lundi 22 juin 2009

gueule de bois; lendemain d'expo

Moustoifa

Racines

Pas un mahorais, ni bien sur une mahoraise. Une poignée d'anjouanais avec leurs épouses métro et quelques comoriens faciles à trouver parmi les cadres de Sandragon.J'aurai passé seize ans à Mayotte, enseigné quatre ans à deux douzaines de classes, j'aurai aidé à s'entraîner cinq équipes de foot, dont une hissée à la division supérieure à la fin de la saison, j'aurai peint plus de 800 tableaux en seize ans et je n'ai vu hier soir pas un ancien ami, pas un ancien élève, pas un ancien footballeur. Beaucoup m'avaient promis; croix de bois croix de fer, sur la tête de ma mère, aucun n'a tenu. Nous sommes à Mayotte. Indubitablement.

Très peu de questions; pas une demande d'interview. L'intérêt des médias diminue d'année en année. Pas un journaliste de RFO non plus, ni de radio ni de télé. Soixante tableaux correctement exécutés, ce qui partout est rare, sérieusement et individuellement encadrés, ce qui est encore plus rare, présentés dans un endroit vaste, lumineux et passant, rarissime dans toute la région et pas si fréquent ailleurs et croyez-vous que les ronds de cuir incapables de RFO se soient fendus d'un seul coup de fil? D'une seule question? D'une seule visite? RFO est composée de fonctionnaires incultes vantards et inamovibles. Quelle intelligence, quelle idée nouvelle peut-on trouver dans un panier pareil.

Pas un membre de l'intelligentsia locale, ni du côté de la préfecture ni du côté de la collectivité. Et ne s'est pas fait connaître un seul professeur d'arts plastiques. Décidément les élites ne m'aiment pas. Ont-elles plus de goût que moi? C'est pas gagné. -La seule bonne chose de la soirée c'est que, tétanisés sans doute par la munificence de la prestation ils sont restés sans voix et, pour la première fois peut-être aucun de ces discoureurs inutiles n'est venu me faire des critiques ou me donner des conseils
(pour mon bien)

Deux solutions ce soir 1-- je suis nul et ça doit se voir puisqu'aucun membre de l'intelligentsia cultivée ne me courtise.

2 --Les nuls ce sont les autres, tous ceux et celles cités plus haut

Ce sont les niais bien sur qui ont tort mais même cette éblouissante vérité ne suffit pas à me rasséréner. Je suis fatigué, vraiment fatigué.

J'envisage aujourd'hui très sérieusement de quitter Mayotte, une île où je n'aurai jamais connu d'attaches, où je n'aurais entendu que des exigences, connu que des déceptions, des fanfaronnades, des trahisons. Une île peuplée à 98% d'enfants gâtés et envieux qui passent du temps à nous dire qu'ils ont souffert alors qu'ils n'ont jamais vraiment souffert puisqu'ils n'ont jamais eu moins d'une année sur l'autre. Souffrir ce n'est pas ne pas avoir (réflexe d'enfant capricieux); souffrir c'est avoir eu et ne plus avoir. Il suffit de demander aux voisins. La maturité des peuples passe peut-être par là.
Je suis fatigué de lutter seul alors que me quitte progressivement tout espoir de pouvoir transmettre ce que je sais au premier volontaire venu. Ce que je suis ne séduit plus; ce que je fais ne séduit pas. Il est temps de songer à partir. J'ai envie de dormir longtemps, longtemps; le plus longtemps possible


ruelle de Mutsamudu



la femme en jaune

samedi 6 juin 2009

Invitation à un vernissage et un concert


Ceci est, pour les lecteurs et lectrices de mon blog, une invitation à un vernissage.
Il aura lieu le dimanche 21 juin, à 19 heures, dans la galerie marchande de Jumbo Score, ouverte pour l'occasion.

La photo ci-dessus représente le chanteur Langa (avec la guitare) et son comparse et disciple Bokelo; Langa est aveugle depuis toujours.
Le tableau fait 2 m x 1,50m. C'est le dernier grand format d'une série qui en comporte cinq et qui constitue mon "portrait de Mayotte".

Ce tableau ne sera pas à vendre au moment de l'expo. Entre Langa, Bokelo et moi il a été convenu que le prix de la vente du tableau sera partagé en trois parts égales, une pour Langa, une pour Bokelo et une pour moi. Il a également été convenu que c'est moi qui déciderai de l'occasion où ce tableau sera vendu. Un jour, s'il plait au Ciel, il trouvera acquéreur fortuné, aux enchères probablement, et si nous ne sommes plus de ce monde nos enfants se le partageront.

Pourquoi Langa?

A cause d'un cri pour commencer; dans l'une de ses chansons; un cri long et fort qui m'a fait frissonner un soir, lors d'un de ses concerts. Un cri comme en poussent de temps à autres la plupart des chanteurs africains, tel Salif Keita par exemple, un cri avec lequel le chanteur se donne, s'expose et rassemble. C'était il y a plus de dix ans et c'était la première fois que j'entendais Langa. J'ai eu ce soir là la certitude d'un homme authentique, généreux et puissant.
Puis je l'ai vu. Je l'ai vu chantant, je l'ai vu aveugle.
A quoi occupe-t-on un enfant aveugle, à la campagne? Personne ne sait quoi faire et tout le monde est bien embêté. Par contre un enfant aveugle qui aime chanter et faire ses chansons on le laisse chanter. Et c'est sans doute à sa cécité que Langa doit d'être ce qu'il est, un homme entièrement libre de lui-même et de sa création.

Au pied de Langa se trouve une de ces briques de vin bon marché qu'on achète pour pas cher dans les boutiques qui ferment tard le soir. Langa ne se déplace ni ne chante sans sa brique de vin. Lorsque j'ai eu envie de faire un portrait de Langa j'ai aussi eu envie de dessiner la brique de gros vin rouge. Il ne viendrait à l'idée de personne de représenter Marley sans son pétard et ce qui est bon pour Marley est bon pour Langa. Je lui ai bien sur demandé ce qu'il en pensait, lui précisant que je me plierais volontiers à son choix. Il m'a répondu que c'était moi l'artiste et que c'était donc moi qui choisissait. C'était parole d'homme libre et la brique de gros vin sera donc sur le tableau.

La photo ci-dessous est celle de mon tout dernier auto portrait. Le dernier date de quatre ans maintenant et lorsque mes visiteurs le voient dans l'atelier ils me regardent et comparent, automatiquement, et les plus mesquins d'entre eux me disent que "je me suis arrangé". Il était donc temps de faire une mise au point.

J'espère vous voir le dimanche 21, à 19 heures donc.
A bientôt


vendredi 15 mai 2009

Marcel il est gentil


Marcel il est gentil.



J’aurai au moins gagné ça.

« Mais l’émotion ! Marcel ; l’émotion !... Elle est où l’émotion ?? »

Derrière son micro Mademoiselle Abassi s’agite. Paupières et cils, tête toute entière, épaules, mains surtout, poitrine, et fessier sans doute, sur la chaise du studio, tout s’est mis à bouger, vite et sans prévenir.

« Votre coq par exemple ! Là où il est il fait quoi ? Elle est où l’émotion dans ce tableau ?! Un coq ça chante !»

Mademoiselle Abassi n’a pas aimé non plus les femmes du Debba ; les mains ne sont pas en "synchronicité" et « …elle est où la ferveur religieuse dans ce tableau ?? »

L’émotion encore et toujours, celle qui manque et qui fait qu’on s’agite quand elle n’est pas là. Sans cette émotion mes tableaux sont gentils et moi avec par la même occasion.
Ils sont gentils les tableaux du Marcel.
Mièvre. C’est le mot qui compte. Mes tableaux sont-ils mièvres ? Mes écrits et moi-même ne le sommes pas. Pourquoi mes images le seraient elles ?

Quel est l’intérêt de représenter le sordide ? Quel est l’intérêt de représenter la réalité toute entière ? Dans la réalité je choisis ce que je veux. Et ce que je veux ne correspond pas à ce que veut Mademoiselle Abassi. Moi je trie pour faire joli ; Elle, elle choisit l’émotion. Elle a le droit. Mais son émotion provient du réel ; pas d’un arrangement de celui-ci, surtout si l »arrangement est destiné « à faire joli ». Là les tableaux deviennent gentils. Voire mièvres

On me l’a déjà dit. Une Anjouanaise, un soir à Nantes. Tout le mépris du monde dans ses yeux. J’étais pis qu’un valet ; un esclave peut-être. . Je servais le beau, j’étais donc servile. Une Anjouanaise de Mutsamudu, une aristocrate. Poil aux pattes.

Rendre belle la réalité est perçu comme un mensonge voire une veulerie.
Je sais la différence entre joli et mièvre. Vermeer est joli, d'aucuns même diraient beau ; Greuze est souvent mièvre. Millet est limite limite et Franz Hals n’est jamais ni mièvre ni cu-cu, bien que tout le monde sourie toujours sur tous les tableaux qu’il a peints. Même son chien a l'air de passer un bon moment. En me rabaissant ainsi l’aristocrate Mutsamudienne exprimait sa rage que l’on trouvât beau et présentable ce qu’elle-même haïssait puisque n’y pouvant vivre. Il y a de l’envie et de la jalousie là dedans.
D’une Mutsamudienne également, mais courtoise celle-là, qui me disait que les rivières et les lessives qu’on y faisait "n’étaient pas aussi bien que ça. Loin de là!"Pas de mépris dans sa voix. Une trace de regret, de nostalgie ? Pas la moindre, sinon dans mes fantasmes. La recherche du beau et le soin qu’il exige ne confèrent ici, à Mayotte et probablement aux Comores nulle reconnaissance particulière. Nulle « émotion » pour citer Mademoiselle Abassi. Embellir le réel est une perte de temps. Un amusement dont on s’étonne qu’il puisse entretenir son homme.

C’est donc la notion de ce qui est beau qui varie d’une culture à une autre, ce qu’on savait déjà, mais, et on va dire que je radote, si tel est le cas, quel peut bien être l’intérêt d’avoir et d’entretenir des professeurs d’arts plastiques ? Au prix que ça coûte!

Sinon ça va. L’expo de juin se prépare en douceur. Celle en cours m’a valu une pleine page dans Mayotte hebdo, celui qui l’est bon celui qui l’est beau en plus de contacts renoués et de rencontres prometteuses. Histoire à suivre.

mercredi 6 mai 2009

Réflexion




A côté ça ne va pas du tout. Ca crie et ça crie dur. Le premier vrai éclat entre ma voisine et son homme date de quelques jours, quatre tout au plus. Un ton acerbe ; un ton qui met en alerte. Puis il y eut d’autres éclats, avec une sœur cette fois ci, tout aussi hard. On y comprenait le mot jalousie. Il y eut aussi un bref éclat avec une autre dame, une tante ou une belle sœur, habitant à demeure, qui a tout vu et entendu et qui bien sur n’a rien fait ni n’a rien dit . Ca se calme parfois puis ça reprend. Il y a aussi la demi douzaine de pervers polymorphes qui profitent de l’ambiance pour tester à nouveau les limites de chacun. Juste à côté on a une tante et pas loin il y a deux belles soeurs. Les mères et les enfants sont là entre elles et eux, donc chez elles et chez eux, qui criant qui piaillant et qui piaillant plus fort s’il y a quelque chose à gagner. Et tandis que les femmes vaquent à leurs affaires de mères, les hommes, certains loin d'ici, vaquent à leurs affaires d'hommes. C’est plié. Le pauvre garçon n’a aucune chance. Il négociera ou s’en ira. Denam'neyo.

Ici le foyer commence là où il y a l’enfant. Celle qui le fait et qui l’alimente.
Chez nous, les gens du Nord, il commence avec le feu ; celui qui le fait et qui l’alimente.
Question de priorité.

dimanche 3 mai 2009

Invitation à un vernissage




C'est le lundi 11 mai, à 18 heures, et c'est dans le nouvel et confortable espace d'exposition du service culturel. Juste à côté du Conseil Général

Ces trois panneaux y seront, ainsi que sept autres, plus une ou deux séries sur la progression du travail, jusqu'au tableau fini. J'espère ainsi permettre à tout un chacun, et tout spécialement au public jeune de comprendre "comment ça marche"!et peut-être de s'y intéresser.

Parallèlement je poursuis la préparation de la vraie expo, celle du 21 juin.

Soyez gentils, faites circuler l'information.

Pour ce qui est de la question de l'article précédent, Lunembul qui ne lit pas les blogs en ce moment, a donc perdu toute chance de gagner quoi que ce soit, tout comme Mickamayotte qui ne fait aucun effort. Il s'agissait de la mosquée de Sada, vue de la plage.

A plus

dimanche 5 avril 2009

visite d'atelier

Bonjour tout le monde et un bonjour spécial à Franck Vachet, dont j'ai eu des nouvelles par surprise hier seulement. Bienvenue dans mon atelier.
Dernièrement on m'a fait remarquer qu'on parlait plus politique qu'art sur mon blog et c'est sans doute un peu vrai. Comme les élections sont maintenant derrière nous et que le département est désormais bien assuré, poil au nez, on va pouvoir revenir aux choses sérieuses et je convie mes lectrices et lecteurs à faire avec moi le tour de l'atelier. Il est grand, environ 200 m2, et se compose d'une selle en béton recouverte de tôles, dont sept "tôles lumières", qui donnent une lumière très agréable pour travailler.
Quand on rentre, on voit ça.





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Si on regarde à gauche on voit une porte qui donne sur ma chambre et devant laquelle pendouille un fil électrique qui aurait bien besoin d'être accroché à nouveau. Je n'y pense jamais. Contre le mur, deux tableaux récemment encadrés par ma copine Véro. Au dessus de la porte, un autoportrait qui date maintenant de cinq ans et qui doit vraiment commencer à dater puisque les moins courtois de mes visiteurs, lorsqu'ils le voient, me disent que je me suis "arrangé".Un autre est en cours. A mon avis, tout artiste qui se respecte et qui respecte son travail devrait obligatoirement faire un auto portrait au moins une fois tous les deux ans. Un peu comme ces examens routiniers auxquels doivent se soumettre les pilotes s'ils veulent avoir l'autorisation de continuer à Voler. Si tu veux te dire "artiste" dessine-toi toi-même! De temps à autre. Histoire de faire le point et histoire aussi de confier à autrui le reconnaître. Tous ceux qui ne seraient pas reconnus devraient revoir leur copie, et tous ceux qui se refuseraient à l'exercice passeraient automatiquement de la catégorie d'artiste à celle de fonctionnaire; voire d'enseignant. Et ils seraient pourvus d'un fixe, avec retraite et indexation sur le coût de la vie. Na!





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...et si on regarde à droite on voit des tableaux en cours stockés comme on peut, derrière une table sur laquelle se trouvent mes livres référence indispensables, à savoir Rembrandt, Léonqard, Vermeer, les orientalistes, quelques impressioniste, Van Gogh, Franz Hals et des peintres de la Provence au siècle passé. Mon préféré chez les impressionnistes est Gaillebotte. Et moins ses rabotteurs de parquet que ses vues de Paris sous la pluie ou sous la neige. Personne n'a rendu Paris dans ces conditions comme lui. Rien de moins intellectuel que Caillebotte. Sinon Toulouse Lautrec, ou Van Gogh. Peu sont plus humains que lui, sinon Vermeer ou Franz Hals. Simple, humain ET beau. Une antichambre du Paradis.




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Espace à tout faire avant le Saint desSaints, espace où je stocke, bien sur, mais où ne stocké-je pas, et qui donne sur une porte derrière laquelle j'ai mes réserves de papier, toiles, peintures et outils divers. Le portait en cours est celui de Catherine, ma meilleure amie et ma maîtresse en peinture, à laquelle je sois d'avoir fait la connaissance de la peinture à l'huile; excusez du peu. Elle a toujours envié ma lumière, j'ai toujours envié sa pâte et l'opalescence de ses chairs. Mille hommages lui soient rendus, et toute mon amitié aussi. Derrière, un tableau avec un requin, qui est de Jack Passe, qui adore les requins, c'est ainsi, chacun son truc. Lui c'est les requins, d'autres c'est l'UMP et Frédéric Lefebvre. Et un début de copie d'un tableau de Matisse entrepris par une de mes élèves et amie, Josiane.




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Le coin de l'encadreuse. Une copine avec laquelle j'avais travaillé il y a quatre ans maintenant, s'est installée ici pour me faire les quarante et quelques cadres des tableaux que je prépare pour mon expo du mois de juin. Elle travaille très bien, très bien même et elle ne se répète jamais, ce que je trouve très fort. Elle a en outre une idée à la minute et ça stimule le pépère que j'ai naturellement tendance à être. Bon plan.




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petit coin sans beaucoup de lumière qu'adorent les araignées et les scolopendres. Je n'en sers comme endroit de stockage ou quand je passe mes enduits. On remarquera un tronc d'arbre sur la gauche. Le toit a en effet été construit AUTOUR d'un manguier, que le propriétaire, attaché à son arbre, n'a pas voulu couper. On verra également un autre tableau bleu avec un requin; autre travail de Jack Passe




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... quelques pas de plus et nous arrivons dans la partie la plus large de l'atelier, son sanctuaire, le refuge de l'Arche d'Alliance, là où j'angoisse mais aussi là où je ressens les plus grands apaisements lorsque j'ai réussi à régler les problèmes auxquels je suis confrontés. On dit souvent que la peinture, ou la pratique d'un art est source de nombreuses joies. C'est là propos d'amateur parce que ce genre de boulot est surtout source d'angoisses et on passe beaucoup de temps à se dire qu'on n'y connait rien. Mais la plupart du temps j'aime faire ce que je fais, je ne sais plus faire que ça, et travailler pour quelqu'un d'autre serait infiniment plus angoissant. Alors...

"Pourquoi écrivez-vous? demandait-on un jour à Garcia Marques; et il répondit: "Pour que mes amis m'aiment d'avantage." Je reprends cette réponse à mon compte tout en sachant qu'elle n'illustre que les émotions immédiates de l'artiste. Dans le fond l'artiste se fiche d'être aimé; ce qu'il veut c'est être reconnu. S'il est aimé c'est bien. Par ses amis c'est mieux. Mais s'il ne l'est pas, ou s'il croit ne pas l'être ce n'est pas ça qui l'empêchera de se mettre au travail.




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Ici nous sommes dans le Sanctum Sanctotum, THE endroit où je passe les deux tiers de ma vie. Je peux travailler sur trois tableaux en même temps, un grand et deux plus petits, avec une bonne lumière et de la place pour m'étaler. Le grand tableau représentera le dernier musicien traditionnel de Mayotte, avec son acolyte, ami et disciple. Son nom: Langa, et son disciple c'est Bokelo. Dieu les protège. Finition prévue pour dans deux mois si tout va bien.




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àdroite quand on regarde vers le fond de l'atelier, un passage peu exploitable où je stocke mes panneaux et quelques toiles en cours, et, au fond à gauche, la lumière de l'entrée de la salle d'eau.
J'y avais aussi, autrefois, un vélo d'apartement que j'ai remisé dans un endroit encore moins visible. En bas à droite la nouvelle mouture d'un auto portrait "habillé", ce qui ne correspond pas du tout à la réalioté puisque, lorsqu'il n'y a avec moi ni élèves ni clients, je vis et travaille "en ma natureté".




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Là on est au fond de l'atelier. Plus loin, un peu à droite et clôturant la cuisine se trouve le mur d'enceinte du stade municipal. Sympa; j'entends les buts, les cris d'enfants, la sono de temps à autre. Bonne ambiance. Derrière le frigo, sur la table, beaucoup de bouteilles vides, d'eau minérale on l'aura remarqué, qui attendent là que mon voisin vienne les chercher. Avec les bouteilles de plastique vide il fait "du business" parait-il. Où vont-elles? A qui profitent-elles? Mystère et boule de gomme. La table devant est celle sur laquelle je mange quand je ne mange pas un sandwich, et c'est ici que nous nous asseyerions prendre un café, un thé ou une bière si tu étais là en chair et en os, mon cher Franck.




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...quand on est au niveau du frigo, si on regarde à gauche on voit le coin bureau, ordinateur imprimante et papiers d'une manière générale. C'est là que je suis en ce moment mon cher Franck, tapant mon texte et choisissant mes photos. C'est là aussi que je prends souvent mes plus belles rages avec cette informatique de m... mais bon, tu connais ce genre de problèmes. Derrière la demi cloison en tôles se trouve la cuisine, qui ne présente pas un intérêt très vif, c'est pourquoi nous ne nous y rendrons pas. Même chose pour la partie toilettes et douche, qui se trouve au fond à gauche, qui est assez grande, confortable mais très rustique. Pas d'eau chaude, c'est inutile sous ces latitudes. C'est là que je nettoie mes pinceaux le soir, la journée achevée, assis sur un parpaing, le cul dans l'eau, pendant que coule une douche bienfaisante.





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... et si au lieu de regarder à gauche on regarde devant soi on voit l'atelier dans sa longueur, avec au fond la porte d'entrée, ou de sortie, c'est selon. Sur la droite, une construction maison avec des solives de 8 par 4 qui me sert de potence pour accrocher, monter ou descendre mes grands formats. Un tableau de chaque côté, je peux ainsi travailler sur deux grands formats d'un coup. Du fond de l'atelier jusqu'à la porte il y a à peu près 24 mètres.




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Dans cette petite pièce, qui fait à peu près 4 mètres sur 4, j'entasse les tableaux que j'ai commencés et qui ne sont pas encore finis. Sur la droite, un tableau dont on ne voit qu'une partie et qui devrait représenter une mère et ses cinq filles. Cinq d'un coup, rendez-vous compte! Je n'ai pas l'habitude de peindre les enfants, que je trouve charmants pendant trois minutes mais très vite bruyants, agités et destructeurs. Mais là, cinq filles d'un coup, plus la mère, je me suis laissé tenter. Et que des blanches: Ca aussi il y avait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Deuxième couche sur les visages prévue dans une quinzaine de jours, et tableau fini vers la fin mai.



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... une série de démarrages dans cette petite pièce; c'est ma crise "ronds et ovales". Il y avait longtemps que je n'avais pas touché aux ronds ni aux ovales. La difficulté avec ce genre de format c'est la composition, surtout avec les ovales. Mais pour le moment ça semble avoir fonctionné. Je me demande même si je ne vais pas en entreprendre des plus grands. Histoire à suivre.
Et nous arrivons à la fin de la visite.


On fait le même chemin en sens inverse...




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... et là on se dit au revoir. Salut Franck, merci de m'avoir envoyé ton pote , et embrasse ta femme et tes petits; dis bonjour à Eric, et à bientôt en Anjou!


mercredi 25 mars 2009

Plaidoyer pour la non départementalisation de Mayotte 4ème et dernière partie



Quatrième partie du dernier baroud

Après, on se tait


Liberté républicaine



La troisième raison pour laquelle un OUI serait intéressant c’est qu’en ancrant de façon aussi irrévocable Mayotte dans la trame républicaine on la sépare, de façon tout aussi irrévocable de ses caractériels cousins et insolents voisins, et là encore l’argument n’est pas mince puisque ce fut très exactement le premier argument qui conduisit Mayotte, en 1974, à refuser l’indépendance. « Nous voulons être français parce que nous voulons être libres ! » Libres des Comoriens bien évidemment. Que peut-on bien trouver à y répondre ? Il n’existe pas cinquante façons de se libérer d’un despote ; on peut le maintenir à distance et ne plus rien avoir à faire avec lui ; on peut s’en différencier au point que ses prétentions deviennent ridicules et donc inaudibles. De ce fait, et par essence pourrait-on dire, l’accès au statut de département va avoir l’immense avantage de signifier aux Tartarins d’à côté qu’à partir de maintenant ils ne s’adressent plus à des descendants de leurs serfs mais à des Français libres et égaux en droit, que toute revendication sur Mayotte est assimilable à une insulte faite à un état souverain, que tout acte malveillant peut être considéré comme une agression, voire un casus belli et qu’ici on s’attend en toute logique à ce que le président du Conseil Général, s’il se déplace à Moroni, soit reçu avec les égards et la pompe dus à un ambassadeur. Avant c’étaient eux qui se la pétaient ; maintenant c’est Mayotte qui biche. Chacun son tour et c’est très bien comme ça. Les wazungu ont même un proverbe pour illustrer le phénomène, où l’on parle d’assiette au beurre qui passe pour tout le monde. Eh bien l’assiette au beurre, en ce moment, elle est devant Mayotte. A bon entendeur ! Le temps passé est bel et bien passé, une page est définitivement tournée, il n’est pas question de revenir là-dessus et jamais, vous entendez, JAMAIS Mayotte ne reviendra dans les Comores !
A quoi le Sage répond que dès qu’on parle d’avenir il ne faut jamais dire jamais ; à moins bien sur d’ajouter « Inch’Allah », ce que les plus dévots des défenseurs du OUI oublient toujours de faire.

« Il est très difficile de prévoir quoi que ce soit, et surtout l’avenir » disait Oscar Wilde et il avait bien raison. L’avenir est en effet plein de surprises et ce n’est pas être fou que d’envisager toutes les hypothèses possibles et préparer ainsi, pour ses enfants, un monde où ils pourront vivre libres et en paix. Nos anciens ont choisi la France parce qu’ils voulaient rester libres. Mayotte est française, elle restera donc libre. Le statut de département amènera des contraintes nouvelles mais ne fournira aucune garantie supplémentaire. L’Algérie était constituée de quatorze ou seize départements jusqu’aux accords d’Evian. A la suite desquels les départements ont disparu laissant deux millions de pieds noirs battant de l’aile et claquant du bec sans que leur détresse n’émeuve quiconque ni ne change quoi que ce soit. Si, pour des raisons qui sont les siennes la France utilisait son droit du plus fort, et décidait d’abandonner Mayotte personne n’y pourrait rien et de plus la communauté internationale l’y encouragerait. Peut-être même trouverait-on sa décision « courageuse ». Ce que le dominant a fait il peut le défaire. Si, ce qu’à Dieu ne plaise, la Raison d’Etat voulait que soit sacrifié un petit peuple lointain et exogène alors le petit peuple lointain et exogène serait sans état d’âme sacrifié à la Raison d’Etat. Il n’y a aucun doute à avoir la dessus. La liberté si chère au cœur de nos mamans mahoraises dépend du bon vouloir du Prince et ne sera garantie que tant que le voudra le Prince.

Ayant proposé à Mayotte un choix possible entre le OUI et le NON, la République envisage donc chacune des réponses comme étant acceptable et c’est donc déjà un gage de liberté. Puisque la République veut vraiment que Mayotte soit libre alors elle acceptera que Mayotte puisse disposer d’une autonomie que la soumission aveugle et muette aux diktats républicains ne lui autorisera pas. Il ne s’agit pas pour Mayotte de changer brutalement de partenaires mais d’obtenir le droit d’en courtiser d’autres et le droit de chercher par elle-même, et ailleurs que dans les carnets d’adresses mzungu d’autres appuis, d’autres circuits, d’autres règles de fonctionnement que ceux qui lui seront inévitablement imposés par une départementalisation pure et dure. La liberté ne consiste pas à subir mais à chercher sa voie personnelle et à prendre soi même la direction de son propre avenir.

S’il n’est plus complètement avec le mzungu, l’avenir de Mayotte se trouve où ? Mais dans sa région voyons ! Placées où elles sont et avec leur histoire les Comores ne sont pas un Haïti en gestation mais ont naturellement vocation à devenir la Suisse de l’Océan Indien. Ou le Lichtenstein ; ou Monaco. Qu’on y songe, voila un ensemble de quatre îles dont aucune ne présente d’intérêt particulier. Les plages sont bien plus belles aux Seychelles et à Maurice, les sommets bien plus élevés et accessibles à la Réunion, les espaces bien plus vastes à Madagascar, la faune bien plus fascinante sur le continent tout proche. Les Comores ne disposent d’aucune ressource ni d’aucune richesse que l’on sache. C’est très exactement un endroit dont personne ne voudra jamais s’emparer et c’est déjà ça. Tout comme la Suisse dont personne n’a jamais voulu emprunter les montagnes. Et tout comme la Suisse aussi c’est un carrefour entre des vieilles civilisations, des cultures puissantes et des échanges en devenir, un point de passage entre l’Afrique et tous ses partenaires, Européens, Arabes, Indiens et bientôt –déjà—Chinois. Pendant et à mesure que l’Occident décline la nouvelle carte du monde verra s’installer un axe qui reliera la Chine et l’Afrique et tiendra nécessairement compte de l’Inde et de la péninsule arabique.

Ce n’est donc ni à Rambouillet ni à Marcoussis mais dans les Comores que se signeront les cessez le feu entre belligérants africains ou arabes.
C’est dans les Comores que se célèbreront leurs accordailles.
C’est dans les Comores que se scelleront leurs nouvelles alliances.
C’est dans les Comores que se signeront les contrats entre les nations africaines et leurs partenaires historiques ou à venir.
C’est dans les Comores que s’installeront les établissements bancaires dont se serviront les habitués de l’Océan Indien.

Et l’on voudrait que Mayotte n’en soit pas !!

Personne, et nous les signataires de ce plaidoyer moins que quiconque, personne ne désire que Mayotte rejoigne dès demain l’Etat comorien. Il n’est pas question d’appauvrir Mayotte ni d’envisager pour elle des conditions de fonctionnement plus aléatoires que celles qui régissent aujourd’hui son quotidien. Nul ici ne songe, non plus qu’à Paris, à demander à Mayotte de quitter la République.

Il est question d’œuvrer pour que Mayotte elle-même contribue activement à mettre en place une structure dans laquelle elle serait écoutée parce qu’elle aurait pris son sort entre ses propres mains.

Refuser le département ne changera rien nulle part dans l’immédiat et aucun châtiment ne tombera du Ciel ni de la République pour punir Mayotte d’avoir osé dire que le mot « département » ne convenait pas. Après le NON le travail des hommes politiques consistera, comme à l’habitude, à obtenir le maximum de l’Etat pour ensuite le redistribuer à leur guise. Ils devront simplement se servir d’autres mots que « département » ou « zone ultra périphérique ».
« Impossible !! » trépigneront-ils.
Qu’en sait-on ? L’a-t-on jamais fait ? A-t-on même seulement essayé ? En a-t-on seulement discuté ? Bien sur un NON impliquerait nécessairement une certaine redistribution du pouvoir et quelques indignés et fébriles caciques trembleraient sur leurs ronds de cuir avant de prendre d’avec la politique locale une retraite glorieusement méritée. Mais le vide que créera leur départ ne sera d’aucune gène puisque c’est très exactement dans cet espace laissé vacant que pourra s’installer une jeunesse mahoraise pourvue enfin d’un but qui soit plus prometteur et plus stimulant que celui qui consiste à copier le maître en tous points de sa vie, à afficher ainsi des ambitions d’esclave et finir caissier ou agent de sécurité avec un bac plus cinq. C’est très exactement dans cet espace à construire que les jeunes de Mayotte et de la région pourront mettre au feu leurs idées, tester leurs audaces et canaliser leur ardeur.

Dire NON aurait en outre le dernier avantage de calmer à peu près tout le monde. Dernier mais pas le moindre.

Les wazungu pour commencer qui verraient, une fois la surprise passée et à l’exception de quelques joueurs de golf en colère, une bonne dose de pression disparaître de leurs effarouchées épaules. Sans doute seraient-ils toujours les Détenteurs Suprêmes du Savoir et du Pouvoir mais dépourvu désormais de toute urgence, leur enseignement aurait moins d’importance et, débarrassés de l’absolue et constitutionnelle obligation d’exiger de tout un chacun qu’il se comporte selon la norme, bon nombre d’entre eux se feraient plus discrets ce qui ne sera pas dommage.

D’autres qui serraient surpris, stupéfaits, quasiment cloués sur place et soudainement calmés, ce sont les agités d’à côté qui se verraient brutalement privés d’un de leurs arguments majeurs pour continuer à traiter Mayotte comme une dépendance. Ce qu’elle n’est pas. Le choix du NON imposerait à tous que les actes de Maore valent largement les palabres de Ngazidja. Une fois la stupéfaction passée, et comme ils ne sont pas plus bêtes qu’ailleurs, ils traiteront Mayotte avec plus de respect, en partenaire, en égale, rassurés qu’ils seront qu’ »attendre » est redevenu un verbe actif.



Et si, sans que cela lui coûte, dsire NON permet à Mayotte de faire le calme autour de soi, ma foi ce sera tout bénéfice et tout à mettre au crédit de Mayotte qui aura prouvé qu’il n’est pas toujours besoin d’être riche pour être libre et que ses habitants pouvaient être aussi lucides que n’importe qui et politiquement plus mûrs que beaucoup.

Amine kam’gwavenze

mardi 24 mars 2009

plaidoyer pour la non départementalisation de Mayotte 3ème partie


Baroud d'honneur 3ème partie


Egalité républicaine


La deuxième raison pour laquelle on conseille de voter OUI c’est que lorsque Mayotte sera enfin érigée au rang de département « pur et dur » rien ne distinguera plus les Français de Mayotte de ceux de métropole. C’est un argument essentiel des tenants du OUI que de souligner que Mayotte sera désormais l’égale de n’importe quel autre département républicain. Cette question de l’égalité est d’une grande importance pour les Français, beaucoup plus que pour les Anglais par exemple, et elle est considérable pour les Mahorais puisqu’en effet, si ces derniers demandent si souvent et avec tant d’insistance d’être traités en égal c’est bien parce qu’ils ont la certitude de n’avoir jamais été considérés comme tels, ni par les Comoriens ni par les wazungu. On aurait grand tort de ne voir là que caprice ou enfantillage puisque cette crainte de l’inégalité est constitutive de la psychologie mahoraise, que son installation remonte aux lointaines années de sujétion à leurs arrogants cousins, suivies des années de colonisation et de domination blanche, pas si lointaines que ça celles là, que cette crainte, qu’on appelle souvent « complexe d’infériorité » est devenue un archétype et que, comme tel, rien ne pourra plus le déloger de la psyché locale sauf à rompre avec le blanc, de façon définitive et pendant plusieurs générations. Nous n’en sommes pas encore là et il faut donc, pour les Mahorais, s’en accommoder. Etre traité de façon égale est une très bonne façon de faire taire cette crainte permanente et l’accès de Mayotte au rang de département « pur et dur » offre l’espoir, sinon la garantie d’être inscrit dans un espace républicain où le mot Egalité est un mot fondateur donc rassurant ; et si cela ne suffisait pas, sitôt que Mayotte sera département « pur et dur » les Mahorais auraient alors le droit d’exiger d’être traités en égal avec les métropolitains, ce que les Mahorais n’ont jamais fait jusque là et qui n’augure pas d’une harmonie apaisée entre les wazungu et les autochtones. Cet argument en faveur du OUI est un argument si fondamental qu’il ne peut absolument pas être écarté, et personne ne peut donner tort aux Mahorais, le métropolitain moins qu’aucun autre puisqu’il a, par sa longue domination et par l’usage intensif du vocable « égalité », créé et activement contribué à entretenir le terreau même des revendications qui s’annoncent.


Pour attirante et légitime qu’elle soit cette revendication d’égalité est pernicieuse pour deux raisons.

La première c’est qu’à force de réclamer l’égalité de traitement dans tous les domaines les Mahorais vont voir, voient déjà, peu à peu disparaître toutes les petites libertés qui façonnent leur vie depuis toujours sans pour autant avoir aucune chance de disposer de tous ces biens dont les « vrais » Français disposent. La justice cadiale, pour ne citer qu’elle, est devenue un archaïsme intempestif dont Mayotte doit se passer, reléguant l’enseignement de l’Islam au rang de coutume régionale et vaguement folklorique qu’on tolère mais dont on ne tient plus compte. On tolérera les Debba, on les encouragera même parce qu’il n’y a que des femmes, toutes pomponnées et parfumées et qui chantent bien en battant des mains et c’est si tellement authentique, si tellement vrai, si indubitablement folklorique qu’on les rassemblera bientôt dans un stade les jours d’escale de gros bateaux remplis de troisième âge cacochymes et libidineux, alors que dans les mêmes moments on demandera au Muezzin d’arrêter ses appels à la prière à quatre heures du matin parce que ce n’est pas républicain. Ce n’est plus d’égalité mais d’uniformisation qu’il faudra parler et lorsqu’il aura l’argent pour ce faire, ce qui n’est pas demain la veille, le Conseil Général fera venir à grands frais des plaques de faux marbre ou des dalles de grès reconstitué pour construire un centre piétonnier qui ressemblera à s’y méprendre aux plateaux piétonniers d’Angers de Valence ou de Trèves.
Désespérant.
En outre on ne saura jamais de quelle égalité on parle. Dieu a créé les hommes égaux entre eux mais, ainsi que le faisait remarquer Coluche, certains sont plus égaux que d’autres. Ainsi lorsque la pure et dure Mayotte sera l’égale de n’importe lequel des départements français de quel département sera-t-elle plus particulièrement l’égale ? Du Pas de Calais ou des Hauts de Seine ? Mamoudzou sera-t-elle l’égale de Neuilly ou celle de Gandrange ? Qui parierait sur Neuilly ?

La seconde raison de se méfier, plus insidieuse et plus destructrice c’est que celui qui passe son temps à réclamer l’égalité se maintient dans la position de demandeur, confirmant ainsi à son interlocuteur qu’il n’est pas son égal et les wazungu n’ont pas besoin de ça pour croire qu’ils sont supérieurs. Ils vont donc se trouver confortés dans leur position dominante, celle de ceux qui octroient, avec plus ou moins de bonne grâce, face à ceux qui quémandent, avec plus ou moins d’insistance. Si égalité il y a elle aura été accordée par le dominant, qui en attendra nécessairement de la gratitude. C’est pas gagné. D’un côté nous aurons les « je donne- t’es jamais content » et de l’autre les « je veux-y a jamais assez ». Déjà tendues et pas franchement satisfaisantes les relations entre les Mahorais et les wazungu vont devenir exécrables. On peut vivre avec, sans doute, mais on peut aussi essayer de ne pas envenimer les choses et même de tourner l’inégalité à notre profit. Ce qui est tout à fait possible.

Dans un couple, ou simplement dans n’importe quelle relation entre deux personnes celui qui a le vrai pouvoir c’est celui qui dispose du pouvoir de dire non. Celui qui dit oui acquiesce à une initiative qui vient de l’autre ; celui qui dit non impose qu’une autre initiative soit proposée. Si, comme tout le monde s’y attend, à Mamoudzou comme à Paris, Mayotte vote OUI elle n’aura plus qu’à attendre que le mzungu décide à quelle sauce et à quelle vitesse elle sera mangée. Le mzungu dira alors : » Bon, puisque vous avez dit OUI vous faites ce qu’on vous dit. » Si au contraire Mayotte votait NON la surprise serait totale et le mzungu n’imposerait plus mais demanderait. « Bon, nous sommes surpris mais c’est comme ça ; maintenant vous voulez quoi ? »
Alors, et alors seulement le Mahorais serait un peu plus l’égal du mzungu puisque son avis serait demandé !


A demain pour la quatrième partie

lundi 23 mars 2009

Dernier baroud pour que Mayotte ne soit pas département


Partie N° 2 Fraternité républicaine


Depuis que Ségolène l’a chanté dans un palais des sports le mot fraternité a tendance à faire sourire ; on parle ainsi désormais de solidarité nationale, voire de solidarité républicaine. L’expression, vidée de toute sensiblerie, évoque une cohésion quasiment instantanée des français dans leur ensemble aussitôt qu’un des leurs est frappé par le sort, un élan irrésistible de solidarité engagé, encouragé, orchestré par les plus hautes instances du pays, garantes d’une efficacité sans faille, qui va venir en aide aux plus démunis avec l’argent que vont lui donner de bon cœur et avec le sourire ceux qui en ont plus qu’il ne leur est nécessaire ; la toute première conséquence d’un OUI au département sera de mettre en branle cette désormais fameuse « solidarité républicaine », celle qui consiste à répartir les richesses de façon un peu plus humainement satisfaisante, de prendre aux riches pour donner aux pauvres, d’ouvrir en grand les portes à ce qui n’est accessible qu’aux départements et aux seuls départements, c'est-à-dire les subventions et allocations d’un côté et les impôts et taxes de l’autre, Ce qui est donné et ce qui est repris. On nous donnera un peu plus. Sans doute. Et on nous prendra un peu plus. Sans aucun doute. Tout consiste donc à savoir si nous y gagnerons ou non. Des experts très qualifiés nous expliquent que les subventions et allocations dépasseront très largement les impôts exigés, impôts que les Mahorais ne paieront pas puisque leurs revenus sont trop faibles. A quoi d’autres experts tout aussi qualifiés répondent que les impôts locaux, tels les ordures ménagères, ou la taxe foncière sont payables sitôt qu’on est locataire ou propriétaire, même si on n’a pas de revenu et que les allocations diverses seront largement érodées par un net accroissement du coût de la vie. Difficile de s’y retrouver. La seule chose dont on soit absolument certain c’est que si Mayotte devient département elle vivra au rythme des autres départements. Il suffit donc d’étudier ce qui s’est fait en France depuis les dix dernières années pour deviner ce qui va très probablement arriver à Mayotte. Or on constate que le niveau de vie général des métropolitains n’a pas beaucoup augmenté mais qu’au contraire il a souvent baissé, que le pouvoir d’achat n’est plus ce qu’il était, que les allocations et subventions diverses sont en nette diminution et de plus en plus difficiles à obtenir pour un nombre de gens de plus en plus restreint, que les acquis sociaux partent les uns après les autres, que les inégalités sont de plus en plus criantes, que la précarité devient la règle générale et que chômage et délocalisation sont les deux flasques mamelles de la société qui s’annonce ; DES sociétés qui s’annoncent, doit-on dire car la France n’est pas la seule dans ce cas. Toutes les nations européennes sont concernées. Si tout cela se passe en France, si la crise y sévit, si la précarité s’installe, si le nombre des miséreux augmente, pour quelle raison Mayotte, département français, connaitrait-elle un sort différent ?

Sitôt devenue département Mayotte recevra plus d’argent !

Peut-être mais pas tout de suite et comme tous les autres départements elle n’en aura pas beaucoup parce que les temps sont durs n’est-ce pas, parce que c’est la crise, parce que les caisses sont vides, parce qu’on a déjà donné, parce que tout se traite à Paris et qu’il faut donc en référer à Paris, parce qu’il y a un nouveau ministre, comme vous le savez, qu’il ne connaît pas encore le dossier, comme vous vous en doutez mais il va l’étudier, très bientôt, faites-lui confiance, et il rendra ses conclusions très bientôt, prochainement même, parce qu’on ne peut pas aller trop vite voyons voyons, que certaines étapes doivent être atteintes avant d’autres, l’inverse est vrai aussi, parce qu’il faut laisser du temps au temps et ne pas mettre la charrue avant les bœufs, ah ! les beaux grands bœufs du grand Chirac ! et pour tout un tas d’autres raisons aussi bonnes les unes que les autres, raisons que les Français de métropole et de Mayotte ont déjà toutes entendues mille et une fois et il n’y a pas de raison pour que ça change puisque la crise est là, qu’elle est bien là et que nous nous en sortirons, ça c’est sur, nos dirigeants nous l’affirment mais ça va prendre du temps et pour s’en sortir il faudra se serrer les coudes, serrer les dents et probablement serrer aussi les fesses. Il n’est d’ailleurs pas besoin d’être département pour attendre les sous puisque notre bon vieil état providence a déjà prévu que le RMI, ou le RSA, ou ce qu’il s’appellera dans dix ans ne serait versé à Mayotte dans son intégralité que dans dix ans justement. Il n’est pas prévu par contre que la fiscalité ait besoin de dix ans pour se mettre au goût et à l’heure de l’hexagone. Bref, que du bonheur. Et Bruxelles fera aussi partie de la fête, qui insistera pour verser son obole aux tout frais départementalisés, soyez les bienvenus dans le cercle de l’Europe, nous vous attendions, enfin vous voilà, vous faut-il des routes, des ponts, une piste longue ? Ne vous inquiétez plus de rien nous nous occupons de tout.

C’est quoi ce délire ?

Par la maîtrise des rouages administratifs qu’elle suppose la départementalisation profitera d’abord, et presque exclusivement à ceux qui ont l’habitude du pouvoir politique ou/et économique, soit 80% des créoles catholiques et 10% des noirs musulmans, c'est-à-dire à peu près 15% de la population ; au grand maximum. Ça c’est de la démocratie qu’elle est bonne ! Et il n’y a aucune chance pour que ça s’arrange puisque dans le monde entier les richesses sont de plus en plus concentrées dans les mains de moins en moins de gens. Crise après crise, défaillance après défaillance la prospérité de la France ne se conjugue désormais plus qu’au passé. Jamais plus la France ne redistribuera autant de richesses que celles dont elle disposait jusqu’à la fin des trente glorieuses. Ce destin est non seulement inéluctable mais il est sans retour possible. Jamais on n’a vu un Empire s’écrouler puis revenir à sa gloire première. Le sort de l’Occident est donc scellé. L’Occident va tomber, ça on le sait. Quand ? Ca on ne sait pas. C’est Dieu qui sait. La chute de Rome a pris deux siècles ; celle du Pékin impérial n’a pris que quelques mois mais ce qu’on sait à Mayotte, et ce à quoi nos enfants devraient être préparés, c’est que suivre le Blanc là où il va n’est plus aussi rassurant qu’avant et nous avons le droit, ici, à Mayotte et petits comme nous sommes, d’essayer de doubler nos chances. Quel est l’intérêt de s’attacher pieds et poings liés au sort d’un géant qui s’effondre ? Ancrer aujourd’hui son destin à celui de la France c’est prendre en marche un train qui ralentit et va bientôt s’arrêter. En disant OUI au département Mayotte met tous ses œufs dans un seul panier ; celui du mzungu. C’est ça la sagesse mahoraise ? C’est ça que les anciens souhaitaient pour leurs enfants ?


Partie N° 3 demain

Dernier baroud pour que Mayotte ne soit pas département


Scrutin dans une semaine. Dernier baroud; en quatre parties; une par jour. Et à la grâce de Dieu...


Partie I Introduction



Il n’est pas un parent respectable qui ne souhaite pour ses enfants un avenir meilleur que celui vécu par les générations précédentes, c'est-à-dire une vie prospère et sécurisée. Lorsqu’on leur a demandé de choisir entre l’indépendance et le maintien dans la République les parents mahorais des années 70 se sont comportés comme tous les parents du monde; ils ont évalué ce qui leur semblait le plus prometteur, et à choisir entre le mzungu puissant, dominateur et riche et le cousin bavard, dominateur et fauché ils n’ont pas hésité. L’avenir de leurs enfants passerait par la France. Elle seule pouvait garantir les équipements collectifs, la stabilité sociale, la santé, et surtout l’éducation sans laquelle il n’est pas possible d’abandonner définitivement la précarité et sa sœur la servitude. Le choix fait par les anciens et surtout les anciennes de Mayotte était parfaitement justifié, raisonnable et légitime et il n’est assurément pas question, et à aucun moment, de le remettre en cause.

Mais la question qui va être posée aux habitants de Mayotte dimanche prochain n’est pas la même que celle qui fut posée en 1974 ; elle implique donc une réponse ou à tout le moins une réflexion différente et ceci pour deux raisons aussi fondamentales l’une que l’autre.

En 1974 la France était la quatrième puissance de la planète ; aujourd’hui elle est la septième ; demain elle sera la neuvième puis la dixième puis la onzième et ainsi de suite ; dans un bref avenir elle ira, avec ses soixante petits millions d’habitants, grossir la masse informe des anonymes puissances dites « moyennes « , chose inconcevable par nos parents. C’est d’ailleurs tout l’Occident qui glisse de son piédestal de leader. La grande crise aidant, les nouveaux équilibres économiques et donc stratégiques sont en train de se réorganiser autour de puissances autrefois « émergentes ». En abandonnant l’Irak, en parlant à nouveau avec l’Iran, en avouant ne pas gagner la guerre en Afghanistan ni d’être en mesure d’y parvenir, les Etats-Unis de Barak Obama admettent que l’idée de l’Empire américain a pris fin, que l’Amérique ne dominera ni ne policiera le monde et se contentera d’être une grande puissance parmi d’autres grandes puissances, à égalité peut-être, à couteaux tirés surement avec la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie ou l’Indonésie. Le déclin de la France et de toutes les nations européennes est donc inévitable, tout comme seront inévitables le recentrage des populations européennes sur le « territoire national » et la montée des radicalismes.
Dans ce monde nouveau quelle sera la meilleure place pour Mayotte ? Et comment y accéder ?

La deuxième grosse différence d’avec le référendum de 1974 c’est que la question alors posée était beaucoup plus dramatique que celle du 29 mars. En effet on demandait alors aux parents mahorais de choisir entre être français ou ne pas l’être. Si tu votes oui tu es français, si tu votes non tu ne l’es plus. Il s’agissait d’un dilemme, ce que le référendum du 29 mars n’est pas. Aujourd’hui les Mahorais n’ont pas le couteau sous la gorge, et quelle que soit leur réponse ils passeront d’un accommodement avec l’Etat à un autre accommodement avec le même Etat, pas d’une citoyenneté à une autre. Dire NON au département n’est pas quitter la République mais dialoguer avec elle. Bien sur personne ne sera surpris si le OUI l’emporte mais le NON est prévu comme une possibilité par la République elle-même puisque la question est posée.
La conclusion qu’imposent ces différences fondamentales d’avec 1974 c’est que dire OUI au département n’est pas une obligation de survie, que ce n’est donc pas la seule réponse possible, qu’il existe une autre hypothèse de travail, une autre façon d’imaginer l’avenir de Mayotte, qui n’était pas envisageable du temps de nos parents et que ce n’est pas manquer de respect à l’égard des anciens mais bien au contraire les traiter avec tout le respect qui leur est dû que de chercher, aujourd’hui comme hier quelle réponse est porteuse des meilleurs espoirs pour les générations qui arrivent.



Quelle soit en faveur du OUI ou quelle soit en faveur du NON, l’argumentation peut être circonscrite à trois grands chapitres, lesquels correspondent aux trois principes fondateurs de la Nation française post révolutionnaire, à savoir Liberté, Egalité, Fraternité. Les Mahorais, les Mahoraises surtout, ne s’y sont pas trompés, qui ont pris le premier de nos grands principes, Liberté, comme justification nécessaire et totalement suffisante à la sécession de Mayotte. « Nous voulons être français pour être libres ». C’est donc par la Liberté que nous terminerons, lui donnant le mot de la fin.

samedi 14 mars 2009

département poil aux dents; démocratie poil au zizi




avec quelques travaux récents



Le débat sur la départementalisation de Mayotte est un débat entre ceux qui sont pour le département et les autres. Parmi ces derniers on trouve ceux qui sont assez pour, ceux qui sont pour mais avec des réserves, ceux qui sont moyennement pour, ceux qui sont absolument pour, ceux qui ne peuvent pas ne pas être pour, ceux qui sont totalement pour, et ce depuis longtemps, et une poignée de gens qui ne sont pas franchement pour mais qui ne vont pas voter contre. Ceux qui sont contre on n'en connait pas, on ne les rencontre que la nuit et on ne les entend jamais. Ils doivent être très laids et sentir très mauvais. Aucun organe de presse n'en a jamais invité un seul, ni RFO ni Mayotte hebdo ni Mayotte hebdaube. Même Malengo dont on sait qu'il n'est pas pour se refuse à parler contre. On se croirait en Chine ma parole! Jamais Kashkazi ne nous aura manqué à ce point. Parlottes, parlottes et parlottes, sans la moindre contradiction possible. Le cas de Mayotte aujourd'hui a ceci d'intéressant qu'il représente, à mon avis, très exactement ce vers quoi nos démocraties occidentales se dirigent. Les peuples sont de plus en plus consultés pour la forme, parce que ça se fait ou parce qu'on a dit que ça se faisait et je suis près à parier que, si le Ciel voulait qu'à Mayotte le NON l'emportât, les élus et nantis locaux exigeraient que la question de la départementalisation soit à nouveau posée, non au peuple cette fois-ci, mais aux élus, représentants, bref à ceux qui savent ce que développement veut dire. Le peuple a raison lorsqu'il dit oui, et lorsqu'il vote non c'est un ramassis d'incultes imbéciles. La démocratie était une belle idée; elle redevient une belle idée.
Et cela d'autant plus qu'ici, à Mayotte, la départementalisation, rêve d"égalité citoyenne, ne profitera bien sur en priorité et sans doute en exclusivité, qu'à ceux qui maîtrisent les rouages de l'administration républicaine; soit à peu près 70% des créoles catholiques et 10% des noirs musulmans. En tout un maximum de 20 % de la population. Ca c'est de la démocratie qu'elle est bonne! Les Mahorais auront au moins fait la preuve qu'ils ont, avec les wazungu, un point en commun; tout comme leurs anciens maîtres ils sont incapables d'apprendre, soit à partir de l'Histoire, soit à partir de l'expérience des autres (voir les Guadeloupéens). Ils peuvent être aussi bêtes que nous, ce qui prouve bien que le racisme est une idée idiote. C'est le seul point que je trouve rassurant.

samedi 7 mars 2009

Mayotte département ou pas département ?


Si tous les tenants de la départementalisation pure et dure de Mayotte sont d'accord pour hisser les anciens au rang de prophètes ou de visionnaires je n'ai à ce jour entendu ni lu aucune voix remarquant que les données fondamentales du choix qui leur fut proposé ne sont plus les mêmes aujourd'hui qu'hier. Hier, il y a seulement trente ans, la France était la quatrième puissance mondiale et puisqu'il fallait choisir entre la tutelle d'un grand de ce monde et celle de cousins bavards et fauchés le choix était tout fait. Va pour la France. Aujourd'hui la France n'est plus que septième puissance, demain elle sera neuvième et après demain, très bientôt, elle fera partie de l'anonyme multitude des "puissances moyennes". C'est tout le monde occidental d'ailleurs, qui descend inéluctablement de son piédestal de leader. La perte de pouvoir de la France est donc absolument prévisible. Refuser de constater cette évidence c'est se priver de moyens pour affronter l'avenir.
Crise après crise, défaillances après défaillances la prospérité de la France ne se conjugue plus qu'au passé. Quel est dès lors l'intérêt de s'attacher pieds et poings liés au sort d'un géant qui s'effondre? Ancrer son destin à la République c'est prendre en marche un train qui ralentit et s'arrêtera à coup sur. La sagesse du mahorais consisterait-t-elle à mettre tous ses oeufs dans le seul panier du M'zungu?
Le choix comorien est bien évidemment aujourd'hui exclu. Si les Comores ressemblaient à Monaco et si les comptes bancaires y étaient aussi bien protégés qu"en Suisse Mayotte aurait alors une deuxième option mais nous n'en sommes pas encore là. Il ne s'agit donc pas de dire NON à la France mais de faire remarquer au puissant qui nous gouverne que Mayotte est petite, qu'elle a donc besoin de multiplier ses chances de survie et qu'elle sollicite humblement la permission de chercher par elle même, ailleurs, d'autres appuis, d'autres circuits, d'autres règles de fonctionnement que ceux qui lui seront inévitablement imposés par une départementalisation pure et dure.
Voilà très exactement le genre de recherche à quoi pourraient s'atteler l'énergie, l'imagination et l'enthousiasme de la jeunesse mahoraise.

Bonne chance à Mayotte

lundi 23 février 2009

retour à Mayotte


Retour à Mayotte ; après deux mois en métropole. Deux mois passés à travailler. Boulot boulot, aucun tourisme cette fois-ci ce qui fait que le temps a passé vite et que je ne me suis pas ennuyé. Quelques visites à ma mère et aux ami(e)s incontournables. Noël en famille aussi ; le premier depuis sept ans. Pas si emballé que ça à l’idée de revenir à Mayotte et pas si emballé que ça à l’idée de demeurer en France. Décidément je ne serai vraiment bien nulle part.
Que de Noirs à Mayotte (ce qui semble normal) et que de noir en métropole ! Jamais je n’en n’aurai vu autant. Les femmes s’habillent en noir, les hommes s’habillent en noir, les jeunes s’habillent en noir encore plus farouchement que leurs ainés et tout le monde trouve ça très bien. « Très pratique ! » entend-t-on répondre lorsque l’on s’en étonne. Ca va avec tout. C’est distingué, ça amincit, et tu ne te poses pas de question le matin en te levant. Tu prends, tu mets, tu sors, tu va bosser, tu rentres, tu te changes si tu veux sortir et tu ne te poses toujours pas de question, tu reprends du noir, tu mets, tu sors, etc. Pour réveillonner on reprend du noir bien sur, mais on le prend brillant, avec une chemise blanche et un pull gris pour les garçons et une écharpe mauve pour les filles. Il y en a partout. Une veille de Noël, sur une grand’ place d’Angers, les seules taches de couleur étaient celles des baraques de Noël. Les gens, tous les gens, multitude dense et compacte étaient en noir noir noir et trouvaient ça très bien. Ce qui est en fait le plus étonnant c’est que les éléments discordants, ceux qui osent résister, ceux et celles qui portent autre chose que du noir s’ils ont envie de porter autre chose que du noir sont devenus, au fil des années, absolument rarissimes. Pas une fausse note dans ces harmonies de catafalque. Ca fait bien dix ou douze ans que la mode est au noir ; ce n’est plus de la mode, c’est du formatage !
Dans l’ensemble j’ai trouvé mes compatriotes très formatés ; et pas mécontents de l’être semble-t-il. Je n’ai entendu aucune idée intéressante. Que du commun, du tout venant, du rabâché, du déjà entendu, mille fois, en boucle ; pas de vision, pas de grandeur. « Plomb durci » toute la première partie de mon séjour. Joyeux Noël à Bethléem ou à Gaza. Deux semaines d’atrocités non filmées, racontées, justifiées au nom du droit de légitime attaque . Des commentaires et des forums en veux-tu en voilà, avec les opinions pour, les opinions contre voire les opinions pour et contre. Des historiens érudits, des journalistes avertis, des politologues informés, des philosophes plus très nouveaux mais toujours aussi verbeux et pas un à ma connaissance qui se soit souvenu que l’Occident avait fait le nid d’Israël sur des terres réquisitionnées et que cela, rien que cela, expliquait tout ceci en très grande partie. « Le peuple juif est un peuple sur de lui, arrogant et dominateur. » De Gaulle dixit. Si Mon Général répétait ces paroles aujourd’hui il serait poursuivi jusqu’à l’hallali de justice. La vérité n’a pas changé ; les temps, eux, ont changé, et avec eux, les populations, molles, grégaires et dociles. Il n’y a pas qu’aux Comores que la loi du groupe fasse sentir son joug. Ne vous privez de rien Monseigneur, et privez-nous de tout, vêtez-nous de noir, verbalisez « à la volée », dites-nous quoi dire et quoi ne pas croire, pourvu que l’on mange et pourvu que l’on joue. La France n’éclaire plus l’espace autour d’elle-même ; ses lumières sont toutes tournées sur son ventre, sur son identité nationale, foi de vichyssois, sur ses bibliothèques, ses salles d’exposition et sur les réserves du musée qu’elle est devenue. Alexandrie a aujourd’hui la taille de l’hexagone. Lequel en aura probablement le destin.

Puis survint Obama. Le chevalier noir. Qui, comme son frère le chevalier blanc nettoie tout du sol au plafond, et en plus ça sent bon. Il m’en faut un comme ça chez moi. Et tout le monde le trouve parfait. Les radios, les télés, les journaux, tous s’accordent à dire que l’élection d’Obama représente la fin d’une époque ou le début d’une autre et qu’après cet événement le monde ne pourra être que meilleur. Tout au plus, le plus souvent sur Arte, entend-t-on parfois un politologue revenu de tout ou un cacique du P.S. souligner que si d’aventure Obama se révélait être un bon président il serait un bon président américain et qu’à ce titre l’Europe, entre autres, n’avait rigoureusement rien à espérer du nouvel empereur. Mais non, il faut voir les choses de façon positive, Obama représente l’espoir et pour une fois qu’on peut échafauder des rêves ne venez pas nous les briser. Mais quel est donc cet espoir que représente Obama ? L’espoir que le monde sera meilleur sans Bush aux affaires ? N’importe qui , même Ségolène, même Bigard, même moi auraient été symboles d’espoir après l’abat Bush. L’espoir qu’un noir dirige le pays autrement parce qu’enfin un noir était président ? N’importe quoi. Avec l’accès des femmes au pouvoir on a déjà vu que la fonction transcende le sexe ; elle transcendera encore plus surement la couleur de peau et Obama fera ce qu’il pourra, comme il le pourra, ainsi que le ferait tout homme ou toute femme à sa place. Ce n’est pas en aval que réside l’intérêt de l’élection d’Obama mais en amont.
Car si Obama ne représente aucun espoir particulier, reste la joie manifestée à la nouvelle de son élection. Joie manifestée sur la terre entière, chez les noirs d’Afrique et d’ailleurs, chez les jaunes d’Asie et chez les Européens aussi. Les blancs d’Europe, et ils sont légion, furent heureux que soit élu un président noir. Pour quelle raison ? Ai-je jamais entendu posée la question suivante : « quel est l’intérêt des blancs à ce qu’un noir soit élu président des Etats Unis ? Pour quelle(s) raisons les Français de France, blancs pour la plupart, ont-ils été heureux qu’Obama soit élu ? Les Français sont soulagés ; « enfin un Noir a été élu président d’une nation blanche ! « Ce n’est pas en France que ça arriverait, soit dit en passant, ni n’est-ce demain la veille, mais les noirs hier bafoués, conspués, mis à l’écart, victimes d’injustices à répétition, ont aujourd’hui un des leurs à la tête du plus grand pays du monde. Réjouissons-nous. Et espérons.
Je vois peut-être le mal partout mais je me demande si cet espoir dont les européens nous ont parlé en boucle ne se résume pas à l’illusion qu’avec l’élection d’un noir à un poste suprême les injustices passées sont « réparées » et le problème est donc réglé. Je me demande si notre inconscient collectif de blancs super-puissants n’abrite pas deux composantes très difficiles à exprimer parce que porteuses de grands dangers, à savoir une culpabilité à l’égard de nos conquêtes passées et une terreur qu’on nous ne nous en demande des comptes. Si tel était le cas notre enthousiasme collectif à l’égard d’Obama indiquerait notre espoir d’être absous, à peu de frais, pour nos exactions passées, et même encore un peu présentes. Les désillusions qui s’annoncent seraient alors immenses et annonceraient, non pas un choc des civilisations mais plus probablement un choc des races. Les Chinois par exemple, qui ne nous ont jamais pardonné le sac du Palais d’été, ont-ils été heureux de la victoire d’Obama parce qu’il était noir ou parce qu’il n’était pas blanc ?