informations sur le rapport qu’il entretient avec l’œuvre divine. Le ressenti a alors valeur de connaissance.
Quand l’Africain dessine il le fait en relief ; il fabrique un objet qui évoquera ou servira à évoquer la nature mais ne la copiera jamais. En outre, représenter la Nature n’est pas très valorisant ; c’est montrer au monde qu’on n’est pas aussi bon qu’Elle, c’est se forcer à bégayer. Il est où l’intérêt ?
Ses objets serviront d’intermédiaires avec le sacré ; l’artiste africain sera besogneux et utile.
Et notre Comorien là dedans, à la croisée des chemins africains et arabes, méprisera la représentation et privilégiera l’utile. Nous voilà bien.
La façon dont une société appréhende l'art correspond à la façon dont elle appréhende la Nature, laquelle correspond à la façon dont elle appréhende le divin. On n'est pas sorti de l'auberge!
Les profs d'arts plastiques servent-ils à quelque chose?
Les profs d'arts plastiques doivent-ils être présents à Mayotte?
Si j'étais responsable de l'enseignement de l'art pictural, à Mayotte ou aux Comores en général je crois que je commencerais par renvoyer chez eux tous les profs d'arts plastiques européens pour les remplacer par des artistes chinois.
(à suivre...)