vendredi 15 juin 2012

spécificité mahoraise

La meilleure preuve que Mayotte est vraiment en voie de départementalisation est qu’on commence à y entendre les mêmes âneries qu’en métropole. La dernière en date est l’exigence émise par Act up de « la destitution immédiate de Mme Ramlati Ali par le PS », au prétexte que la candidate aurait tenu des propos « ouvertement homophobes » et donc « absolument intolérables » prout- prout, en disant que : » le mode de vie de la population mahoraise est à l’opposé des valeurs défendues par la proposition sur le mariage homosexuel. ». Un peu mon n’veu que c’est à l’opposé !
On ne m’aura jamais beaucoup vu ni entendu défendre ou même dire du bien d’un quelconque personnage politique, mais pour une fois j’affirme haut et fort que Ramlati Ali a raison, sans l’ombre du début d’un commencement de doute. Mayotte présente tellement de points de divergence d’avec le politiquement correct métropolitain, tellement de spécificités inaliénables et à jamais non modifiables que des ajustements à la Loi sont évidemment souvent nécessaires ; toutes les régions ultra périphériques vous le diront. Nous ne sommes pas à Paris ici mais à Mayotte ; et serions nous à Mwali, à Ndzuani ou à Ngazidja que la réponse à une proposition de mariage homosexuel serait sans équivoque la même partout, à savoir : « kari vendzé ! » *

L’Islam n’aime pas l’idée du mariage homo. Le catholicisme ne l’aime pas d’avantage. Toute la chrétienté d’ailleurs répugne à cette idée. Rien à espérer non plus des autres religions ; reste la République, égalitaire et surtout laïque. Ce qui signifie que les lois de la République ont précédence sur les lois religieuses, sur tout le territoire de la République, sans exception aucune. Et c’est ainsi qu’Act up nous rappelle que » Les lois votées à l’assemblée nationale doivent être appliquées dans tout le territoire de la même façon, sans exception. » Na !
Mayotte est musulmane certes mais les réticences qu’on y trouve à l’égard du mariage gay tiennent sans doute moins au fait religieux qu’au niveau de pratique religieuse que l’on trouve ici. Il y a par exemple plus, beaucoup plus d’hommes sortant d’une  mosquée de village après la prière du vendredi qu’il n’y en a sortant de n’importe quelle église de province le dimanche matin. Moins visibles sur les parvis les femmes mahoraises sont tout aussi pratiquantes et dans la vie de tous les jours ce sont elles qui s’assurent que les enfants vont bien à l’école coranique. En outre Mayotte est une île, c'est-à-dire un gros village, comme les trois autres comores par ailleurs, ce qui signifie que ses réseaux sociaux ne seront jamais dilués dans l’anonymat d’une métropole ; là est la toute première spécificité de Mayotte.
Le mariage n’a pas été institué pour accompagner les relations amoureuses entre un homme et une femme ; l’affect qui relie un homme et une femme, toutes les religions s’en contrefichent. Ce qui compte, ce qui compte vraiment, ce sont les enfants, le soin qu’on leur apporte, la surveillance que l’on exerce, les règles qu’on leur impose. Le mariage est cet engagement, public donc solennel, sanctifié de surcroit par la bénédiction religieuse. Le mariage n’est pas fait pour les gens qui s’aiment mais pour la famille dont ils vont être à l’origine. Précepte d’autant plus important que la communauté sera petite et Mayotte est une petite communauté.
Le mariage gay peut se pratiquer à Paris ou à Bègles mais il ne peut être imposé à Mayotte et Ramlati Ali a parfaitement raison de parler de spécificité. C’est d’ailleurs, et ce n’est pas un hasard, la même spécificité dont se réclament les autres îles extra périphériques que sont Wallis, la Guadeloupe la Martinique etc…Refuser cette réalité, refuser ce qui constitue la base même d’une différence aussi constitutive c’est, au mieux prendre ses désirs pour des réalités, au pire vouloir les imposer obsessivement à autrui. (Ce qui me rappelle très exactement l’inadéquate départementalisation imposée contre toute logique et donc contre tout avenir…)
 Les trépigniaiseries de Act up n’y changeront rien. Dire de Mme Ali qu’elle est « ouvertement homophobe » est une hystérie de défense car on peut fort bien être contre le mariage homo sans pour autant jeter de pierres aux homos qui passent. Il n’est que de venir aux comores pour se rendre compte que sur chacune des îles existe une très grande tolérance à l’égard de l’acte sexuel, qu’il soit hétéro ou homo et que le sexe y est largement toléré, même dans un endroit où tout le monde se connaît, à la condition expresse qu’il n’y ait ni prosélytisme ni coercition ni scandale. Nous sommes bien loin des bruyantes et affichées extravagances pratiquées dans les bars du Marais ou les saunas des grands boulevards.

Quant à affirmer que s’opposer au mariage homo c’est participer à la propagation du SIDA moi y en a rien comprendre mais ça me fournit le mot de la fin : malambe swafi !**

*   Nous n’en voulons pas
** foutaises !

Billet paru dans  Upanga du mois de juin

mardi 5 juin 2012

Expo annuelle

Exposition au comité du tourisme à partir de vendredi prochain (vernissage à 18 h 30). Deux grands tableaux en couleur et le reste, du noir et blanc avec des touches de couleurs.
Je commence à en avoir un peu marre du noir et blanc avec des touches de couleur. Jamais content. Je rêve à nouveau de me vautrer dans la lumière et la couleur. Histoire à suivre. De toutes façons tout n'est jamais qu'histoire à suivre. Pour quelle foutue raison veux-je mettre une majuscule à Histoire???
A part ça tout va bien. L'Europe va bien, la France va bien, Mayotte va bien, que du bonheur. Moine, finalement peut-être qu'il n'y a que ça de vrai. T'es isolé, protégé, loin de tout, t'es entre potes, tu bosses sur ce qui te plait, tu n'abuses ni du chocolat ni du Martini, tu fais pas de mauvaise graisse, pas beaucoup de négatif quand on y réfléchit. Une vie en communauté, voila, je crois ce que j'aimerais. Debout à quatre heures, dessin ou peinture jusqu'à midi, repas en commun, sieste, travaux d'intérêt général pendant quelques heures, vaisselle, ménage, même nettoyer les chiottes, je crois que je m'en ficherais éperdument, petite promenade le soir à la vesprée, diner léger, ablutions, hop au lit et debout le lendemain à quatre heures pour travailler jusqu'à midi. Ad infinitum. Pendant ce temps là la crise éclate et recouvre le monde de son manteau de frayeurs et de ténèbres et force le bon peuple à marcher tête baissée, genoux fléchis, cervelles vides, entrailles hurlantes, et moi pendant ce temps là je bosse, je dors, je mange (frugalement, enfin...). Fantasme obsédant mais niais. Mon fils est là, qui ne comprends rien à mes élucubrations, qui voit que je souffre mais qui n'en peut mais, qui ne comprend rien en fait mais qui attend que je vive et il va donc falloir que je fasse un effort, non pas seulement pour travailler, ce qui est facile mais pour vivre, ce qui est beaucoup plus dur.


Donc j'en ai un peu marre du noir et blanc avec de la couleur, je ne sais plus quoi faire, je vais me saouler le soir du vernissage, Moustoifa me ramènera à la maison, je dormirai jusqu'à midi et on en saura peut-être d'avantage après.

mercredi 16 mai 2012


Observations d’un peintre m’zungu

Les gens qui passent lorsque je peins en ville donnent une bonne idée de Mayotte ; quatre vingt dix pour cent sont noirs et dix pour cent sont blancs. Certains s’arrêtent, beaucoup ne s’arrêtent pas.
Je ne parle ici que des gens qui ne me connaissent pas et qui s’arrêtent quand même.

Sur dix wazungu qui s’arrêtent six ou sept sont des femmes, trois ou quatre sont des hommes.
Sur dix noirs qui s’arrêtent, neuf sont des hommes.

Sur dix wazungu mâles qui s’arrêtent plus de la moitié ont une parole aimable, ou font un compliment sur le travail ; la conversation s’engage si mon regard croise le leur.
La proportion est à peu près la même si les wazungu sont des femmes.

Sur dix hommes noirs qui s’arrêtent sept ou huit vont faire un sourire, un bonjour ou/et un compliment. Même s’il n’y a pas communication visuelle.
Sur dix femmes qui s’arrêtent deux ou trois vont faire un sourire ou un hochement de tête. S’il n’y a pas échange de regards il est rare que la femme prenne l’initiative de la parole.

L’attitude des hommes d’ici oscille entre le manque d’intérêt et l’intérêt poli, souvent teinté d’une pointe d’amusement ; quelque chose comme : « Et vraiment on peut vivre de CA ?! »
L’attitude des femmes d’ici oscille entre le manque d’intérêt, voire la franche rigolade si elles sont à plusieurs et la réaction pas toujours polie. Le mépris, lorsqu’il existe, est clairement affiché. Plus le niveau social est bas plus les femmes d’ici ont cette attitude.

Les indigènes mâles faisant partie de l’élite (bien habillés, français correct, grosse voiture, bureau secondaire au 5/5, parking en double ou en triple file) ont le même comportement que celui décrit précédemment. Indifférence, mutisme, vague mépris.
Les indigènes mâles du tout venant, ceux qu’on trouve à la campagne, les gueux, les va nu pieds, les matsaha vendeurs d’oignons sont quant à eux curieux, souriants ou goguenards, et poseurs de questions.

Les mahoraises faisant partie de l’élite s’arrêtent, regardent, engagent volontiers la conversation, commentent et sont aimables. Eh oui !
Les femmes du tout venant manifestent au mieux de l’amusement jovial au pire du mépris et lorsqu’il y a mépris celui-ci est clairement affiché puisque, si je les regarde, elles passent en tournant ostensiblement la tête. Non seulement elles ne s’intéressent pas à mon travail mais elles me font voir qu’elles ne s’y intéressent pas.

Peu de différence entre les jeunes hommes et les plus vieux, sinon peut-être que les jeunes se marrent davantage.
Une grande différence par contre entre les femmes adultes, pas toujours aimables et les jeunes, rigolardes mais plus intéressées.
L’attitude des passants, qu’ils soient hommes ou femmes diffère sensiblement selon que le travail est petit (tableau sur chevalet) ou grand (peinture sur mur) et surtout si le travail est en couleur ou en noir et blanc. Dans ce dernier cas, c'est-à-dire lorsqu’il n’y a que dessin, les chalands des deux sexes s’arrêtent, discutent, plaisantent.
Je n’ai dessiné qu’une fois en extérieur en Grande Comore et je ne peux donc rien en dire. J’ai par contre dessiné et peint à Anjouan (Mutsamudu) et à Mohéli. Les réactions dans ces deux iles sont les mêmes que celles observées à Mayotte, à une exception toutefois, celle de la classe « élite » où les attitudes sont à l’inverse de celles de Mayotte. A Moheli, et surtout à Anjouan mon expérience m’a conduit à constater que les hommes en place discutent avec le peintre plus volontiers que ne le font leurs consœurs. Depuis vingt ans que je peins ici les commentaires les plus méprisants, voire les plus agressifs ont été le fait d’Anjouanaises aisées. C’est comme ça ; Denam’neyo.
Conclusions brèves
Dans les Comores en général et à Mayotte en particulier les gens se fichent complètement de la peinture. Ca, on le savait. A partir de là, deux questions : est-ce que ça peut changer ? Est-ce que ça doit changer ? Impossible de répondre à ces questions dans le format de ce billet. Quelques pistes cependant.
S’il y a changement il ne viendra sans doute, à Mayotte du moins, que des femmes ayant un niveau d’éducation supérieur. Rien à attendre des hommes à cet égard, sauf bien sur si l’artiste va faire ses courses en Ferrari.
Le changement arrivera sans doute plus par le dessin que par la peinture. Peut-être alors conviendrait-il de se passer des profs d’arts plastiques et de les remplacer par des gens sachant dessiner. Des artistes chinois par exemple, fort calés dans ce domaine et auxquels il serait difficile de dire que le dessin ou la peinture sont « des trucs de M’zungu ».
Resteront les questions de savoir si la promotion d’un art se fait par le maître ou par l’agrégé ; est-ce que la peinture sert à quelque chose ; et la toute première des questions, à savoir pourquoi y a-t-il si peu d’intérêt pour la peinture dans la région ?
Les réactions à ce billet peuvent être mises sur mon blog et ses commentaires : http://www.comores-mayotte-art.blogspot.com

dimanche 6 mai 2012

Une bonne chose de faite; il en reste 100 000

Pas mécontent bien sur qu Talonet' Ier ait été dégagé mais je vais attendre la fin des législatives avant de sabrer le champagne. Pour ce soir c'est Champomy.
La solution parfaite serait que les législatives offrent aux Verts et à Mélenchon des groupes suffisamment confortables pour forcer Hollande à rester dans les clous. La Finance de toutes façons ne lâchera rien, gauche molle ou gauche dure. Six mois plus ou moins peinards nous attendent avec Flamby; au mieux et sans doute moins. Et la crise repartira.
Une seule solution pour ne pas trop perdre, acheter de l'art, du bon, de celui qui vivra plus longtemps que les artistes et leurs promoteurs. Si vous voulez un conseil pour guider votre choix demandez moi.

Le tableau du dessus est assez grand; 2 m x 1,20

To my good Australian friend, Rod

A good thing done; just another 100 000  to go

The crooked gnome has gone; good riddance. That's the good news. The bad one is that it'll serve nothing. With the nice socialist cutie we now have we may keep smiling for three to six months, most probably three, say until the end of the holidays and then it will be back to business as usual with the finacial system calling the shots. Champagne will wait and cider is the largest word in the house tonight. The elections of MP are to come in June and I dream of a strong greenies bunch coupled with a good dose of slightly reddish leftists to keep our working class lover on his rails.
In the coming future, and in my opinion, there is nothing much one can do to avoid hassles and misery but for buying works of art perhaps; good, well made and longlasting pieces which will oulive their makers and sales agents. Should you need some piece of advice I may have a name or two to drop. One name pops immediately to mind that's clear enough but I'll keep it secret unless offered a bribe..
The picture above is a fairly large one; 2 m x 1,20

Skype should be operative within the coming weeks; before the end of May we are told.

Looking very much forward to see you both on the screen soon.

Best of love

Marcel

mardi 24 avril 2012

On résume: 25 % pour Sarko, 20% pour la blondasse, auxquels on ajoute les sympathisants de Manuel Valls et la moitié des centristes de Bayrou. On peut, sans grand risque de se tromper affirmer qu'aujourd'hui 2 français sur trois sont très à droite ou très attachés à la droite extrême. La déchéance continue. La France, pays très ordinaire en voie de devenir médiocre, donneuse de leçons et imbue de son histoire. Honte et tristesse. Normal quand on y réfléchit bien; il n'y a aucune raison pour que les français soient des individus plus intelligents que les autres. Honte et tristesse. Et peur de l'avenir. Pas beaucoup envie d'écrire. Dessiner suffit. Les mots ne servent plus à rien. Dessiner et prier pour que les petits soient enfin entendus ce qui n'est sans doute pas demain la veille.


La vie d'artiste continue. Quelques tableaux en témoignent. Grosses difficultés à aborder la couleur en ce moment. C'est comme ça.
Ah! J'oubliais! Moustoifa est désormais mon fils adoptif. Lui aussi cherche du boulot; froid et clim. Si quelqu'un voit quelque chose...

lundi 13 février 2012

Ils sont où les élus de Mayotte


Il existe fort peu de circonstances dans la vie où l’on puisse prendre parti sans être torturé par le moindre doute et sans avoir à expliquer ou justifier son opinion. Mr Guéant vient de nous fournir un de ces rares moments. Nous n’irons pas jusqu’à le remercier mais force nous est de constater, sans hésitation et sans état d’âme, qu’affirmer qu’une civilisation, la nôtre en l’occurrence, celle du vin rouge et du saucisson, est « supérieure » à une autre témoigne au mieux d’une immense et incurable niaiserie, au pire d’une abyssale duplicité. On peut discuter de ce qui constitue une culture, du champ que recouvre une civilisation, de leurs chevauchements et de leurs limites, sans doute. La construction d’une civilisation s’étend sur tant de siècles et exige tant de contributions humaines qu’on y trouve nécessairement, au bout du compte le pire au côté du meilleur, l’abject accolé au sublime, l’héroïsme alternant avec la lâcheté. On peut donc faire intervenir les plus grands penseurs de ce siècle ou d’autres plus anciens, on peut disséquer à n’en plus finir sur des définitions toutes plus savantes les unes que les autres, rien, absolument rien ne viendra jamais soutenir qu’une civilisation puisse, à la lueur de l’histoire, être « supérieure » à une autre. Les mots de Claude Guéant sont donc vides de sens et aucun autre débat ne sera plus entamé sur ce sujet. D’autant plus que la réponse apportée par Mr Letchimy comprend tout ce dont on a besoin de savoir sur le sujet et de façon définitive. Qu’il en soit remercié.

Mr Guéant est peut-être raciste mais il n'est pas idiot. Non plus que ceux qui l'encouragent et le soutiennent. Ces paroles ne sont le fruit d'aucun hasard et ne révèlent rien de ce qu'est l'homme car ce ne fut pas leur premier but. A trois mois des élections présidentielles ces paroles, savamment fuitées et mises en scène sont destinées à ramener des voix. Quelles voix? Celles du Front National? Bien sur que non. Au Front National ils ont entendu bien pire et ce n’est pas ce qu’a dit le ministre qui va les impressionner. Ces paroles faisandées sont destinées à ramener d'autres électeurs; des électrices plutôt puisque la section la plus concrètement humaniste du discours de Guéant, très exactement celle reprise par Talonet' Ier, en compagnie de Mamie Angèla, la section qui parle au cœur de l’électorat c'est la comparaison de la femme musulmane, voilée, soumise, confinée entre la chambre et la cuisine, battue surement, on ne sait pas tout, lapidée parfois, partageant son homme avec deux ou trois autres femmes, rendez-vous compte, comparaison de cette femme ci avec la nôtre, la blanche et virevoltante et sexy française, qui s'habille comme elle le veut et se déshabille si elle en a envie, celle qui crie et s'entête plus souvent à tort qu'à raison, ah ah ah, qui parvient toujours à ses fins, ah! les femmes!, véritable meneuse d'hommes qui s'ébranle et montre sa poitrine ainsi que le chemin à suivre sur les murs de l'Arc de triomphe et sur les anciens billets de banque. C'est pas à la Mecque qu'on verrait çà. Critiquer les civilisations qui ne traitent pas leurs femmes comme nous le traitons nos Bardot, nos Madonna ou nos Madame de Fontenay, critiquer les arabes, les musulmans pour la place que quelques uns d’entre eux assignent à leurs femmes, ignorer que les codes ne se transmettent pas uniquement de père à fille mais aussi et peut-être surtout de mère à enfants, critiquer tous ces gens là rassemblés sous le seul vocable de "civilisation inférieure" permet, essentiellement et à fort peu de frais, de passer pour un féministe. Sans sortir un sou et sans prendre aucun engagement précis. Et il y a tout de même plus de voix à prendre chez les femmes que chez les frontistes. Et en plus Hollande ne sait plus ce qu'il faut dire et Valls n'ose plus dire ce qu'il aurait aimé dire. C'est tout bénèf. L’indignation des musulmans ? L’amalgame raciste dont ils sont l’objet ? La tristesse et la déception qui écrasent les Antillais auxquels une fois de plus il est signifé qu’ils sont des sous hommes ? De simples dégâts collatéraux. Pas de quoi fouetter un nègre.


Des enfoirés, oui, des faux derches mille fois oui; mais des crétins certainement pas. Le vrai danger ce n'est même pas Guéant. C’est toute cette presse qui, à l’instar du Figaro et de Libération, oui, Libération ! déclare que Mr Letchimy a des excuses pour s’être emporté puisqu’il est antillais. C’est donc bien çà ; Mr Letchimy est noir, il a donc le droit de dire des conneries. Tous les africains apprécieront. Le danger vient de tous ceux et toutes celles qui laissent filer de tels propos « en attendant que ça passe ».

Ce qui nous fait naturellement penser aux élus de Mayotte et à ceux qui veulent l’être, singulièrement discrets sur la question. Mesdames et Messieurs de L’UMP, du vieux nouveau centre ou d’ailleurs dans quelle catégorie placez-vous Mayotte ? Dans les civilisations supérieures ou dans les inférieures ?

On vous attend. Prononcez-vous.

dimanche 29 janvier 2012

Adendum à l'article précédent

Mises au point

1- Je partage le point de vue de So976 (un commentaire sur Malango) ; il y a quinze ans Mayotte était infiniment plus vivable qu’elle ne l’est aujourd’hui ou qu’elle s’apprête à l’être. D’où vient la différence ? De l’accès à la départementalisation et à la confrontation subséquente des fantasmes et des rêves de mieux être avec la réalité du jacobinisme français et de l’époque de crise. Avant, on s’arrangeait, on discutait, même si chacun ne maîtrisait pas la langue de l’autre, on cherchait et on trouvait la conciliation. Aujourd’hui tout est figé et la discussion a été remplacée par l’exigence. Des deux côtés. J’exige d’être traité en égal et j’exige que tu te comportes comme moi. Les départementalistes ont imposé leurs rêves de confort et de sécurité et farouchement refusé de voir les différences fondamentales entre les mahorais et les métropolitains. Lesquels, conscients pour la plupart des différences inaliénables entre les deux cultures ont refusé de dire ces différences. On ne parle pas de l’orage afin de conjurer l’orage. Il n’y avait nul besoin de départementaliser Mayotte ; être français aurait dû suffire. Finalement, quand on y songe, exiger plus que la citoyenneté, côté mahorais, et passer sous silence ce qui nous distingue aussi fondamentalement, côté métro ce sont les deux faces d’un même manque de foi dans la France. Pardonnez-moi mon pessimisme mais j’y vois un signe de déclin.

2- L’Islam ne se résume ni aux Saoudiens ni au groupes et factions terroristes qu’ils financent. Après tout il y a 1,2 milliards de musulmans et il n’y a pas 1,2 milliards de poseurs de bombes. L’histoire de l’Islam n’est certainement pas plus violente que celle de l’Occident chrétien et contrairement aux préjugés qui ont cours l’islam s’est infiniment plus répandu par le commerce que par la guerre. « Islamisme » est un mot forgé dans les années 80, qualifiant les mouvements extrémistes d’Afghanistan, mouvements largement financés par le « monde libre ». Remplacer le mot « musulman » par le mot « islamisme » est un symptôme de perversion, donc un signe de danger.
L’islamisme est un danger ; l’islamophobie l’est tout autant.
Ce qui nous ramène à Sarkozy et à sa meute de chasseurs de voix. Tous prêts à hurler au loup pour quelques voix supplémentaires et à attiser la méfiance, le mépris ou le rejet de l’autre. Sous prétexte de cette sacro sainte laïcité à laquelle personne ne comprend plus rien. Bon nombre de ceux et celles qui gravitent autour de Hollande sont facilement islamophobes également (tant que ça rapporte…) mais Talonet’ Ier est aujourd’hui le plus représentatif ; je n’y peux rien. Face aux bouleversements qui l’agitent Mayotte a beaucoup de mal à se trouver une identité. L’islam est son ciment le plus fort. L’évolution générale de l’opinion en métropole me fait craindre que la religion qu’a adoptée Mayotte soit une cause de méfiance supplémentaire. C’est déjà un peu le cas.

jeudi 26 janvier 2012

Blancs-Noirs et inversement


Le dossier spécial du dernier Mayotte hebdo traite des relations entre les Mahorais et les wazungu. On a déjà lu ça. L’année dernière un autre dossier spécial avait traité le même sujet et, n’en doutons pas, on pourra relire la même chose ou à peu près l’année prochaine. En gros entre les Mahorais et les wazungu les relations ne sont pas toujours cordiales. C’est très triste et les raisons de ce désamour sont à chercher pour partie chez les Mahorais et pour une autre partie chez les wazungu ; nous voilà bien avancés. Il y a des wazungu qui vivent en bonne intelligence avec les Mahorais et d’autres non. Et chez les Mahorais, le croiriez-vous ? C’est pareil ! Mais heureusement, et comme toujours dans Mayotte hebdo, il y a plein de raisons d’espérer que ça s’arrange. Il n’y a qu’à…, pour commencer, puisqu’il faut qu’on…, c’est évident ; et tout irait mieux si, si, si… si ma tante en avait, par exemple.

Ma lecture de la situation est différente et pour résumer à l’avance mon propos j’affirme que ce qui caractérise le regard du Mahorais sur le m’zungu c’est l’intérêt et la méfiance tandis que ce qui caractérise le regard du m’zungu sur le Mahorais c’est le désintérêt et la méfiance.
De l’intérêt naîtra la flagornerie ; du désintérêt naîtra le mépris. De la méfiance naîtra la peur. Peur du Mahorais d’être abandonné à un triste sort dans une région perçue comme hostile ; et peur d’être dominé. Peur du m’zungu qu’on ne l’aime que pour son argent et non pour ce qu’il est ; et peur d’être manipulé. Tous, je crois, voudraient bien que cet antagonisme latent ne débouche pas sur un conflit ouvert, nul n’a envie que les incidents violents d’octobre 2011 soient un avant goût de ce qui pourrait nous attendre. Pour éviter, s’il se peut, que l’opposition entre les deux populations ne devienne mortelle, ou pour s’y préparer s’il en était ainsi il convient d’en chercher les origines profondes. Celles ci sont au nombre de trois, à savoir l’argent, la couleur de la peau et la culture. Ce qui nous fait deux chapitres puisque couleur de peau et argent se chevauchent.

1 Dominant-dominé

Depuis que l’Homme domine et peuple la terre il y a toujours eu un dominant de passage qui a imposé son joug à un ou plusieurs dominés du moment. Lesquels dominés ont toujours rêvé de posséder la richesse du dominant ou tout au moins de l’en priver. C’est l’histoire des empires.
A supposer qu’aux Cieux ou aux Enfers les esclaves des Européens rencontrent les esclaves des Nubiens ils doivent certainement se raconter des histoires d’esclaves et s’ils parlent de leurs maîtres ils s’accorderont à penser que rien de fondamental ne distingue Obama de Salomon ou Elizabeth II de la reine de Saba puisqu’aucun empire n’a jamais pu se faire sans esclaves. Mais avec les empires européens il est arrivé quelque chose de nouveau.
Lorsque Salomon pille le Zimbabwe c’est un africain qui spolie et domine d’autres africains. Lorsque Darius fait main basse sur Lahore c’est un aryen qui soumet un autre aryen. Lorsqu’Alaric assiège Rome et humilie Honorius c’est un administrateur blanc qui met à genoux un autre administrateur blanc. Jusqu’à la domination européenne la construction des empires s’est toujours faite principalement aux dépends de peuples contingents à la population dominante et la supériorité du conquérant était de culture, de ressources ou de nombre, jamais de race. Une particularité intéressante de notre empire européen c’est la domination durable imposée à tout un continent et donc la confusion que sa construction a établie entre la couleur et le statut. Le dominant est blanc, le dominé est noir. Le blanc est donc riche et le noir est donc pauvre. Le blanc enseigne et le noir apprend. Que cette généralisation soit abusive, nul n’en disconvient. Mais les siècles de domination et d’ostracisme ont façonné un archétype, chez les uns comme chez les autres, qui ne pourra disparaître de l’inconscient collectif que lorsque les noirs se verront comme des descendants d’africains et non plus comme des descendants d’esclaves. Ce qu’ils ne sont pas tous. En attendant ce jour encore lointain, il est tout à fait normal, au sein d’une société dans laquelle les blancs sont les plus riches, que les plus pauvres se rallient à la couleur qui les relie, même s’il y a des riches parmi eux. La simple couleur de l’autre devient alors un argument, une preuve, tous deux d’une lumineuse et indicible évidence et lorsqu’à la suite d’une départementalisation inutile Mayotte verra se multiplier, inévitablement, déceptions et rancœurs celles ci vont tout naturellement s’accrocher aux différences les plus immédiatement visibles et qu’y a-t-il de plus différent du noir que le blanc ? Conflits sociaux et conflits ethniques vont donc se confondre ce qui rendra leur solution d’autant plus difficile.

2 Différences culturelles

En quoi la culture de Mayotte diffère-t-elle significativement de la culture de la métropole ? Les Mahorais raffolent des mabawas, ça on sait et les wazungu préfèrent les pommes de terre au riz, on sait aussi. Les wazungu mangent des escargots (répugnant !) et les Mahorais adorent le hérisson (pauvre bête !). Les wazungu ne mettent pas les doigts dans leur nez à tout bout de champ, même s’ils en ont souvent furieusement envie, et les mahorais ne passent pas leur temps à étaler leurs problèmes personnels sur la voie publique, même si ça peut les soulager. Pas de quoi fouetter un chat. En bref, ces différences culturelles dont on fait si souvent et si volontiers état dans la presse consensuelle sont des détails de la culture, comme il y a des détails de l’Histoire, des habitudes locales, avec lesquelles on a grandi, auxquelles on tient mais dont on peut se passer, au moins de temps en temps, pendant quelque temps et avec le temps. Rien là-dedans qui justifie ou explique un antagonisme latent et qui ne date pas d’hier.
Mais comment peut-on parler, à longueur de colonnes, de culture mahoraise sans parler de la religion à Mayotte? Ce n’est pas la société qui détermine une religion mais très exactement l’inverse. Sans religion point de culture. Sans Islam pas de culture mahoraise ; sans Christianisme pas de culture occidentale. Et l’on peut ajouter, à l’instar d’Hesna Cailliau, sans Indouisme pas de culture indienne, sans Confucianisme, Bouddhisme et Taoïsme pas de culture chinoise etc, etc. Etudier les rapports entre deux peuples de cultures différentes est vain tant qu’on n’étudie pas leur religion. Aucun mot sur la religion dans cette « étude » sur les relations mahoro-m’zungu. Rien sur les différentes façons d’envisager l’avenir, la propriété, ou de vivre ses relations au quotidien avec toutes les références religieuses qui façonnent et canalisent la vie du musulman. La grande majorité des prénoms, par exemple, sont tirés du Coran et bon nombre sont des déclinaisons de Dieu, de sa puissance, de sa miséricorde, de son éternité. Je suis extrêmement inquiet des réactions à venir d’un Occident qui se radicalise à tout va parce qu’il ne voit aucune autre issue à son déclin. Rigueur, austérité, rationalisme exacerbé, bientôt puritanisme. C’est toute l’aile droite du monothéisme qui se durcit face à l’aile gauche que représente l’Islam. Je ne crois pas à un « choc des civilisations » parce que je pense qu’Islam et Christianisme font partie du même courant de civilisation, celui démarré par la croyance en un Dieu unique, courant dont fait également partie le Judaïsme. S’il y a conflit entre l’Islam et le Christianisme ce sera moins un choc des contraires qu’une opposition fratricide. Même s’ils croient tous en un Dieu unique le musulman, le juif et le chrétien vont développer des manières différentes de correspondre avec Lui et avec le monde qui les entoure. Ces approches là sont le fait religieux et c’est le fait religieux qui est géniteur de culture, même si on ne s’en aperçoit plus et même si on veut à tout prix le forcer hors la vie publique, comme le veut la mode qui trotte en métropole. Rien par exemple n’est devenu plus étranger, plus dérangeant, plus soupçonneux au m’zungu lambda que cet abandon à ce qui nous dépasse, symbolisé et contenu tout entier dans ce « Inch’Allah », « s’il plait à Dieu », perçu au mieux comme un abandon de responsabilité au pire comme une réserve prévoyant une rupture d’engagement. L’Occident tout entier se méfie de l’Islam, les Etats Unis en premier, et le petit Nicolas sur leurs traces. N’est-il pas curieux également que tous les pays musulmans soient subitement devenus, sous la plume de quasiment tous les journalistes, des pays « islamistes », avec toutes les connotations négatives que contient ce vocable ! C’est contre les musulmans que sont orientées nos lois sur la laïcité. En outre, petite lâcheté d’une société à court d’idéaux, être anti musulman permet à beaucoup de nos concitoyens et hommes politiques d’être féministes à peu de frais.
Raison, rigueur, questionnement infini, exaltation de la liberté individuelle nous auront permis de conquérir le monde ; fort bien. Cela nous aura aussi permis d’apporter à ce même monde la preuve indiscutable que les nations judéo chrétiennes auront été les plus envahissantes, les plus impérialistes, les plus colonisatrices de l’histoire de l’humanité ; ce qui est beaucoup moins bien. Les attentats islamistes, la destruction du World Trade Center ne sont finalement que la signification qu’il nous faut cesser, que nous sommes allés trop loin ; ignorer ces semonces comme l’ont fait Bush, Obama et notre Talonet' Ier c’est contribuer à l’effondrement final de notre civilisation.Par manque d'idées et par manque de générosité.

Et Mayotte dans tout ça ?

Mayotte va subir. Petite et éloignée comme elle est, que pourrait-elle faire d'autre?
Les rapports entre les Mahorais et les wazungu ne vont pas s’améliorer ; comment le pourraient-il ? Tous vont être entrainés dans une spirale de ressentiment, de revendications insatisfaites et de violence. Il suffit d’une crise bancaire sérieuse , une de ces crises où on ne trouve plus de billets dans les gab par exemple, pour que Mayotte s’embrase. Le jour où Mayotte n’aura plus rien elle mettra les wazungu dehors. Elle se trouvera alors des points de convergence de vue avec ses cousins d’à côté. Un peu comme pour la Prusse de Bismarck auquel il aura fallu trois guerres pour faire son unité (contre l’Autriche, contre l’Italie et contre la France), peut-être faudra-t-il un ennemi commun pour que les quatre Comores deviennent une nation.

Pas besoin de faire quoi que ce soit pour cela. Il suffit de laisser la cupidité, la lâcheté et la couardise accomplir leur travail de sape et lorsque le géant sera tombé il ne restera plus qu’à lui prendre ses bottes. Ce sera toujours ça de gagné.

Kem gwavenzé.

mardi 27 décembre 2011

travaux de rentrée




je peins sur les murs de mon voisin et sur le mur de l'école en ce moment. Je m'emmerde un peu à travailler seul chez moi sur des petits formats. J'aimerais bien gagner ma vie en peignant des grands formats en plein air et ainsi laisser murir en atelier les tableaux les plus originaux et les plus élaborés.
Le portrait est celui de la femme d'un ami.

vendredi 18 novembre 2011

Friands de mabawas


Pendant la grève un hebdomadaire d’informations locales avait souligné, à l’attention de ses lecteurs fraichement arrivés sur l’île que les « mabawas » sont le nom indigène donné aux ailes de poulet , lesquelles viennent par conteneurs entiers des surplus d’abattoirs bretons ou brésiliens et sont vendues congelées par cartons de 10 kilos pour pas cher du tout. Si on veut manger de la viande moins chère que le mabawa on est obligé de manger son propre chat ou d’attraper sa chauve souris. Le ou la journaliste avait ensuite précisé que les Mahorais en étaient friands. « Friand », s’il faut en croire le dictionnaire se dit de celui « qui recherche avidement ». Qui ne peut pratiquement pas s’en passer ; les Mahorais sont donc friands de mabawas comme le maki l’est de bananes, comme le métro l’est de camembert, comme DSK l’est de mapuka. Au mieux un accro, au pire un drogué.
D’ailleurs dans les mêmes pages du même journal un long complément d’enquête avait été réservé à une nutritionniste qui, statistiques en main, constatait douloureusement que le mabawa lambda était composé d’environ quatre vingt pour cent de trucs pas bons du tout pour le cœur, le foie, les reins, le pancréas, des sucres par exemple, et des graisses aussi, surtout des graisses, presque 80% de graisses, rendez-vous compte et c’est à se demander si les Mahorais et Mahoraises savent exactement ce qu’ils mangent avec une telle avidité. Surtout que lorsque la graisse est grillée c’est encore pire ! Au mieux on doit leur pardonner parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font ; au pire on a à faire à des rustauds fiers d’une malbouffe qui ne peut trouver grâce ni auprès du bon goût ni auprès de la science. C’est surement pas à Neuilly qu’on mangerait des horreurs pareilles. Mais on est à Mayotte et à Mayotte c’est comme ça.

Il y a dix-sept ans de cela, encore jeune, encore mince, encore hyper actif, et ignorant encore de l’orthographe même du mot « cholestérol », entraineur de l’équipe de foot de Bandraboua, j’avais convié les responsables du club à discuter de la saison à venir autour d’un gigot de mouton que j’avais moi-même préparé, piqué à l’ail, parsemé de morceaux de beurre, cuit au four pendant longtemps à feu pas trop vif, arrosé tous les quarts d’heure de son jus de cuisson, accompagné de ses pommes de terre. Douze ans d’expérience de cuisinier derrière moi pour arriver à ce degré de succulence que, même à Neuilly, on ne trouverait sans doute pas si facilement. Je n’étais pas à Mayotte depuis six mois et je désirais impressionner l’élite sportive locale avec un produit qui ne faisait pas vraiment partie de leur ordinaire. Je me disais que s’ils étaient heureux des talents du chef ils feraient confiance aux conseils de l’entraineur. Ils durent être impressionnés puisqu’à l’issue du repas il ne restait rien du gigot de huit livres ni du kilo de pommes de terre servies avec. Je me souviens avec fierté de leurs mines réjouies, de leurs airs rassasiés, de leurs sourires satisfaits voire béats ; à la couleur près un vrai tableau de Breughel. Il ne restait pas un seul petit bout de viande collée à l’os, pas une goutte de lèchefrite, il ne restait rien vous dis-je et je crois, aujourd’hui comme hier, que si j’avais servi deux gigots au lieu d’un seul il n’en serait pas resté d’avantage.

Mais alors !... Les Mahorais seraient aussi friands de gigot ?!

Il serait intéressant, j’en déduis, d’essayer pendant quelques mois de mettre la viande de gigot au même prix que les mabawas ; juste pour voir. Ou d’offrir, au prix des insipides biscuits fabriqués en Inde, du caviar de chez Ambrossian, des confitures de chez Fauchon ou des chocolats de chez Hédiard et plus tard, mais uniquement lorsque Mayotte sera vraiment département, on essayera le Krug ou le Saint Julien. Si ça se trouve les Mahorais aimeront ça !

Décidément les peuples indigènes se révèlent parfois bien surprenants.

mardi 25 octobre 2011

pour le meilleur et pour le pire




La France fait mal en ce moment. La France réprime, la France impose, la France doute. Le vieux géant s’éteint par sa périphérie.
Le négoce est de plus en plus dur, la force devient argument, les solidarités s’effritent, le doute, la peur peut-être, anesthésient une France qui s’attend à un probable choc. La crise, on en a beaucoup parlé en métropole, on va maintenant aussi la vivre. Comme sans doute tous les pays européens. Faut-il faire un pas de plus ou faut-il s’arrêter ? Faut-il un peu plus de ces règles qui nous ont amenés à cette crise systémique ou en faut-il un peu moins ? Nous faut-il plus de mondialisation ou moins de mondialisation ?

Mayotte est mal en ce moment. Mayotte crie, Mayotte brûle, Mayotte crache. Le vieux volcan se réveille par sa surface.
Mayotte quitte le temps des espérances pour entrer dans celui du négoce. Négocier, pied à pied, négocier négocier négocier. Premier moyen de résister et de survivre. Et ainsi faire voir et entendre ce qui distingue les français de Mayotte des Français de métropole et demander qu’on ajuste à Mayotte un statut particulier parce que Mayotte est particulière. Faut-il faire un pas de plus ou faut-il s’arrêter ? Faut-il un peu plus de ces règles qui ont amené Mayotte jusqu’à la révolte des mabawas ou en faut-il moins ? Faut-il plus de département ou moins de département ?

Mondialisation, départementalisation, même combat. La départementalisation c’est la mondialisation du pauvre. Ce que l’on voit chez l’un on le verra chez l’autre et Mayotte est utile à la France parce que s’il y a un grand soir à Mayotte ce sera la veille d’autres grands soirs en métropole et en Europe. Comme un dernier avertissement.

Mayotte est une ultime expérience dans l’histoire de la France puisque la France a, avec elle, l’occasion de clore son histoire coloniale. Si Mayotte demande : « est-ce qu’on peut discuter ? » la réponse de la République devra toujours être « oui on peut. » Parce que Mayotte est seule et unique de son espèce, oui, parce que c’est la petite dernière, bien sur, parce que plus grande est la puissance et plus grands sont les devoirs, sans aucun doute, mais aussi parce qu’après Mayotte il ne nous sera plus jamais plus donné l’occasion d’accorder nos paroles (liberté, égalité, siècles des lumières…) avec nos actes. Bientôt, très bientôt, après l’effondrement, c'est-à-dire demain, nous ne saurons plus que faire avec le malaise de notre population métropolitaine et nous disposerons alors de fort peu de temps et de ressources à consacrer aux populations éloignées ou marginales. Si la France rate Mayotte il n’y aura plus de rédemption possible.
Pour nous métros le vrai courage ne consiste pas à imposer mais à aménager.

Mayotte n’est pas la Guyane, ni la Réunion, ni la Creuse et les règles qui s’appliquent en Creuse ne se justifient pas nécessairement à Mayotte. Département si on veut mais pas département comme les autres. Pour sa survie Mayotte ne doit pas revendiquer ce qui unit mais ce qui distingue. Parce que Mayotte est le dernier « confetti d’Empire », parce qu’elle est loin, parce qu’elle est toute petite et qu’à ce seul titre elle a le droit de demander d’être traitée de manière différente. Parce que tout le monde à Mayotte commence à se rendre compte que suivre l’Occident partout où il va n’est plus aussi rassurant qu’avant, parce que mettre tous se œufs dans le même panier du seul Mzungu n’est pas une preuve de sagesse et que nous avons le droit, ici à Mayotte et petits comme nous sommes, d’essayer de doubler nos chances. Et pour ce faire regarder aussi ailleurs que vers l’Europe. Il n’est pas question de changer de partenaire, nous demandons seulement le droit d’en courtiser d’autres.
Les règles qui régissent Mayotte lorsqu’elle commerce avec l’Europe ne doivent pas être les règles qui régissent Mayotte lorsqu’elle commerce avec l’océan indien. Les règles qui s’appliquent à l’Europe ne doivent jamais empêcher Mayotte de vivre dans sa région avec , aussi, les règles de sa région.
Pour nous Mahorais le vrai courage ne consiste pas à hurler mais à convaincre.

Je viens d’écrire pour « nous » Mahorais. Pour qui me prends-je ?
Tout comme il existe des Français gros et des Français maigres il existe des Français de métropole et des Français d’Outre-mer. Mayotte est à l’évidence composée de Français d’Outre mer. Il doit donc exister des Mahorais de France et des Mahorais de Mayotte. Je déclare me sentir un Mahorais de France et cette année plus qu’aucune des dix-huit autres que j’ai vécues à Mayotte. Plus il y a de bordel et plus j’ai envie de vivre à Mayotte, c’est ma révélation des derniers évènements. Mayotte donc, pour le meilleur et pour le pire.
Le meilleur aujourd’hui c’est la température, les contacts, les dents blanches partout, l’observation d’un gros village. Le pire est à venir. Kem Gwavenzé*. J’ai envie de contribuer à ce que l’avenir soit moins pire. Qu’il n’y ait pas trop de morts par exemple, voire qu’il n’y en ait pas du tout et je pense que c’est faisable. Toute ma pensée, tout mon travail, tout mon fonctionnement relationnel s’articule principalement autour de l’absolue conviction que la France, un jour ou l’autre ne restera pas à Mayotte et qu’il faut donc que Mayotte s’y prépare. Plus Mayotte se plie et se contorsionne pour rentrer dans le moule que la départementalisation lui tend moins elle se donne à elle-même les moyens de vivre et d’être digne dans les décennies à venir et je pense qu’une très bonne façon de commencer à préparer son avenir c’est encore de dire non à ce qui est imposé de l’extérieur et qui ne nous rapporte rien. Ou qu’avant d’accepter une mesure contraignante on nous laisse regarder autour de nous s’il ne s’y trouve une solution plus avantageuse. On se donnera ainsi les moyens d’échanger non seulement avec les métros mais aussi avec les gens qui nous entourent. Bref on aura un deuxième fer au feu.
L’arrêt de la départementalisation ou/et la renégotiation systématique de tout ce qui reste à mettre en place est, à mon sens le moyen privilégié de démarrer une politique d’émancipation et tant pis si on nous dit que les règles du jeu ne peuvent pas être changées en cours de partie, nous argumenterons et nous argumenterons jusqu’à ce que des modifications soient faites.
Je ne désire pas être le leader ni même l’organisateur d’un mouvement anti départementalisation ; mais j’aimerais qu'il y en ait un et j'aimerais en faire partie.

Bonne soirée à tous.

* « Kem Gwavenzé » veut dire « Inch’Allah » ou « s’il plait à Dieu »

lundi 10 octobre 2011

Mayotte et sa Presse



Curieux tout de même ce rejet de la Presse. Soit on craint qu'elle ne donne une mauvaise image des manifestant(e)s et de leurs revendications, soit on craint qu'elle ne fasse écran entre les manifestants et le pouvoir. Dans les deux cas c'est une gêneuse.

Qu'en était-il en Guadeloupe?

Quelqu'un peut-il me renseigner sur ce point?

Mayotte et sa Presse



Curieux tout de même ce rejet de la Presse. Soit on craint qu'elle ne donne une mauvaise image des manifestant(e)s et de leurs revendications, soit on craint qu'elle ne fasse écran entre les manifestants et le pouvoir. Dans les deux cas c'est une gêneuse.

Qu'en était-il en Guadeloupe?

Quelqu'un peut-il me renseigner sur ce point?