mercredi 31 octobre 2012

rivière

Encore trois jours de travail puis deux jours de rangement puis une heure pour préparer la valise et après c'est les vacances. Ou presque. Ce sera différent en tout cas. Je vais essayer de tenir un journal de mes trois semaines aux Comores.

Another three days work then two days to tidy up a little and an hour to pack my case; holidays then; almost. It will be different in any case. I'll try to keep a diary during my three weeks there. See you shortly then

vendredi 26 octobre 2012

Assalam / La paix / Peace

C'est ce qui est écrit sur la couverture du livre. Du moins s'il faut en croire mon neveu, qui m'a fourni le graphisme. Ce sera le dernier des tableaux que j'emmènerai à Moroni. Ça aurait tout aussi bien pu être le premier d'entre eux. A tout seigneur n'est ce pas... Une reprise lui aussi puisqu'en six ans j'ai peint ce sujet deux fois en couleur et deux fois en noir et blanc. Je tenais absolument à arriver à Moroni avec ce travail. C'est donc terminé. Les tableaux sont décloués de leurs châssis, roulés dans un tube en plastique et mon avion part lundi en huit. Tout ce qui suivra sera expérience nouvelle et apprentissage.

That's what's written on the cover of the book. If my nephew is to be believed since he gave me the arabic word. This is the last one of the paintings I'll take with me to Moroni. It could habe been the first one of them just as well. In the past six years I've painted this subject twice with colours and twice with black and just a little colour. I wanted very much to come to Moroni with this picture. It's all over then. The paintings are off their stretchers, rolled in a plastic tube and my flight is due on Monday the 5th. All that is coming next will be new experience and apprenticeship.

mercredi 24 octobre 2012

Le Marcel






Ce tableau est une reprise. C'est la troisième fois que je le fais. Le premier, sur panneau de bois est à Mayotte; le second, sur toile est en métropole et celui ci finira peut-être aux Comores. Lorsque j'ai demandé au danseur anjouanais qui a posé pour moi d'exprimer ce qui était pour lui l'esclavage il a tout de suite pris cette attitude, laquelle me fait irrésistiblement penser aux attitudes que Michel Ange avait données à ses esclaves de marbre. J'en tirerais volontiers la conclusion que les rapports qu'entretenaient les Italiens du seizième siècle avec le corps et la domination étaient les mêmes que ceux que vivent aujourd'hui les comoriens de Anjouan. Autres temps, autres lieux, même réactions.
Ce tableau ira aussi à Moroni dans deux semaines maintenant.

I've done this painting three times. The first one is in Mayotte, the second one is in France and this one may end up in the Comoros. When I asked the dancer from Anjouan to mime what he felt was a slave he just took that pose, which reminded me at once of the attitude Michel Angelo gave to his slaves carved in marble. I now tend to think that the way people of sixteenth century Italy lived with their bodies and how they pictured domination was very close to the feelings of the people from the Comoros in today's time.

lundi 22 octobre 2012

La médina de Mutsamudu






Ce tableau ira aussi à Moroni pour mon expo de novembre. Encore deux après celui là et le compte sera bon.

This painting will also go to Moroni for my exhibition there. Another two to come and this will be it.

samedi 20 octobre 2012


Ce tableau fera partie de ceux qui seront exposés à Moroni du 9 au 24 novembre. Encore deux et ce sera fini.

jeudi 18 octobre 2012

Ce tableau fera partie de ceux qui seront exposés à Moroni du 9 au 24 novembre.
Rien d'autre à dire pour l'instant.

mardi 16 octobre 2012

la patate

Ce tableau fera partie de ceux qui seront exposés à Moroni du 9 au 24 novembre. Pour tout renseignements contacter Hissane Guy au 00269-769 25 72 ou au 00269  332 56 16

dimanche 14 octobre 2012

Pas de titre aujourd'hui



Ces deux tableaux font eux aussi partie de ceux qui seront exposés très bientôt maintenant à Moroni, capitale des Comores.

jeudi 11 octobre 2012

Malavuni (la campagne)

Ce tableau fera partie de ceux qui seront exposés à Moroni du 9 au 24 novembre. Pour tout renseignement contacter Hissane Guy au 00269-769 25 72 ou au 00269  332 56 16


 Malavuni ça veut dire "la campagne". Celle où l'on transpire, pas celle qu'on contemple. Personne n'y habite.



Malavuni means "country"; the sort of country you sweat for, not the one you gaze at. Who wants to live there?

mercredi 10 octobre 2012

Banga soleil

Ce tableau fait partie de ceux qui seront exposés à Moroni du 9 au 24 novembre.
Ca se rapproche.

Getting closer

lundi 8 octobre 2012

openning

Ce tableau fait partie de ceux qui seront exposés à Moroni du 9 au 24 novembre.
Je vais prendre mon billet d'avion demain. On m'a promis je crois une résidence les pieds dans l'eau pendant trois semaines. Trois semaines pendant lesquelles je vais lire, écrire, marcher, parler avec les gens. Seigneur! J'ai besoin de ça. Pas de peinture, pas de dessin, juste un peu de photos

I'll book my flight tomorow. I'm told I'll live in a house on the beach for three weeks. During these three weeks I'll read, write, walk and talk with people. I need that. No painting, no drawing, nothing. Just photography.

samedi 6 octobre 2012

lessive à Kwalé


Ce tableau fait partie de ceux qui seront exposés à Moroni du 9 au 24 novembre. Pour tout renseignement contacter Hissane au 00269-769 25 72 ou au 00269  332 56 16

jeudi 4 octobre 2012

Exercices, suite et fin



C'est bien naturellement faux de dire que c'est la fin des exercices puisque tout tableau est un nouvel exercice mais ces deux derniers portraits marquent la fin d'une série de dix , sur une seule toile, laquelle ira à Moroni. Ce travail m'aura permis de renouer avec un genre que j'affectionnais beaucoup à une époque mais que j'avais délaissé par manque d'assurance en mon dessin. J'ai également renoué avec la matière. J'en suis heureux; c'est un peu comme reprendre contact avec de vieilles retrouvailles. Le jeune homme au kofié s'appelle Moustoifa Séjour; il cherche un travail dans le froid et la clim. Toute offre sérieuse d'emploi sera récompensée par un tableau.

In English now
Obviously it's wrong to say that this is the end of my exercises since each new painting is a new exercise but these last two portraits are the end of a set of ten, on one canvass, which will go to Moroni. Painting those made me work on a genre I liked much at some stage but that I left aside for a while for lack of confidence in my drawing skills. I was also pleased to handle matter. That was nice; a little like getting back in touch with old acquaintances. The young man with the kofié is called Moustoifa Séjour. He's looking for a job doing with refrigeration and air conditionning. Any serious job offer will be rewarded with a painting.

mercredi 3 octobre 2012

Le grain the squall

Le tableau ci dessus est destiné à l'exposition de Moroni et le billet ci dessous est celui du Upanga d'octobre.

Démission ou soumission?



Octobre 2012

 Démission ou soumission ?

A chaque fois qu’il y a une manifestation des jeunes de Kaweni ou d’ailleurs la presse mahoraise, quotidienne ou hebdomadaire utilise deux expressions : enfants gâtés et adultes démissionnaires, lesquels adultes se signalent par une absence totale d’autorité sur les jeunes, qu’ils s’abstiennent de remettre au pas et auxquels ils n’ont semble-t-il fixé aucune limite. Et tous les métros de hurler à la mort face à une situation qu’il serait selon eux très facile de corriger puisqu’il suffirait aux parents de parler de la grosse dent pour que les chenapans s’assagissent et se mettent au lit de bonne heure.

Dans une famille mahoraise de sept, huit enfants et plus la mère est très souvent seule à la maison. Elle n’est pas toute seule à être seule puisqu’elle a avec elle sa mère et ses sœurs et ses tantes et les brus de ses tantes et les mères des sœurs des cousines de celles ci, plus quelques copines qui vont et viennent. La mère ne peut donc pas être partout. Elle s’occupe de la partie administrative, inscription à l’école, recherches d’allocations, elle fait les courses et prépare les repas, ce qui fait déjà pas mal et pour le reste elle confie souvent et le plus naturellement du monde le soin et l’encadrement de ses enfants aux autres femmes de la fratrie. La mère ne démissionne pas, elle délègue. Le père de son côté est absent et s’il continue à remplir le frigo après l’avoir acheté, s’il entretient sa voiture, s’il fait le taxi pour toutes ces dames, s’il emmène les garçons à la mosquée dans les occasions qui comptent et s’il les corrige rudement lorsqu’ils ont déshonoré la famille alors personne ne se plaindra qu’il ne soit pas là plus souvent. Serait-il plus présent d’ailleurs qu’on se demanderait vite, et à haute voix, ce qu’un homme peut bien faire à être toujours fourré dans les jupes des femmes, lesquelles n’hésiteront pas alors à le traiter de « sarambavi »* ce qu’aucun homme n’acceptera volontiers. Le père ne démissionne pas il obéit à la loi des femmes.

Dans ce contexte les enfants sont nourris, protégés, soignés du mieux qu’il est possible. Des enfants on attend principalement qu’ils n’apportent aucun déshonneur à la famille, c'est-à-dire pas de vol, pas de viol, pas de comportement associal, marginal ou scandaleux. Pour tout le reste les enfants se débrouillent.. Les filles sont surveillées et dorment à la maison ; les garçons sont libres de leurs déplacements et dorment entre amis. Les préoccupations des enfants ne sont pas celles des adultes, qui se souviennent qu’ils ont été enfants, et qui se souviennent donc qu’ils ont survécu aux épreuves sans en faire tout un plat, sans avoir besoin de cellules psychologiques, sans trouver ni d’ailleurs sans rechercher de consolation particulière. Les problèmes des enfants se règlent entre enfants et solliciter l’appui d’un adulte c’est déroger aux codes et admettre un échec. Il en a toujours été ainsi.
Quand dans un village il y a une douzaine de fratries comptant chacune six à huit gamins les parents, souvent illettrés, ne peuvent pas assumer leur éducation. Les codes de fonctionnement en société ne pourront être transmis qu’au sein des classes d’âge et dans le cadre des hiérarchisations croisées, horizontales dans une même classe d’âge et verticale d’une classe à une autre. Cette hiérarchisation, bien que basée sur la pression morale ou physique est peu violente puisqu'admise par l'ensemble des acteurs. C’est elle qui va permettre à l’agression intra spécifique d’être inhibée sous la forme de rites, très largement inconscients, qui seront à la source de toute culture. Il est donc faux ici à Mayotte de parler de démission des adultes ; il faut parler au contraire de soumission puisque les adultes ne font que se soumettre à un ordre qui les a formés et au sein duquel ils ont grandi.
Les gènes se transmettent par les parents et la culture se transmet par l’enfance. Image réductrice mais pas totalement fausse à Mayotte dont les enfants ne sont pas « gâtés » ; ils ont été éduqués ainsi par des adultes qui ont eux-mêmes été éduqués comme ça. On retrouvera donc chez bien des adultes les mêmes caractéristiques que chez les enfants livrés à eux-mêmes, à savoir un comportement immodéré et immature, peu de considération à l’égard d’autrui, sautes d’humeur fréquentes, incapacité à attendre une gratification.  Ce dont se plaignent métros et journalistes c’est d’une différence culturelle. Pas simple à changer. Quelques familles, les plus instruites, les plus à l’aise financièrement, les plus ouvertes sur les autres cultures transmettent d’autres codes. Le changement ne peut venir que de l’accroissement du nombre de ces familles. Il va donc falloir du temps. Beaucoup de temps. Sauf s’il y a soudainement beaucoup plus d’argent et de travail disponibles. On peut toujours réclamer.

* sarambavi :  éfféminé ; assez proche de drag queen



mardi 2 octobre 2012

Exercices, suite...


Deux autres petits portraits...

Les toits de Mutsamudu à Anjouan


Ce tableau fait partie de ceux qui seront exposés à Moroni du 9 au 24 novembre.
Merci aux Sabatié



Vilain temps à Mayotte où femmes et enfants expriment leur frustration de façon très irrationnelle. Les hommes, les pères, les élus regardent, impuissants. Le matriarcat est LA force constitutive de Mayotte; pas la république.

In English now

Grim weaher forecast on Maore with women and children demonstrating in a very irrational way for futile reasons. Men, fathers, politicians stand by powerless and do nothing. Matriarcat is the constitutive strength in Maore; not the republican laws.

lundi 1 octobre 2012

Exercices, suite..

Deux autres petits portraits


Juste en passant, ça fait quand même un peu chier qu'il n'y ait pas plus de réactions à mes tableaux. Vingt ans de peinture à Mayotte et pas plus de traces que CA! Souvent je m'en tape, Dieu merci, mais de temps en temps je suis fatigué de tant d'indifférence. Je me demande si je ne vais pas me débrancher complètement d'internet; j'y pense de plus en plus. Que le monde aille se faire foutre; ce n'est pas moi qui ait tort.
Merci à la toute petite poignée d'amis qui réagissent et surtout à Olive.

In English now

Hi Rod and Rochi

Another two little portraits
Meanwhile it gives me the shits nevertheless that there should be so few comments and reactions to my paintings. Twenty years of painting in Maore leaving no more interest than THAT! Often I don't give a damn, thanks God but now and then I'm sick and tired with so much indifference. I wonder at times if I'm not going to cut myself off from Internet altogether. I'm toying with the idea. Let the world go and get stuffed; I'm not the one who is wrong.
This note is just a translation of the above and is NOT addressed to you old pal.

dimanche 30 septembre 2012

Grande plaine de la Grande île

Boulot, boulot, dodo. Ca donne ça en vieillissant. Parfois j'en ai marre, j'aimerais bien me distraire mais à faire quoi? Presque tout m'ennuie et presque tout le monde aussi. Je m'en fous un peu, heureusement.
Ce tableau fait partie des 24 qui seront exposés à Moroni du 9 au 24 novembre. Pour tout renseignement contacter Hissane Guy au 00269-769 25 72 ou au 00269  332 56 16

In English now

Work, work and sleep. That's how it turns out with age. Sometimes I'm fed up with it and I'd like to enjoy myself in another way. But doing what? Almost everything bores me and that goes for most people too. I don't care that much about it, thank God for that.

samedi 29 septembre 2012

Exercices




Je ne sais pas trop quoi faire en ce moment; alors je fais des choses comme ça; juste pour passer le temps; et pour faire joli. En fait je suis à la recherche d'une autre manière de peindre; quelque chose de plus épais, de plus coloré, de plus charnel peut-être. Ça m'occupe; pendant ce temps là je ne fais pas de bêtises et je ne pense pas à la société mahoraise à laquelle je suis de plus en plus étranger.

In English now.

Hi Rod and Rochi

I don't know what to do at the moment; I paint stuff like that then, to pass time and to do nice things. In fact I'm after another way of painting. I'd like something thicker, more colorful, a little fleshier perhaps. It keeps me busy and off the streets and I'm away from the Maore society which is more and more foreign to me.

jeudi 27 septembre 2012

La bourse du travail de Moroni

Pas du tout envie d'écrire en ce moment. Le sentiment que tout a été dit et qu'il ne reste plus qu'à attendre un dénouement quelconque, genre big badaboum, c'est dire à quel point je suis optimiste. Et travailler en attendant. De plus en plus j'ai envie de ne faire QUE ça. Je deviens un vieux croûton et j'adore ça. C'est le reste du monde qui a tort, pas moi. Et avec mon boulot j'espère bien le prouver. Dégage monde cruel et surtout terriblement stupide. Et bonjour aux amis tout de même; et aux autres lecteurs de ce blog.
Et maintenant au boulot.

In English now, for Rod and Rochi

No inclination at all for writing at the moment. That feeling that everything has already been said  and that one has only to wait for some outcome, something big bang like, just showing you how optimistic I am. Keep working meanwhile. I feel more and more like doing just that. I'm progressively turning into an old fart and I love it. The rest of the world is wrong; I'm not. And I expect to prove it with my work. Piss off cruel and unfathomably stupid world. And my regards to my friends still; and to those who read my blog.
Back to work now.

mardi 25 septembre 2012

Fantaisie sous marine N° 3





Ce tableau fera partie des 24 qui seront exposés à Moroni du 9 au 24 novembre.
Renseignements auprès de Hissane Guy au 00269-769 25 72 ou au 00269  332 56 16

dimanche 23 septembre 2012

samedi 22 septembre 2012

Expo Moroni






Fantaisie sous marine N° 2

L'expo se tiendra à Moroni du 9 au 24 novembre

mercredi 19 septembre 2012

Expo à venir



Vue des anciens boutres du port de Moroni. Ce tableau fait partie des 24 qui seront exposés à Moroni à partir du 9 novembre



dimanche 9 septembre 2012

Copies

L'un des deux tableaux est un original; l'autre est une copie. Lequel est lequel? Dans quelques jours je dirai qui a peint l'original.
J'ai envie de faire des copies en ce moment; j'ai surtout envie de sortir un peu du noir et blanc, que j'aime encore mais qui me barbe un brin.


Donc aujourd'hui on a une copie.

mercredi 5 septembre 2012

Rentrée





ra hachiri* ou charivari ?

Cette année nous aurons été gâtés. D’abord les vacances d’été, puis le Ramadan. Vacances d’été ça veut dire beaucoup de gens partis, à commencer par les profs, ce qui fait déjà pas mal de bruit et de monde en moins, sur les routes par exemple, et personne ne s’en plaint. La retenue que le Ramadan impose de facto à la conduite de chacun aura elle aussi été la bienvenue. Vacances plus Ramadan auront ainsi redonné à Mayotte une partie de ses caractéristiques d’antan. Les vieux de la vieille, dont je commence à faire partie, se sont crus, pendant quelques semaines, revenus à l’époque pas si lointaine où on pouvait prendre son temps sur tout, où on pouvait circuler en ville sans qu’on vous fit de gestes obscènes et sans être tentés d’en faire, où on pouvait se garer n’importe comment sans emmerder quiconque, où les vendeuses du bazari, aussi pingres hier qu’aujourd’hui prenaient au moins la peine d’être aimables, voire même, mais plus rarement, souriantes, où on pouvait s’attarder, discuter à loisir, bref on était ramené au temps béni du temps d’avant. Souvenirs souvenirs…

Le Ramadan s’est terminé, les vacances aussi, les profs et les bouchons sont revenus et Mayotte a repris bruyamment contact avec la vraie vie, laquelle s’articule grosso modo autour de deux grands axes, à savoir ses voisins, dont elle veut beaucoup moins et les sous, dont elle veut davantage. Pour les métros fraîchement arrivés les voisins sont ces gens qui viennent des trois autres Comores et c’est d’eux que l’on parlera chaque fois que vous entendrez l’expression « visa Balladur », lequel visa a eu pour premier but de rendre plus difficile la circulation entre Mayotte et ses voisines. Une réussite ; 7 000 morts (à la louche) depuis l’instauration du visa. Et pas un immigrant de moins ; ça c’est une mesure qu’elle est efficace. Problème insoluble, sauf à bombarder les plages d’embarquement ou à mitrailler les kwassas ; Paris le sait depuis longtemps. Alors on tergiverse et de temps à autre on envoie un quarteron de sénateurs qui constatent en soupirant que le visa n’est effectivement pas très utile et que tout ça c’est bien triste et qu’il est devenu impératif et urgent, oui : impératif et urgent de faire quelque chose, ce à quoi, n’en doutez pas une seconde, ils vont s’atteler et abondamment réfléchir une fois rentrés à Paris, promis juré craché par terre. On propose alors de supprimer le visa Balladur, ce qui va occuper les leaderesses de la vie mahoraise et apaiser (peut-être) les indignés pendant une semaine ou deux. Dans l’intervalle les petits meurtres entre amis au Conseil Général disputeront à la vie chère et aux grèves la manchette des gazettes pleurnichardes et la vie continuera comme avant. Et après avoir beaucoup causé de son assouplissement le visa Balladur, maintenu actif, sera vraisemblablement renforcé lorsqu’il sera opportun de faire une gâterie pas chère à un électorat volatil.
L’idéal bien sur serait que les voisins ne viennent plus, soit qu’on les en dissuade soit qu’ils n’y aient plus intérêt. La première hypothèse consisterait à obtenir du gouvernement comorien que sa police fasse obstacle aux départs de kwassas, ce qui est une excellente idée, encore que l’on voie mal pourquoi le gouvernement des Comores voudrait faire plaisir à Mayotte en prenant une décision forcément impopulaire et, du point de vue comorien, parfaitement illégitime. La seconde hypothèse se réaliserait d’elle-même si les Comores étaient plus riches que Mayotte, idée qui fait rire tout le monde, ou si Mayotte était plus pauvre que les Comores, idée qui n’amuse personne. Et pourtant…Il va venir d’où l’argent dont Mayotte a depuis toujours besoin ? Et surtout y en aura-t-il davantage ? Ouiiiiiii ! trépignent les départementalistes obsessionnels. Et ce qui ne vient pas de la France viendra de l’Europe! C’est prévu. Depuis le début. C’est même pour ça qu’on a tant insisté pour que Mayotte soit non seulement française mais aussi département. La France, l’Europe vont nous subventionner, c’est écrit partout dans les textes. Il y a seulement dix ans il était impossible d’envisager que la métropole n’honore pas la dette morale qu’elle avait contractée en gardant Mayotte sous tutelle. Douter de la bonne volonté de la République et de sa solvabilité vous faisait passer au mieux pour un abruti complet au pire pour un ennemi de Mayotte. Comment peut-on aujourd’hui croire et faire croire qu’il y aura plus d’argent à Mayotte alors qu’il y en a de moins en moins ailleurs et que rien n’indique une amélioration ? Si la France faillit, si l’Europe se recentre sur les plus forts, laissant les plus faibles à la porte, ou si elle implose, ce qui est envisageable il est où le plan B pour Mayotte ? Quel politicien s’en fera le héraut ?

*  « ra hachiri » soyons vigilants, slogan politique devenu la devise de Mayotte


Billet paru dans Upanga de septembre


vendredi 31 août 2012

Hue cocotte!

Ca y est, le PMU est arrivé à Mayotte. "Dans un seul café, le M'Biwi, semble se désoler le journaliste mais ça va surement s'arranger.
Mayotte est de plus en plus un département "normal". C'est moi finalement qui ne doit pas l'être.

mercredi 29 août 2012

lundi 16 juillet 2012

travail de vacances


Puisque c’est la saison des vacances on va parler un peu du travail. Le dictionnaire nous en propose trois définitions. Pour la physique le travail est « une action progressive ayant un effet constatable ». J’écris ce texte, je travaille ; Je dessine, je travaille ; j’accroche mon hamac, je travaille. Tout ou presque est donc travail. Pour l’érudit le mot « travail » vient d’un instrument de torture en usage chez les Romains et il est donc normal de souffrir quand on travaille. Et si on ne souffre pas ce n’est pas du travail. Pour le philosophe enfin c’est « une activité de transformation de la nature, propre aux hommes, productrice de valeur ». Le philosophe fait donc fi du cheval ou du bœuf qui tirent une charrue ou une carriole. Ces animaux là ne travaillent pas ; ils jouent, sans doute. Et il faut qu’il y ait production de valeur, sinon c’est n’importe quoi mais pas du travail. Accrocher mon hamac par exemple n’est pas du travail ; non plus que dessiner puis de jeter si ce n’est pas bon, avant de refaire un autre dessin etc. Le format de ce billet étant très réduit on va rogner sur le philosophe, assommant comme tous les philosophes, et se concentrer sur ce que le mot travail évoque immanquablement, à savoir la valeur et la sueur.

Accrocher mon hamac ne produit aucune valeur sinon je le ferais plus souvent. Faire un tableau produit de la valeur, quoique pas suffisamment dans ce monde imparfait. Cultiver mon champ crée de la valeur ; cultiver le champ d’autrui aussi. Or à travail et torture identiques enrichir quelqu’un d’autre est plus pénible que s’enrichir soi même. Ordonner un travail, exécuter un travail. La lutte des classes commence là. La première distinction que je propose est donc entre travailler pour quelqu’un d’autre et travailler pour soi. Dans le premier cas on peut parler de labeur, mot proche de labour qui évoque une progression pénible et ahanante, les pieds dans la glaise et les yeux rivés sur le cul des bœufs tandis que dans le deuxième on parlera d’action, d’activité ou même d’ouvrage. Si je transpire lorsque je fais un tableau j’ai le droit de m’en expliquer mais pas de m’en plaindre ; si je souffre en enrichissant le profiteur j’ai le droit de me plaindre ET j’ai le droit de faire grève, ah que oui !

On aura remarqué que ceux qui parlent le mieux des vertus du travail sont ceux qui font travailler les autres. Les probabilités pour que le travailleur s’enrichisse par son travail, le fameux rêve américain, sont les mêmes que celles de gagner au Loto ; pour un qui s’enrichit il y en a cent mille qui parviennent tout juste à survivre. Et ça ne va pas s’arranger. Il faut donc que les employés travaillent plus pour que les rentiers/possédants gagnent plus. La première tâche des rentiers/possédants sera donc de rendre le travail obligatoire.
Chaque civilisation a élaboré ses propres moyens pour s’assurer que leurs masses seraient laborieuses. La liberté individuelle étant un songe creux en Chine  c’est à chacun des maillons que sera confiée la responsabilité de la solidité de la chaine. Le système de castes indiennes maintiendra à leur juste place les maîtres et les serviteurs. Chez les chrétiens le travail sera sanctifié, élevé au rang de commandement divin (pas de ventre plein sans sueur au front) ou au rang d’idéal humain ( « Arbeit macht frei », de sinistre mémoire). Celui qui ne travaille pas ou qui le fait avec répugnance sera au mieux un oisif (père de tous les vices), au pire un fainéant, coupable de péché capital ! Excusez du peu. Et comme la crainte de Dieu ne suffit plus guère à réguler les pulsions de notre siècle vaurien on a inventé l’endettement, qui n’est rien d’autre qu’un engagement à travailler encore et encore, ad infinitum, ad nauseam, et in mortem bien naturellement, pour le plus grand profit des détenteurs du capital financier. Leur plus grand profit ? Pas certain du tout puisque le système s’essouffle et se condamne lui même.

Et le Mahorais dans tout ça ?? Ni confucéen ni bouddhiste ni chrétien ; simplement individualiste, consommateur de fraiche date, goguenard, jouisseur, soucieux, comme chacun, de son confort et de celui de sa famille, traditionnellement enclin au laisser vivre, culturellement étranger à la culpabilité que devrait entrainer l’oisiveté ou l’indolence, rétif à toute forme de coercition, d’autant plus qu’il est chez lui, sur une petite île, au milieu des siens, lesquels ne lui donneront jamais tort,. Il est fainéant le Mahorais ou il fonctionne selon un autre système de valeurs ? Ah oui, c’est vrai, il est français et il a voulu le département. Qu’il se soumette donc, et qu’il travaille, à notre rythme, selon nos normes, ce même rythme, ces mêmes normes, ces mêmes valeurs qui ont façonné les destins des chômeurs de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne…, bientôt de la France. A Mayotte comme ailleurs l’oisiveté a de l’avenir. La goguenardise par contre…




(billet paru dans Upanga de juillet) et merci à Rubens pour la copie d'un de ses tableaux



réactions à poster sur mon blog : un séjour aux Comores
http://comores-mayotte-art.blogspot.com


vendredi 13 juillet 2012

Musada





Musada veut dire "entr'aide" en mahorais. Ca existe encore. Par exemple les garçons dont voici les portraits m'ont donné un coup de main pour bétonner une cour. Ces quelques portraits, qui leur appartiennent, naturellement, sont ma façon de les remercier.

vendredi 15 juin 2012

spécificité mahoraise

La meilleure preuve que Mayotte est vraiment en voie de départementalisation est qu’on commence à y entendre les mêmes âneries qu’en métropole. La dernière en date est l’exigence émise par Act up de « la destitution immédiate de Mme Ramlati Ali par le PS », au prétexte que la candidate aurait tenu des propos « ouvertement homophobes » et donc « absolument intolérables » prout- prout, en disant que : » le mode de vie de la population mahoraise est à l’opposé des valeurs défendues par la proposition sur le mariage homosexuel. ». Un peu mon n’veu que c’est à l’opposé !
On ne m’aura jamais beaucoup vu ni entendu défendre ou même dire du bien d’un quelconque personnage politique, mais pour une fois j’affirme haut et fort que Ramlati Ali a raison, sans l’ombre du début d’un commencement de doute. Mayotte présente tellement de points de divergence d’avec le politiquement correct métropolitain, tellement de spécificités inaliénables et à jamais non modifiables que des ajustements à la Loi sont évidemment souvent nécessaires ; toutes les régions ultra périphériques vous le diront. Nous ne sommes pas à Paris ici mais à Mayotte ; et serions nous à Mwali, à Ndzuani ou à Ngazidja que la réponse à une proposition de mariage homosexuel serait sans équivoque la même partout, à savoir : « kari vendzé ! » *

L’Islam n’aime pas l’idée du mariage homo. Le catholicisme ne l’aime pas d’avantage. Toute la chrétienté d’ailleurs répugne à cette idée. Rien à espérer non plus des autres religions ; reste la République, égalitaire et surtout laïque. Ce qui signifie que les lois de la République ont précédence sur les lois religieuses, sur tout le territoire de la République, sans exception aucune. Et c’est ainsi qu’Act up nous rappelle que » Les lois votées à l’assemblée nationale doivent être appliquées dans tout le territoire de la même façon, sans exception. » Na !
Mayotte est musulmane certes mais les réticences qu’on y trouve à l’égard du mariage gay tiennent sans doute moins au fait religieux qu’au niveau de pratique religieuse que l’on trouve ici. Il y a par exemple plus, beaucoup plus d’hommes sortant d’une  mosquée de village après la prière du vendredi qu’il n’y en a sortant de n’importe quelle église de province le dimanche matin. Moins visibles sur les parvis les femmes mahoraises sont tout aussi pratiquantes et dans la vie de tous les jours ce sont elles qui s’assurent que les enfants vont bien à l’école coranique. En outre Mayotte est une île, c'est-à-dire un gros village, comme les trois autres comores par ailleurs, ce qui signifie que ses réseaux sociaux ne seront jamais dilués dans l’anonymat d’une métropole ; là est la toute première spécificité de Mayotte.
Le mariage n’a pas été institué pour accompagner les relations amoureuses entre un homme et une femme ; l’affect qui relie un homme et une femme, toutes les religions s’en contrefichent. Ce qui compte, ce qui compte vraiment, ce sont les enfants, le soin qu’on leur apporte, la surveillance que l’on exerce, les règles qu’on leur impose. Le mariage est cet engagement, public donc solennel, sanctifié de surcroit par la bénédiction religieuse. Le mariage n’est pas fait pour les gens qui s’aiment mais pour la famille dont ils vont être à l’origine. Précepte d’autant plus important que la communauté sera petite et Mayotte est une petite communauté.
Le mariage gay peut se pratiquer à Paris ou à Bègles mais il ne peut être imposé à Mayotte et Ramlati Ali a parfaitement raison de parler de spécificité. C’est d’ailleurs, et ce n’est pas un hasard, la même spécificité dont se réclament les autres îles extra périphériques que sont Wallis, la Guadeloupe la Martinique etc…Refuser cette réalité, refuser ce qui constitue la base même d’une différence aussi constitutive c’est, au mieux prendre ses désirs pour des réalités, au pire vouloir les imposer obsessivement à autrui. (Ce qui me rappelle très exactement l’inadéquate départementalisation imposée contre toute logique et donc contre tout avenir…)
 Les trépigniaiseries de Act up n’y changeront rien. Dire de Mme Ali qu’elle est « ouvertement homophobe » est une hystérie de défense car on peut fort bien être contre le mariage homo sans pour autant jeter de pierres aux homos qui passent. Il n’est que de venir aux comores pour se rendre compte que sur chacune des îles existe une très grande tolérance à l’égard de l’acte sexuel, qu’il soit hétéro ou homo et que le sexe y est largement toléré, même dans un endroit où tout le monde se connaît, à la condition expresse qu’il n’y ait ni prosélytisme ni coercition ni scandale. Nous sommes bien loin des bruyantes et affichées extravagances pratiquées dans les bars du Marais ou les saunas des grands boulevards.

Quant à affirmer que s’opposer au mariage homo c’est participer à la propagation du SIDA moi y en a rien comprendre mais ça me fournit le mot de la fin : malambe swafi !**

*   Nous n’en voulons pas
** foutaises !

Billet paru dans  Upanga du mois de juin