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dimanche 23 septembre 2012

mercredi 19 septembre 2012

Expo à venir



Vue des anciens boutres du port de Moroni. Ce tableau fait partie des 24 qui seront exposés à Moroni à partir du 9 novembre



dimanche 9 septembre 2012

Copies

L'un des deux tableaux est un original; l'autre est une copie. Lequel est lequel? Dans quelques jours je dirai qui a peint l'original.
J'ai envie de faire des copies en ce moment; j'ai surtout envie de sortir un peu du noir et blanc, que j'aime encore mais qui me barbe un brin.


Donc aujourd'hui on a une copie.

mercredi 5 septembre 2012

Rentrée





ra hachiri* ou charivari ?

Cette année nous aurons été gâtés. D’abord les vacances d’été, puis le Ramadan. Vacances d’été ça veut dire beaucoup de gens partis, à commencer par les profs, ce qui fait déjà pas mal de bruit et de monde en moins, sur les routes par exemple, et personne ne s’en plaint. La retenue que le Ramadan impose de facto à la conduite de chacun aura elle aussi été la bienvenue. Vacances plus Ramadan auront ainsi redonné à Mayotte une partie de ses caractéristiques d’antan. Les vieux de la vieille, dont je commence à faire partie, se sont crus, pendant quelques semaines, revenus à l’époque pas si lointaine où on pouvait prendre son temps sur tout, où on pouvait circuler en ville sans qu’on vous fit de gestes obscènes et sans être tentés d’en faire, où on pouvait se garer n’importe comment sans emmerder quiconque, où les vendeuses du bazari, aussi pingres hier qu’aujourd’hui prenaient au moins la peine d’être aimables, voire même, mais plus rarement, souriantes, où on pouvait s’attarder, discuter à loisir, bref on était ramené au temps béni du temps d’avant. Souvenirs souvenirs…

Le Ramadan s’est terminé, les vacances aussi, les profs et les bouchons sont revenus et Mayotte a repris bruyamment contact avec la vraie vie, laquelle s’articule grosso modo autour de deux grands axes, à savoir ses voisins, dont elle veut beaucoup moins et les sous, dont elle veut davantage. Pour les métros fraîchement arrivés les voisins sont ces gens qui viennent des trois autres Comores et c’est d’eux que l’on parlera chaque fois que vous entendrez l’expression « visa Balladur », lequel visa a eu pour premier but de rendre plus difficile la circulation entre Mayotte et ses voisines. Une réussite ; 7 000 morts (à la louche) depuis l’instauration du visa. Et pas un immigrant de moins ; ça c’est une mesure qu’elle est efficace. Problème insoluble, sauf à bombarder les plages d’embarquement ou à mitrailler les kwassas ; Paris le sait depuis longtemps. Alors on tergiverse et de temps à autre on envoie un quarteron de sénateurs qui constatent en soupirant que le visa n’est effectivement pas très utile et que tout ça c’est bien triste et qu’il est devenu impératif et urgent, oui : impératif et urgent de faire quelque chose, ce à quoi, n’en doutez pas une seconde, ils vont s’atteler et abondamment réfléchir une fois rentrés à Paris, promis juré craché par terre. On propose alors de supprimer le visa Balladur, ce qui va occuper les leaderesses de la vie mahoraise et apaiser (peut-être) les indignés pendant une semaine ou deux. Dans l’intervalle les petits meurtres entre amis au Conseil Général disputeront à la vie chère et aux grèves la manchette des gazettes pleurnichardes et la vie continuera comme avant. Et après avoir beaucoup causé de son assouplissement le visa Balladur, maintenu actif, sera vraisemblablement renforcé lorsqu’il sera opportun de faire une gâterie pas chère à un électorat volatil.
L’idéal bien sur serait que les voisins ne viennent plus, soit qu’on les en dissuade soit qu’ils n’y aient plus intérêt. La première hypothèse consisterait à obtenir du gouvernement comorien que sa police fasse obstacle aux départs de kwassas, ce qui est une excellente idée, encore que l’on voie mal pourquoi le gouvernement des Comores voudrait faire plaisir à Mayotte en prenant une décision forcément impopulaire et, du point de vue comorien, parfaitement illégitime. La seconde hypothèse se réaliserait d’elle-même si les Comores étaient plus riches que Mayotte, idée qui fait rire tout le monde, ou si Mayotte était plus pauvre que les Comores, idée qui n’amuse personne. Et pourtant…Il va venir d’où l’argent dont Mayotte a depuis toujours besoin ? Et surtout y en aura-t-il davantage ? Ouiiiiiii ! trépignent les départementalistes obsessionnels. Et ce qui ne vient pas de la France viendra de l’Europe! C’est prévu. Depuis le début. C’est même pour ça qu’on a tant insisté pour que Mayotte soit non seulement française mais aussi département. La France, l’Europe vont nous subventionner, c’est écrit partout dans les textes. Il y a seulement dix ans il était impossible d’envisager que la métropole n’honore pas la dette morale qu’elle avait contractée en gardant Mayotte sous tutelle. Douter de la bonne volonté de la République et de sa solvabilité vous faisait passer au mieux pour un abruti complet au pire pour un ennemi de Mayotte. Comment peut-on aujourd’hui croire et faire croire qu’il y aura plus d’argent à Mayotte alors qu’il y en a de moins en moins ailleurs et que rien n’indique une amélioration ? Si la France faillit, si l’Europe se recentre sur les plus forts, laissant les plus faibles à la porte, ou si elle implose, ce qui est envisageable il est où le plan B pour Mayotte ? Quel politicien s’en fera le héraut ?

*  « ra hachiri » soyons vigilants, slogan politique devenu la devise de Mayotte


Billet paru dans Upanga de septembre


vendredi 31 août 2012

Hue cocotte!

Ca y est, le PMU est arrivé à Mayotte. "Dans un seul café, le M'Biwi, semble se désoler le journaliste mais ça va surement s'arranger.
Mayotte est de plus en plus un département "normal". C'est moi finalement qui ne doit pas l'être.

lundi 16 juillet 2012

travail de vacances


Puisque c’est la saison des vacances on va parler un peu du travail. Le dictionnaire nous en propose trois définitions. Pour la physique le travail est « une action progressive ayant un effet constatable ». J’écris ce texte, je travaille ; Je dessine, je travaille ; j’accroche mon hamac, je travaille. Tout ou presque est donc travail. Pour l’érudit le mot « travail » vient d’un instrument de torture en usage chez les Romains et il est donc normal de souffrir quand on travaille. Et si on ne souffre pas ce n’est pas du travail. Pour le philosophe enfin c’est « une activité de transformation de la nature, propre aux hommes, productrice de valeur ». Le philosophe fait donc fi du cheval ou du bœuf qui tirent une charrue ou une carriole. Ces animaux là ne travaillent pas ; ils jouent, sans doute. Et il faut qu’il y ait production de valeur, sinon c’est n’importe quoi mais pas du travail. Accrocher mon hamac par exemple n’est pas du travail ; non plus que dessiner puis de jeter si ce n’est pas bon, avant de refaire un autre dessin etc. Le format de ce billet étant très réduit on va rogner sur le philosophe, assommant comme tous les philosophes, et se concentrer sur ce que le mot travail évoque immanquablement, à savoir la valeur et la sueur.

Accrocher mon hamac ne produit aucune valeur sinon je le ferais plus souvent. Faire un tableau produit de la valeur, quoique pas suffisamment dans ce monde imparfait. Cultiver mon champ crée de la valeur ; cultiver le champ d’autrui aussi. Or à travail et torture identiques enrichir quelqu’un d’autre est plus pénible que s’enrichir soi même. Ordonner un travail, exécuter un travail. La lutte des classes commence là. La première distinction que je propose est donc entre travailler pour quelqu’un d’autre et travailler pour soi. Dans le premier cas on peut parler de labeur, mot proche de labour qui évoque une progression pénible et ahanante, les pieds dans la glaise et les yeux rivés sur le cul des bœufs tandis que dans le deuxième on parlera d’action, d’activité ou même d’ouvrage. Si je transpire lorsque je fais un tableau j’ai le droit de m’en expliquer mais pas de m’en plaindre ; si je souffre en enrichissant le profiteur j’ai le droit de me plaindre ET j’ai le droit de faire grève, ah que oui !

On aura remarqué que ceux qui parlent le mieux des vertus du travail sont ceux qui font travailler les autres. Les probabilités pour que le travailleur s’enrichisse par son travail, le fameux rêve américain, sont les mêmes que celles de gagner au Loto ; pour un qui s’enrichit il y en a cent mille qui parviennent tout juste à survivre. Et ça ne va pas s’arranger. Il faut donc que les employés travaillent plus pour que les rentiers/possédants gagnent plus. La première tâche des rentiers/possédants sera donc de rendre le travail obligatoire.
Chaque civilisation a élaboré ses propres moyens pour s’assurer que leurs masses seraient laborieuses. La liberté individuelle étant un songe creux en Chine  c’est à chacun des maillons que sera confiée la responsabilité de la solidité de la chaine. Le système de castes indiennes maintiendra à leur juste place les maîtres et les serviteurs. Chez les chrétiens le travail sera sanctifié, élevé au rang de commandement divin (pas de ventre plein sans sueur au front) ou au rang d’idéal humain ( « Arbeit macht frei », de sinistre mémoire). Celui qui ne travaille pas ou qui le fait avec répugnance sera au mieux un oisif (père de tous les vices), au pire un fainéant, coupable de péché capital ! Excusez du peu. Et comme la crainte de Dieu ne suffit plus guère à réguler les pulsions de notre siècle vaurien on a inventé l’endettement, qui n’est rien d’autre qu’un engagement à travailler encore et encore, ad infinitum, ad nauseam, et in mortem bien naturellement, pour le plus grand profit des détenteurs du capital financier. Leur plus grand profit ? Pas certain du tout puisque le système s’essouffle et se condamne lui même.

Et le Mahorais dans tout ça ?? Ni confucéen ni bouddhiste ni chrétien ; simplement individualiste, consommateur de fraiche date, goguenard, jouisseur, soucieux, comme chacun, de son confort et de celui de sa famille, traditionnellement enclin au laisser vivre, culturellement étranger à la culpabilité que devrait entrainer l’oisiveté ou l’indolence, rétif à toute forme de coercition, d’autant plus qu’il est chez lui, sur une petite île, au milieu des siens, lesquels ne lui donneront jamais tort,. Il est fainéant le Mahorais ou il fonctionne selon un autre système de valeurs ? Ah oui, c’est vrai, il est français et il a voulu le département. Qu’il se soumette donc, et qu’il travaille, à notre rythme, selon nos normes, ce même rythme, ces mêmes normes, ces mêmes valeurs qui ont façonné les destins des chômeurs de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne…, bientôt de la France. A Mayotte comme ailleurs l’oisiveté a de l’avenir. La goguenardise par contre…




(billet paru dans Upanga de juillet) et merci à Rubens pour la copie d'un de ses tableaux



réactions à poster sur mon blog : un séjour aux Comores
http://comores-mayotte-art.blogspot.com


vendredi 13 juillet 2012

Musada





Musada veut dire "entr'aide" en mahorais. Ca existe encore. Par exemple les garçons dont voici les portraits m'ont donné un coup de main pour bétonner une cour. Ces quelques portraits, qui leur appartiennent, naturellement, sont ma façon de les remercier.

vendredi 15 juin 2012

spécificité mahoraise

La meilleure preuve que Mayotte est vraiment en voie de départementalisation est qu’on commence à y entendre les mêmes âneries qu’en métropole. La dernière en date est l’exigence émise par Act up de « la destitution immédiate de Mme Ramlati Ali par le PS », au prétexte que la candidate aurait tenu des propos « ouvertement homophobes » et donc « absolument intolérables » prout- prout, en disant que : » le mode de vie de la population mahoraise est à l’opposé des valeurs défendues par la proposition sur le mariage homosexuel. ». Un peu mon n’veu que c’est à l’opposé !
On ne m’aura jamais beaucoup vu ni entendu défendre ou même dire du bien d’un quelconque personnage politique, mais pour une fois j’affirme haut et fort que Ramlati Ali a raison, sans l’ombre du début d’un commencement de doute. Mayotte présente tellement de points de divergence d’avec le politiquement correct métropolitain, tellement de spécificités inaliénables et à jamais non modifiables que des ajustements à la Loi sont évidemment souvent nécessaires ; toutes les régions ultra périphériques vous le diront. Nous ne sommes pas à Paris ici mais à Mayotte ; et serions nous à Mwali, à Ndzuani ou à Ngazidja que la réponse à une proposition de mariage homosexuel serait sans équivoque la même partout, à savoir : « kari vendzé ! » *

L’Islam n’aime pas l’idée du mariage homo. Le catholicisme ne l’aime pas d’avantage. Toute la chrétienté d’ailleurs répugne à cette idée. Rien à espérer non plus des autres religions ; reste la République, égalitaire et surtout laïque. Ce qui signifie que les lois de la République ont précédence sur les lois religieuses, sur tout le territoire de la République, sans exception aucune. Et c’est ainsi qu’Act up nous rappelle que » Les lois votées à l’assemblée nationale doivent être appliquées dans tout le territoire de la même façon, sans exception. » Na !
Mayotte est musulmane certes mais les réticences qu’on y trouve à l’égard du mariage gay tiennent sans doute moins au fait religieux qu’au niveau de pratique religieuse que l’on trouve ici. Il y a par exemple plus, beaucoup plus d’hommes sortant d’une  mosquée de village après la prière du vendredi qu’il n’y en a sortant de n’importe quelle église de province le dimanche matin. Moins visibles sur les parvis les femmes mahoraises sont tout aussi pratiquantes et dans la vie de tous les jours ce sont elles qui s’assurent que les enfants vont bien à l’école coranique. En outre Mayotte est une île, c'est-à-dire un gros village, comme les trois autres comores par ailleurs, ce qui signifie que ses réseaux sociaux ne seront jamais dilués dans l’anonymat d’une métropole ; là est la toute première spécificité de Mayotte.
Le mariage n’a pas été institué pour accompagner les relations amoureuses entre un homme et une femme ; l’affect qui relie un homme et une femme, toutes les religions s’en contrefichent. Ce qui compte, ce qui compte vraiment, ce sont les enfants, le soin qu’on leur apporte, la surveillance que l’on exerce, les règles qu’on leur impose. Le mariage est cet engagement, public donc solennel, sanctifié de surcroit par la bénédiction religieuse. Le mariage n’est pas fait pour les gens qui s’aiment mais pour la famille dont ils vont être à l’origine. Précepte d’autant plus important que la communauté sera petite et Mayotte est une petite communauté.
Le mariage gay peut se pratiquer à Paris ou à Bègles mais il ne peut être imposé à Mayotte et Ramlati Ali a parfaitement raison de parler de spécificité. C’est d’ailleurs, et ce n’est pas un hasard, la même spécificité dont se réclament les autres îles extra périphériques que sont Wallis, la Guadeloupe la Martinique etc…Refuser cette réalité, refuser ce qui constitue la base même d’une différence aussi constitutive c’est, au mieux prendre ses désirs pour des réalités, au pire vouloir les imposer obsessivement à autrui. (Ce qui me rappelle très exactement l’inadéquate départementalisation imposée contre toute logique et donc contre tout avenir…)
 Les trépigniaiseries de Act up n’y changeront rien. Dire de Mme Ali qu’elle est « ouvertement homophobe » est une hystérie de défense car on peut fort bien être contre le mariage homo sans pour autant jeter de pierres aux homos qui passent. Il n’est que de venir aux comores pour se rendre compte que sur chacune des îles existe une très grande tolérance à l’égard de l’acte sexuel, qu’il soit hétéro ou homo et que le sexe y est largement toléré, même dans un endroit où tout le monde se connaît, à la condition expresse qu’il n’y ait ni prosélytisme ni coercition ni scandale. Nous sommes bien loin des bruyantes et affichées extravagances pratiquées dans les bars du Marais ou les saunas des grands boulevards.

Quant à affirmer que s’opposer au mariage homo c’est participer à la propagation du SIDA moi y en a rien comprendre mais ça me fournit le mot de la fin : malambe swafi !**

*   Nous n’en voulons pas
** foutaises !

Billet paru dans  Upanga du mois de juin

mardi 5 juin 2012

Expo annuelle

Exposition au comité du tourisme à partir de vendredi prochain (vernissage à 18 h 30). Deux grands tableaux en couleur et le reste, du noir et blanc avec des touches de couleurs.
Je commence à en avoir un peu marre du noir et blanc avec des touches de couleur. Jamais content. Je rêve à nouveau de me vautrer dans la lumière et la couleur. Histoire à suivre. De toutes façons tout n'est jamais qu'histoire à suivre. Pour quelle foutue raison veux-je mettre une majuscule à Histoire???
A part ça tout va bien. L'Europe va bien, la France va bien, Mayotte va bien, que du bonheur. Moine, finalement peut-être qu'il n'y a que ça de vrai. T'es isolé, protégé, loin de tout, t'es entre potes, tu bosses sur ce qui te plait, tu n'abuses ni du chocolat ni du Martini, tu fais pas de mauvaise graisse, pas beaucoup de négatif quand on y réfléchit. Une vie en communauté, voila, je crois ce que j'aimerais. Debout à quatre heures, dessin ou peinture jusqu'à midi, repas en commun, sieste, travaux d'intérêt général pendant quelques heures, vaisselle, ménage, même nettoyer les chiottes, je crois que je m'en ficherais éperdument, petite promenade le soir à la vesprée, diner léger, ablutions, hop au lit et debout le lendemain à quatre heures pour travailler jusqu'à midi. Ad infinitum. Pendant ce temps là la crise éclate et recouvre le monde de son manteau de frayeurs et de ténèbres et force le bon peuple à marcher tête baissée, genoux fléchis, cervelles vides, entrailles hurlantes, et moi pendant ce temps là je bosse, je dors, je mange (frugalement, enfin...). Fantasme obsédant mais niais. Mon fils est là, qui ne comprends rien à mes élucubrations, qui voit que je souffre mais qui n'en peut mais, qui ne comprend rien en fait mais qui attend que je vive et il va donc falloir que je fasse un effort, non pas seulement pour travailler, ce qui est facile mais pour vivre, ce qui est beaucoup plus dur.


Donc j'en ai un peu marre du noir et blanc avec de la couleur, je ne sais plus quoi faire, je vais me saouler le soir du vernissage, Moustoifa me ramènera à la maison, je dormirai jusqu'à midi et on en saura peut-être d'avantage après.

lundi 13 février 2012

Ils sont où les élus de Mayotte


Il existe fort peu de circonstances dans la vie où l’on puisse prendre parti sans être torturé par le moindre doute et sans avoir à expliquer ou justifier son opinion. Mr Guéant vient de nous fournir un de ces rares moments. Nous n’irons pas jusqu’à le remercier mais force nous est de constater, sans hésitation et sans état d’âme, qu’affirmer qu’une civilisation, la nôtre en l’occurrence, celle du vin rouge et du saucisson, est « supérieure » à une autre témoigne au mieux d’une immense et incurable niaiserie, au pire d’une abyssale duplicité. On peut discuter de ce qui constitue une culture, du champ que recouvre une civilisation, de leurs chevauchements et de leurs limites, sans doute. La construction d’une civilisation s’étend sur tant de siècles et exige tant de contributions humaines qu’on y trouve nécessairement, au bout du compte le pire au côté du meilleur, l’abject accolé au sublime, l’héroïsme alternant avec la lâcheté. On peut donc faire intervenir les plus grands penseurs de ce siècle ou d’autres plus anciens, on peut disséquer à n’en plus finir sur des définitions toutes plus savantes les unes que les autres, rien, absolument rien ne viendra jamais soutenir qu’une civilisation puisse, à la lueur de l’histoire, être « supérieure » à une autre. Les mots de Claude Guéant sont donc vides de sens et aucun autre débat ne sera plus entamé sur ce sujet. D’autant plus que la réponse apportée par Mr Letchimy comprend tout ce dont on a besoin de savoir sur le sujet et de façon définitive. Qu’il en soit remercié.

Mr Guéant est peut-être raciste mais il n'est pas idiot. Non plus que ceux qui l'encouragent et le soutiennent. Ces paroles ne sont le fruit d'aucun hasard et ne révèlent rien de ce qu'est l'homme car ce ne fut pas leur premier but. A trois mois des élections présidentielles ces paroles, savamment fuitées et mises en scène sont destinées à ramener des voix. Quelles voix? Celles du Front National? Bien sur que non. Au Front National ils ont entendu bien pire et ce n’est pas ce qu’a dit le ministre qui va les impressionner. Ces paroles faisandées sont destinées à ramener d'autres électeurs; des électrices plutôt puisque la section la plus concrètement humaniste du discours de Guéant, très exactement celle reprise par Talonet' Ier, en compagnie de Mamie Angèla, la section qui parle au cœur de l’électorat c'est la comparaison de la femme musulmane, voilée, soumise, confinée entre la chambre et la cuisine, battue surement, on ne sait pas tout, lapidée parfois, partageant son homme avec deux ou trois autres femmes, rendez-vous compte, comparaison de cette femme ci avec la nôtre, la blanche et virevoltante et sexy française, qui s'habille comme elle le veut et se déshabille si elle en a envie, celle qui crie et s'entête plus souvent à tort qu'à raison, ah ah ah, qui parvient toujours à ses fins, ah! les femmes!, véritable meneuse d'hommes qui s'ébranle et montre sa poitrine ainsi que le chemin à suivre sur les murs de l'Arc de triomphe et sur les anciens billets de banque. C'est pas à la Mecque qu'on verrait çà. Critiquer les civilisations qui ne traitent pas leurs femmes comme nous le traitons nos Bardot, nos Madonna ou nos Madame de Fontenay, critiquer les arabes, les musulmans pour la place que quelques uns d’entre eux assignent à leurs femmes, ignorer que les codes ne se transmettent pas uniquement de père à fille mais aussi et peut-être surtout de mère à enfants, critiquer tous ces gens là rassemblés sous le seul vocable de "civilisation inférieure" permet, essentiellement et à fort peu de frais, de passer pour un féministe. Sans sortir un sou et sans prendre aucun engagement précis. Et il y a tout de même plus de voix à prendre chez les femmes que chez les frontistes. Et en plus Hollande ne sait plus ce qu'il faut dire et Valls n'ose plus dire ce qu'il aurait aimé dire. C'est tout bénèf. L’indignation des musulmans ? L’amalgame raciste dont ils sont l’objet ? La tristesse et la déception qui écrasent les Antillais auxquels une fois de plus il est signifé qu’ils sont des sous hommes ? De simples dégâts collatéraux. Pas de quoi fouetter un nègre.


Des enfoirés, oui, des faux derches mille fois oui; mais des crétins certainement pas. Le vrai danger ce n'est même pas Guéant. C’est toute cette presse qui, à l’instar du Figaro et de Libération, oui, Libération ! déclare que Mr Letchimy a des excuses pour s’être emporté puisqu’il est antillais. C’est donc bien çà ; Mr Letchimy est noir, il a donc le droit de dire des conneries. Tous les africains apprécieront. Le danger vient de tous ceux et toutes celles qui laissent filer de tels propos « en attendant que ça passe ».

Ce qui nous fait naturellement penser aux élus de Mayotte et à ceux qui veulent l’être, singulièrement discrets sur la question. Mesdames et Messieurs de L’UMP, du vieux nouveau centre ou d’ailleurs dans quelle catégorie placez-vous Mayotte ? Dans les civilisations supérieures ou dans les inférieures ?

On vous attend. Prononcez-vous.

dimanche 29 janvier 2012

Adendum à l'article précédent

Mises au point

1- Je partage le point de vue de So976 (un commentaire sur Malango) ; il y a quinze ans Mayotte était infiniment plus vivable qu’elle ne l’est aujourd’hui ou qu’elle s’apprête à l’être. D’où vient la différence ? De l’accès à la départementalisation et à la confrontation subséquente des fantasmes et des rêves de mieux être avec la réalité du jacobinisme français et de l’époque de crise. Avant, on s’arrangeait, on discutait, même si chacun ne maîtrisait pas la langue de l’autre, on cherchait et on trouvait la conciliation. Aujourd’hui tout est figé et la discussion a été remplacée par l’exigence. Des deux côtés. J’exige d’être traité en égal et j’exige que tu te comportes comme moi. Les départementalistes ont imposé leurs rêves de confort et de sécurité et farouchement refusé de voir les différences fondamentales entre les mahorais et les métropolitains. Lesquels, conscients pour la plupart des différences inaliénables entre les deux cultures ont refusé de dire ces différences. On ne parle pas de l’orage afin de conjurer l’orage. Il n’y avait nul besoin de départementaliser Mayotte ; être français aurait dû suffire. Finalement, quand on y songe, exiger plus que la citoyenneté, côté mahorais, et passer sous silence ce qui nous distingue aussi fondamentalement, côté métro ce sont les deux faces d’un même manque de foi dans la France. Pardonnez-moi mon pessimisme mais j’y vois un signe de déclin.

2- L’Islam ne se résume ni aux Saoudiens ni au groupes et factions terroristes qu’ils financent. Après tout il y a 1,2 milliards de musulmans et il n’y a pas 1,2 milliards de poseurs de bombes. L’histoire de l’Islam n’est certainement pas plus violente que celle de l’Occident chrétien et contrairement aux préjugés qui ont cours l’islam s’est infiniment plus répandu par le commerce que par la guerre. « Islamisme » est un mot forgé dans les années 80, qualifiant les mouvements extrémistes d’Afghanistan, mouvements largement financés par le « monde libre ». Remplacer le mot « musulman » par le mot « islamisme » est un symptôme de perversion, donc un signe de danger.
L’islamisme est un danger ; l’islamophobie l’est tout autant.
Ce qui nous ramène à Sarkozy et à sa meute de chasseurs de voix. Tous prêts à hurler au loup pour quelques voix supplémentaires et à attiser la méfiance, le mépris ou le rejet de l’autre. Sous prétexte de cette sacro sainte laïcité à laquelle personne ne comprend plus rien. Bon nombre de ceux et celles qui gravitent autour de Hollande sont facilement islamophobes également (tant que ça rapporte…) mais Talonet’ Ier est aujourd’hui le plus représentatif ; je n’y peux rien. Face aux bouleversements qui l’agitent Mayotte a beaucoup de mal à se trouver une identité. L’islam est son ciment le plus fort. L’évolution générale de l’opinion en métropole me fait craindre que la religion qu’a adoptée Mayotte soit une cause de méfiance supplémentaire. C’est déjà un peu le cas.

mardi 27 décembre 2011

travaux de rentrée




je peins sur les murs de mon voisin et sur le mur de l'école en ce moment. Je m'emmerde un peu à travailler seul chez moi sur des petits formats. J'aimerais bien gagner ma vie en peignant des grands formats en plein air et ainsi laisser murir en atelier les tableaux les plus originaux et les plus élaborés.
Le portrait est celui de la femme d'un ami.

vendredi 18 novembre 2011

Friands de mabawas


Pendant la grève un hebdomadaire d’informations locales avait souligné, à l’attention de ses lecteurs fraichement arrivés sur l’île que les « mabawas » sont le nom indigène donné aux ailes de poulet , lesquelles viennent par conteneurs entiers des surplus d’abattoirs bretons ou brésiliens et sont vendues congelées par cartons de 10 kilos pour pas cher du tout. Si on veut manger de la viande moins chère que le mabawa on est obligé de manger son propre chat ou d’attraper sa chauve souris. Le ou la journaliste avait ensuite précisé que les Mahorais en étaient friands. « Friand », s’il faut en croire le dictionnaire se dit de celui « qui recherche avidement ». Qui ne peut pratiquement pas s’en passer ; les Mahorais sont donc friands de mabawas comme le maki l’est de bananes, comme le métro l’est de camembert, comme DSK l’est de mapuka. Au mieux un accro, au pire un drogué.
D’ailleurs dans les mêmes pages du même journal un long complément d’enquête avait été réservé à une nutritionniste qui, statistiques en main, constatait douloureusement que le mabawa lambda était composé d’environ quatre vingt pour cent de trucs pas bons du tout pour le cœur, le foie, les reins, le pancréas, des sucres par exemple, et des graisses aussi, surtout des graisses, presque 80% de graisses, rendez-vous compte et c’est à se demander si les Mahorais et Mahoraises savent exactement ce qu’ils mangent avec une telle avidité. Surtout que lorsque la graisse est grillée c’est encore pire ! Au mieux on doit leur pardonner parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font ; au pire on a à faire à des rustauds fiers d’une malbouffe qui ne peut trouver grâce ni auprès du bon goût ni auprès de la science. C’est surement pas à Neuilly qu’on mangerait des horreurs pareilles. Mais on est à Mayotte et à Mayotte c’est comme ça.

Il y a dix-sept ans de cela, encore jeune, encore mince, encore hyper actif, et ignorant encore de l’orthographe même du mot « cholestérol », entraineur de l’équipe de foot de Bandraboua, j’avais convié les responsables du club à discuter de la saison à venir autour d’un gigot de mouton que j’avais moi-même préparé, piqué à l’ail, parsemé de morceaux de beurre, cuit au four pendant longtemps à feu pas trop vif, arrosé tous les quarts d’heure de son jus de cuisson, accompagné de ses pommes de terre. Douze ans d’expérience de cuisinier derrière moi pour arriver à ce degré de succulence que, même à Neuilly, on ne trouverait sans doute pas si facilement. Je n’étais pas à Mayotte depuis six mois et je désirais impressionner l’élite sportive locale avec un produit qui ne faisait pas vraiment partie de leur ordinaire. Je me disais que s’ils étaient heureux des talents du chef ils feraient confiance aux conseils de l’entraineur. Ils durent être impressionnés puisqu’à l’issue du repas il ne restait rien du gigot de huit livres ni du kilo de pommes de terre servies avec. Je me souviens avec fierté de leurs mines réjouies, de leurs airs rassasiés, de leurs sourires satisfaits voire béats ; à la couleur près un vrai tableau de Breughel. Il ne restait pas un seul petit bout de viande collée à l’os, pas une goutte de lèchefrite, il ne restait rien vous dis-je et je crois, aujourd’hui comme hier, que si j’avais servi deux gigots au lieu d’un seul il n’en serait pas resté d’avantage.

Mais alors !... Les Mahorais seraient aussi friands de gigot ?!

Il serait intéressant, j’en déduis, d’essayer pendant quelques mois de mettre la viande de gigot au même prix que les mabawas ; juste pour voir. Ou d’offrir, au prix des insipides biscuits fabriqués en Inde, du caviar de chez Ambrossian, des confitures de chez Fauchon ou des chocolats de chez Hédiard et plus tard, mais uniquement lorsque Mayotte sera vraiment département, on essayera le Krug ou le Saint Julien. Si ça se trouve les Mahorais aimeront ça !

Décidément les peuples indigènes se révèlent parfois bien surprenants.

lundi 10 octobre 2011

Mayotte et sa Presse



Curieux tout de même ce rejet de la Presse. Soit on craint qu'elle ne donne une mauvaise image des manifestant(e)s et de leurs revendications, soit on craint qu'elle ne fasse écran entre les manifestants et le pouvoir. Dans les deux cas c'est une gêneuse.

Qu'en était-il en Guadeloupe?

Quelqu'un peut-il me renseigner sur ce point?

Mayotte et sa Presse



Curieux tout de même ce rejet de la Presse. Soit on craint qu'elle ne donne une mauvaise image des manifestant(e)s et de leurs revendications, soit on craint qu'elle ne fasse écran entre les manifestants et le pouvoir. Dans les deux cas c'est une gêneuse.

Qu'en était-il en Guadeloupe?

Quelqu'un peut-il me renseigner sur ce point?

lundi 3 octobre 2011

Revendications


Revendications


Les ailes de poulet sont trop chères et la portion de Brie aussi. Pour les ailes de poulet je veux bien mais la revendication sur le Brie me laisse songeur. Quatre vingt dix pour cent des Mahorais pourraient passer leur vie entière sans manger un morceau de Brie et ne s’en porteraient pas plus mal. Ni ne s’en plaindraient. Mais, et bien plus que les ailes de poulet, le Brie est un symbole de francitude. Plus français que le Brie on a le Camembert et plus français que le Camembert tu meurs. Si on ne mange pas de Brie au moins une fois par semaine c’est qu’on n’est pas français ou que l’on est très pauvre ; deux stigmates dont les Maorais ne veulent pas entendre parler. Bien sur pour être totalement français il leur faudra aussi se plaindre un jour du prix du vin de table mais nous n’en sommes pas encore là. C’est donc non seulement de vie chère dont on parle mais bien de citoyenneté. « Français à part entière » veut nécessairement dire avoir accès à tout ce dont disposent les vrais Français à part entière, ceux de la métropole. Dans le cas contraire on a affaire à de la discrimination. Les Mahorais ne sont pas au bout de leur peine parce que s’il n’y avait que le Brie ! Il n’y a pas non plus encore de taxes foncières ni d’impôts locaux ! C’est pas de la discrimination ça ?

Pendant ce temps là en métropole et sans que quiconque puisse en prévoir la fin, les protections sociales tombent une à une, les salaires baissent inexorablement, l’outil de travail devient de plus en plus désuet, quand il ne fiche pas le camp vers des pays moins regardant en même temps qu’énergie et matières premières se raréfient et deviennent très chères. Nos enseignants se mettent alors en grève, public et privé réunis ce qui est une petite nouveauté ; grève qui ne modère en aucune manière les plans d’austérité prévus ou déjà mis en œuvre. Il y eut grève, puis Châtel sortit de chez le coiffeur, brossa une poussière sur son veston et confirma la suppression à venir de 14 000 autres postes, puis la grève cessa, puis tout le monde reprit le travail et un courageux décret fut pris dans les mêmes moments pour limiter la consommation de frites et de ketchup dans les cantines scolaires. Les Français de métropole râlèrent un peu, se plaignirent beaucoup, doutèrent de tout, profitèrent d’un inhabituellement beau et chaud mois de septembre, et s’apprêtèrent à choisir leur président, juste avant les prochaines vacances d’été, entre un libéral de droite et un(e) libéra(le) de gauche. Pas très pugnaces les métros. Rien à voir avec Mayotte.

C’est qu’en métropole on craint de perdre ce qu’on a tandis qu’à Mayotte on craint de ne pas avoir ce qu’on doit. Les deux populations ne sont pas près de s’entendre. Inévitablement il se trouvera un jour un haut fonctionnaire de passage qui suggérera aux Mahorais de faire preuve de civisme et d’accepter de faire des sacrifices pour participer à l’effort commun de redressement national blablabla etc. J’imagine mal les Mahorais convaincus par ce genre d’argument. J’imagine mal les Mahorais acceptant de payer les dettes contractées par nos banquiers et nos financiers ainsi que les métros l’acceptent en France. Entre la finance puissante et ruineuse et le peuple victime et impuissant nos dirigeants de droite et de gauche ont indiscutablement choisi de faire payer le peuple. Entre Mr Sarkozy et Mme Aubry, tout comme par le passé entre Mr Chirac et Mr Delors il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille d’impôt. Nous avons une dette nous devons payer, voila grosso modo l’état d’esprit résigné des métros. Le principe de responsabilité est assurément très noble et joue à plein mais la sacralisation de l’argent est telle que le puissant qui possède la richesse mérite, naturellement, qu’on lui obéisse, même s’il vient de vous ruiner ou s’il s’apprête à le faire. De Gaulle avait raison ; les Français sont des veaux.
Les Mahorais sont français ; les Français sont des veaux ; donc les Mahorais sont des veaux.
C’est vrai ça ?

mardi 13 septembre 2011

Elégance



I’m just back from Amboise. One has to pay nowadays even just to pray in Saint Hubert’s chapel. Thirteen years back one didn’t have to pay until inside the castle itself. The chapel is a stone throw away from the castle. Within the domain but/and on it’s border. This Leonardo would have liked. Touching power and/but not being Power. Leonardo’s remains are buried there.
The first time I was there the visit was for free, it was cold wit something that felt like snow and I had the chapel for myself. Tiny chapel but suitable for hunting parties. In my own head I then asked Leonardo to help me to “tame, master and learn from my body”; my own words. And in my own head the thought sprang up that “the relationship is the same between the body and the soul as it is between man and God” Like an answer. Who knows?...
Thirteen years later I felt like living this experience again and I left my studio in Thouars to go to Amboise. A few hours of driving.
Ten Euros to get in, even if one wants to see just the chapel, a bright sunny crowded day, many British. Or Americans little does matter but a lot of English speaking in the streets. One could hear just English. And quite a number at that, clogging Leonardo’s chapel. A noisy, ill dressed and chicken brained lot. Since I wanted to be alone with Leonardo I waited. And when the chapel was empty I addressed the artist. “All right but from now on, what are we going to do? I’ m painting in black and white, I’m painting with colours, I make things more simple, I make them more complex, I paint on walls and I love it, under water and above water. Fine. But where will my inspiration come from next and what am I to do with what I know?
“Elegance” is the word that sprung to my mind. Like an answer.
One way or another I shall have from now on to behave more elegantly. Whatever that means.
Some work!




Je reviens d’Amboise. Il faut payer aujourd’hui pour se recueillir dans la chapelle de Saint Hubert. Il y a treize ans ils ne faisaient payer qu’à partir de l’entrée du château lui-même. La chapelle est légèrement en dehors du château. Dans le domaine mais en limite du domaine, une place qui, je pense, avait convenu à merveille à Léonard ; touchant le pouvoir mais n’étant pas le pouvoir. Il y est enterré.
La première fois que je suis venu il ne fallait pas payer, il faisait froid, avec quelque chose qui ressemblait à de la neige et j’ai eu la chapelle pour moi tout seul. Petite chapelle au demeurant, mais qui convenait à des rendez-vous de chasse. Dans ma tête je demandai alors à Léonard de m’aider à « maîtriser le corps » ; ce furent mes propres mots. Et dans ma tête encore surgit la pensée qu’ »il y a entre le corps et l’âme le même rapport qu’entre l’homme et Dieu ». Comme une réponse. Va savoir.
J’ai voulu, treize ans après, recommencer l’expérience et j’ai donc quitté mon atelier de Thouars pour aller à Amboise. Quelques heures de route.
Dix euros pour rentrer dans l’enceinte, même si on ne veut que la chapelle, un grand soleil et beaucoup de monde, beaucoup d’Anglais. Ou Américains, peu importe mais vraiment beaucoup d’anglais parlé dans les rues. Pratiquement que ça. Et beaucoup d’entre eux bien sur, dans la chapelle de Léonard. Bruyants, très mal habillés et facilement distraits ; beaucoup plus de femmes que d’hommes. Je voulais être seul avec Léonard. J’attendis donc. Et lorsque la chapelle fut vide je m’adressai au peintre. « Et maintenant », lui demandai-je ; on fait quoi « ? Je fais du noir et blanc, je fais de la couleur, je simplifie, je complexifie, je fais du grand format et j’aime les grands formats, sous marins ou pas sous marins. Très bien mais mon inspiration elle va venir d’où et je fais quoi avec ce que je sais ?!
« Elégance » fut le premier mot qui me vint. Comme une réponse. Il va donc me falloir, d’une manière ou d’une autre, être plus élégant à partir de maintenant.




Y a du boulot !...