mercredi 25 mars 2009

Plaidoyer pour la non départementalisation de Mayotte 4ème et dernière partie



Quatrième partie du dernier baroud

Après, on se tait


Liberté républicaine



La troisième raison pour laquelle un OUI serait intéressant c’est qu’en ancrant de façon aussi irrévocable Mayotte dans la trame républicaine on la sépare, de façon tout aussi irrévocable de ses caractériels cousins et insolents voisins, et là encore l’argument n’est pas mince puisque ce fut très exactement le premier argument qui conduisit Mayotte, en 1974, à refuser l’indépendance. « Nous voulons être français parce que nous voulons être libres ! » Libres des Comoriens bien évidemment. Que peut-on bien trouver à y répondre ? Il n’existe pas cinquante façons de se libérer d’un despote ; on peut le maintenir à distance et ne plus rien avoir à faire avec lui ; on peut s’en différencier au point que ses prétentions deviennent ridicules et donc inaudibles. De ce fait, et par essence pourrait-on dire, l’accès au statut de département va avoir l’immense avantage de signifier aux Tartarins d’à côté qu’à partir de maintenant ils ne s’adressent plus à des descendants de leurs serfs mais à des Français libres et égaux en droit, que toute revendication sur Mayotte est assimilable à une insulte faite à un état souverain, que tout acte malveillant peut être considéré comme une agression, voire un casus belli et qu’ici on s’attend en toute logique à ce que le président du Conseil Général, s’il se déplace à Moroni, soit reçu avec les égards et la pompe dus à un ambassadeur. Avant c’étaient eux qui se la pétaient ; maintenant c’est Mayotte qui biche. Chacun son tour et c’est très bien comme ça. Les wazungu ont même un proverbe pour illustrer le phénomène, où l’on parle d’assiette au beurre qui passe pour tout le monde. Eh bien l’assiette au beurre, en ce moment, elle est devant Mayotte. A bon entendeur ! Le temps passé est bel et bien passé, une page est définitivement tournée, il n’est pas question de revenir là-dessus et jamais, vous entendez, JAMAIS Mayotte ne reviendra dans les Comores !
A quoi le Sage répond que dès qu’on parle d’avenir il ne faut jamais dire jamais ; à moins bien sur d’ajouter « Inch’Allah », ce que les plus dévots des défenseurs du OUI oublient toujours de faire.

« Il est très difficile de prévoir quoi que ce soit, et surtout l’avenir » disait Oscar Wilde et il avait bien raison. L’avenir est en effet plein de surprises et ce n’est pas être fou que d’envisager toutes les hypothèses possibles et préparer ainsi, pour ses enfants, un monde où ils pourront vivre libres et en paix. Nos anciens ont choisi la France parce qu’ils voulaient rester libres. Mayotte est française, elle restera donc libre. Le statut de département amènera des contraintes nouvelles mais ne fournira aucune garantie supplémentaire. L’Algérie était constituée de quatorze ou seize départements jusqu’aux accords d’Evian. A la suite desquels les départements ont disparu laissant deux millions de pieds noirs battant de l’aile et claquant du bec sans que leur détresse n’émeuve quiconque ni ne change quoi que ce soit. Si, pour des raisons qui sont les siennes la France utilisait son droit du plus fort, et décidait d’abandonner Mayotte personne n’y pourrait rien et de plus la communauté internationale l’y encouragerait. Peut-être même trouverait-on sa décision « courageuse ». Ce que le dominant a fait il peut le défaire. Si, ce qu’à Dieu ne plaise, la Raison d’Etat voulait que soit sacrifié un petit peuple lointain et exogène alors le petit peuple lointain et exogène serait sans état d’âme sacrifié à la Raison d’Etat. Il n’y a aucun doute à avoir la dessus. La liberté si chère au cœur de nos mamans mahoraises dépend du bon vouloir du Prince et ne sera garantie que tant que le voudra le Prince.

Ayant proposé à Mayotte un choix possible entre le OUI et le NON, la République envisage donc chacune des réponses comme étant acceptable et c’est donc déjà un gage de liberté. Puisque la République veut vraiment que Mayotte soit libre alors elle acceptera que Mayotte puisse disposer d’une autonomie que la soumission aveugle et muette aux diktats républicains ne lui autorisera pas. Il ne s’agit pas pour Mayotte de changer brutalement de partenaires mais d’obtenir le droit d’en courtiser d’autres et le droit de chercher par elle-même, et ailleurs que dans les carnets d’adresses mzungu d’autres appuis, d’autres circuits, d’autres règles de fonctionnement que ceux qui lui seront inévitablement imposés par une départementalisation pure et dure. La liberté ne consiste pas à subir mais à chercher sa voie personnelle et à prendre soi même la direction de son propre avenir.

S’il n’est plus complètement avec le mzungu, l’avenir de Mayotte se trouve où ? Mais dans sa région voyons ! Placées où elles sont et avec leur histoire les Comores ne sont pas un Haïti en gestation mais ont naturellement vocation à devenir la Suisse de l’Océan Indien. Ou le Lichtenstein ; ou Monaco. Qu’on y songe, voila un ensemble de quatre îles dont aucune ne présente d’intérêt particulier. Les plages sont bien plus belles aux Seychelles et à Maurice, les sommets bien plus élevés et accessibles à la Réunion, les espaces bien plus vastes à Madagascar, la faune bien plus fascinante sur le continent tout proche. Les Comores ne disposent d’aucune ressource ni d’aucune richesse que l’on sache. C’est très exactement un endroit dont personne ne voudra jamais s’emparer et c’est déjà ça. Tout comme la Suisse dont personne n’a jamais voulu emprunter les montagnes. Et tout comme la Suisse aussi c’est un carrefour entre des vieilles civilisations, des cultures puissantes et des échanges en devenir, un point de passage entre l’Afrique et tous ses partenaires, Européens, Arabes, Indiens et bientôt –déjà—Chinois. Pendant et à mesure que l’Occident décline la nouvelle carte du monde verra s’installer un axe qui reliera la Chine et l’Afrique et tiendra nécessairement compte de l’Inde et de la péninsule arabique.

Ce n’est donc ni à Rambouillet ni à Marcoussis mais dans les Comores que se signeront les cessez le feu entre belligérants africains ou arabes.
C’est dans les Comores que se célèbreront leurs accordailles.
C’est dans les Comores que se scelleront leurs nouvelles alliances.
C’est dans les Comores que se signeront les contrats entre les nations africaines et leurs partenaires historiques ou à venir.
C’est dans les Comores que s’installeront les établissements bancaires dont se serviront les habitués de l’Océan Indien.

Et l’on voudrait que Mayotte n’en soit pas !!

Personne, et nous les signataires de ce plaidoyer moins que quiconque, personne ne désire que Mayotte rejoigne dès demain l’Etat comorien. Il n’est pas question d’appauvrir Mayotte ni d’envisager pour elle des conditions de fonctionnement plus aléatoires que celles qui régissent aujourd’hui son quotidien. Nul ici ne songe, non plus qu’à Paris, à demander à Mayotte de quitter la République.

Il est question d’œuvrer pour que Mayotte elle-même contribue activement à mettre en place une structure dans laquelle elle serait écoutée parce qu’elle aurait pris son sort entre ses propres mains.

Refuser le département ne changera rien nulle part dans l’immédiat et aucun châtiment ne tombera du Ciel ni de la République pour punir Mayotte d’avoir osé dire que le mot « département » ne convenait pas. Après le NON le travail des hommes politiques consistera, comme à l’habitude, à obtenir le maximum de l’Etat pour ensuite le redistribuer à leur guise. Ils devront simplement se servir d’autres mots que « département » ou « zone ultra périphérique ».
« Impossible !! » trépigneront-ils.
Qu’en sait-on ? L’a-t-on jamais fait ? A-t-on même seulement essayé ? En a-t-on seulement discuté ? Bien sur un NON impliquerait nécessairement une certaine redistribution du pouvoir et quelques indignés et fébriles caciques trembleraient sur leurs ronds de cuir avant de prendre d’avec la politique locale une retraite glorieusement méritée. Mais le vide que créera leur départ ne sera d’aucune gène puisque c’est très exactement dans cet espace laissé vacant que pourra s’installer une jeunesse mahoraise pourvue enfin d’un but qui soit plus prometteur et plus stimulant que celui qui consiste à copier le maître en tous points de sa vie, à afficher ainsi des ambitions d’esclave et finir caissier ou agent de sécurité avec un bac plus cinq. C’est très exactement dans cet espace à construire que les jeunes de Mayotte et de la région pourront mettre au feu leurs idées, tester leurs audaces et canaliser leur ardeur.

Dire NON aurait en outre le dernier avantage de calmer à peu près tout le monde. Dernier mais pas le moindre.

Les wazungu pour commencer qui verraient, une fois la surprise passée et à l’exception de quelques joueurs de golf en colère, une bonne dose de pression disparaître de leurs effarouchées épaules. Sans doute seraient-ils toujours les Détenteurs Suprêmes du Savoir et du Pouvoir mais dépourvu désormais de toute urgence, leur enseignement aurait moins d’importance et, débarrassés de l’absolue et constitutionnelle obligation d’exiger de tout un chacun qu’il se comporte selon la norme, bon nombre d’entre eux se feraient plus discrets ce qui ne sera pas dommage.

D’autres qui serraient surpris, stupéfaits, quasiment cloués sur place et soudainement calmés, ce sont les agités d’à côté qui se verraient brutalement privés d’un de leurs arguments majeurs pour continuer à traiter Mayotte comme une dépendance. Ce qu’elle n’est pas. Le choix du NON imposerait à tous que les actes de Maore valent largement les palabres de Ngazidja. Une fois la stupéfaction passée, et comme ils ne sont pas plus bêtes qu’ailleurs, ils traiteront Mayotte avec plus de respect, en partenaire, en égale, rassurés qu’ils seront qu’ »attendre » est redevenu un verbe actif.



Et si, sans que cela lui coûte, dsire NON permet à Mayotte de faire le calme autour de soi, ma foi ce sera tout bénéfice et tout à mettre au crédit de Mayotte qui aura prouvé qu’il n’est pas toujours besoin d’être riche pour être libre et que ses habitants pouvaient être aussi lucides que n’importe qui et politiquement plus mûrs que beaucoup.

Amine kam’gwavenze

mardi 24 mars 2009

plaidoyer pour la non départementalisation de Mayotte 3ème partie


Baroud d'honneur 3ème partie


Egalité républicaine


La deuxième raison pour laquelle on conseille de voter OUI c’est que lorsque Mayotte sera enfin érigée au rang de département « pur et dur » rien ne distinguera plus les Français de Mayotte de ceux de métropole. C’est un argument essentiel des tenants du OUI que de souligner que Mayotte sera désormais l’égale de n’importe quel autre département républicain. Cette question de l’égalité est d’une grande importance pour les Français, beaucoup plus que pour les Anglais par exemple, et elle est considérable pour les Mahorais puisqu’en effet, si ces derniers demandent si souvent et avec tant d’insistance d’être traités en égal c’est bien parce qu’ils ont la certitude de n’avoir jamais été considérés comme tels, ni par les Comoriens ni par les wazungu. On aurait grand tort de ne voir là que caprice ou enfantillage puisque cette crainte de l’inégalité est constitutive de la psychologie mahoraise, que son installation remonte aux lointaines années de sujétion à leurs arrogants cousins, suivies des années de colonisation et de domination blanche, pas si lointaines que ça celles là, que cette crainte, qu’on appelle souvent « complexe d’infériorité » est devenue un archétype et que, comme tel, rien ne pourra plus le déloger de la psyché locale sauf à rompre avec le blanc, de façon définitive et pendant plusieurs générations. Nous n’en sommes pas encore là et il faut donc, pour les Mahorais, s’en accommoder. Etre traité de façon égale est une très bonne façon de faire taire cette crainte permanente et l’accès de Mayotte au rang de département « pur et dur » offre l’espoir, sinon la garantie d’être inscrit dans un espace républicain où le mot Egalité est un mot fondateur donc rassurant ; et si cela ne suffisait pas, sitôt que Mayotte sera département « pur et dur » les Mahorais auraient alors le droit d’exiger d’être traités en égal avec les métropolitains, ce que les Mahorais n’ont jamais fait jusque là et qui n’augure pas d’une harmonie apaisée entre les wazungu et les autochtones. Cet argument en faveur du OUI est un argument si fondamental qu’il ne peut absolument pas être écarté, et personne ne peut donner tort aux Mahorais, le métropolitain moins qu’aucun autre puisqu’il a, par sa longue domination et par l’usage intensif du vocable « égalité », créé et activement contribué à entretenir le terreau même des revendications qui s’annoncent.


Pour attirante et légitime qu’elle soit cette revendication d’égalité est pernicieuse pour deux raisons.

La première c’est qu’à force de réclamer l’égalité de traitement dans tous les domaines les Mahorais vont voir, voient déjà, peu à peu disparaître toutes les petites libertés qui façonnent leur vie depuis toujours sans pour autant avoir aucune chance de disposer de tous ces biens dont les « vrais » Français disposent. La justice cadiale, pour ne citer qu’elle, est devenue un archaïsme intempestif dont Mayotte doit se passer, reléguant l’enseignement de l’Islam au rang de coutume régionale et vaguement folklorique qu’on tolère mais dont on ne tient plus compte. On tolérera les Debba, on les encouragera même parce qu’il n’y a que des femmes, toutes pomponnées et parfumées et qui chantent bien en battant des mains et c’est si tellement authentique, si tellement vrai, si indubitablement folklorique qu’on les rassemblera bientôt dans un stade les jours d’escale de gros bateaux remplis de troisième âge cacochymes et libidineux, alors que dans les mêmes moments on demandera au Muezzin d’arrêter ses appels à la prière à quatre heures du matin parce que ce n’est pas républicain. Ce n’est plus d’égalité mais d’uniformisation qu’il faudra parler et lorsqu’il aura l’argent pour ce faire, ce qui n’est pas demain la veille, le Conseil Général fera venir à grands frais des plaques de faux marbre ou des dalles de grès reconstitué pour construire un centre piétonnier qui ressemblera à s’y méprendre aux plateaux piétonniers d’Angers de Valence ou de Trèves.
Désespérant.
En outre on ne saura jamais de quelle égalité on parle. Dieu a créé les hommes égaux entre eux mais, ainsi que le faisait remarquer Coluche, certains sont plus égaux que d’autres. Ainsi lorsque la pure et dure Mayotte sera l’égale de n’importe lequel des départements français de quel département sera-t-elle plus particulièrement l’égale ? Du Pas de Calais ou des Hauts de Seine ? Mamoudzou sera-t-elle l’égale de Neuilly ou celle de Gandrange ? Qui parierait sur Neuilly ?

La seconde raison de se méfier, plus insidieuse et plus destructrice c’est que celui qui passe son temps à réclamer l’égalité se maintient dans la position de demandeur, confirmant ainsi à son interlocuteur qu’il n’est pas son égal et les wazungu n’ont pas besoin de ça pour croire qu’ils sont supérieurs. Ils vont donc se trouver confortés dans leur position dominante, celle de ceux qui octroient, avec plus ou moins de bonne grâce, face à ceux qui quémandent, avec plus ou moins d’insistance. Si égalité il y a elle aura été accordée par le dominant, qui en attendra nécessairement de la gratitude. C’est pas gagné. D’un côté nous aurons les « je donne- t’es jamais content » et de l’autre les « je veux-y a jamais assez ». Déjà tendues et pas franchement satisfaisantes les relations entre les Mahorais et les wazungu vont devenir exécrables. On peut vivre avec, sans doute, mais on peut aussi essayer de ne pas envenimer les choses et même de tourner l’inégalité à notre profit. Ce qui est tout à fait possible.

Dans un couple, ou simplement dans n’importe quelle relation entre deux personnes celui qui a le vrai pouvoir c’est celui qui dispose du pouvoir de dire non. Celui qui dit oui acquiesce à une initiative qui vient de l’autre ; celui qui dit non impose qu’une autre initiative soit proposée. Si, comme tout le monde s’y attend, à Mamoudzou comme à Paris, Mayotte vote OUI elle n’aura plus qu’à attendre que le mzungu décide à quelle sauce et à quelle vitesse elle sera mangée. Le mzungu dira alors : » Bon, puisque vous avez dit OUI vous faites ce qu’on vous dit. » Si au contraire Mayotte votait NON la surprise serait totale et le mzungu n’imposerait plus mais demanderait. « Bon, nous sommes surpris mais c’est comme ça ; maintenant vous voulez quoi ? »
Alors, et alors seulement le Mahorais serait un peu plus l’égal du mzungu puisque son avis serait demandé !


A demain pour la quatrième partie

lundi 23 mars 2009

Dernier baroud pour que Mayotte ne soit pas département


Partie N° 2 Fraternité républicaine


Depuis que Ségolène l’a chanté dans un palais des sports le mot fraternité a tendance à faire sourire ; on parle ainsi désormais de solidarité nationale, voire de solidarité républicaine. L’expression, vidée de toute sensiblerie, évoque une cohésion quasiment instantanée des français dans leur ensemble aussitôt qu’un des leurs est frappé par le sort, un élan irrésistible de solidarité engagé, encouragé, orchestré par les plus hautes instances du pays, garantes d’une efficacité sans faille, qui va venir en aide aux plus démunis avec l’argent que vont lui donner de bon cœur et avec le sourire ceux qui en ont plus qu’il ne leur est nécessaire ; la toute première conséquence d’un OUI au département sera de mettre en branle cette désormais fameuse « solidarité républicaine », celle qui consiste à répartir les richesses de façon un peu plus humainement satisfaisante, de prendre aux riches pour donner aux pauvres, d’ouvrir en grand les portes à ce qui n’est accessible qu’aux départements et aux seuls départements, c'est-à-dire les subventions et allocations d’un côté et les impôts et taxes de l’autre, Ce qui est donné et ce qui est repris. On nous donnera un peu plus. Sans doute. Et on nous prendra un peu plus. Sans aucun doute. Tout consiste donc à savoir si nous y gagnerons ou non. Des experts très qualifiés nous expliquent que les subventions et allocations dépasseront très largement les impôts exigés, impôts que les Mahorais ne paieront pas puisque leurs revenus sont trop faibles. A quoi d’autres experts tout aussi qualifiés répondent que les impôts locaux, tels les ordures ménagères, ou la taxe foncière sont payables sitôt qu’on est locataire ou propriétaire, même si on n’a pas de revenu et que les allocations diverses seront largement érodées par un net accroissement du coût de la vie. Difficile de s’y retrouver. La seule chose dont on soit absolument certain c’est que si Mayotte devient département elle vivra au rythme des autres départements. Il suffit donc d’étudier ce qui s’est fait en France depuis les dix dernières années pour deviner ce qui va très probablement arriver à Mayotte. Or on constate que le niveau de vie général des métropolitains n’a pas beaucoup augmenté mais qu’au contraire il a souvent baissé, que le pouvoir d’achat n’est plus ce qu’il était, que les allocations et subventions diverses sont en nette diminution et de plus en plus difficiles à obtenir pour un nombre de gens de plus en plus restreint, que les acquis sociaux partent les uns après les autres, que les inégalités sont de plus en plus criantes, que la précarité devient la règle générale et que chômage et délocalisation sont les deux flasques mamelles de la société qui s’annonce ; DES sociétés qui s’annoncent, doit-on dire car la France n’est pas la seule dans ce cas. Toutes les nations européennes sont concernées. Si tout cela se passe en France, si la crise y sévit, si la précarité s’installe, si le nombre des miséreux augmente, pour quelle raison Mayotte, département français, connaitrait-elle un sort différent ?

Sitôt devenue département Mayotte recevra plus d’argent !

Peut-être mais pas tout de suite et comme tous les autres départements elle n’en aura pas beaucoup parce que les temps sont durs n’est-ce pas, parce que c’est la crise, parce que les caisses sont vides, parce qu’on a déjà donné, parce que tout se traite à Paris et qu’il faut donc en référer à Paris, parce qu’il y a un nouveau ministre, comme vous le savez, qu’il ne connaît pas encore le dossier, comme vous vous en doutez mais il va l’étudier, très bientôt, faites-lui confiance, et il rendra ses conclusions très bientôt, prochainement même, parce qu’on ne peut pas aller trop vite voyons voyons, que certaines étapes doivent être atteintes avant d’autres, l’inverse est vrai aussi, parce qu’il faut laisser du temps au temps et ne pas mettre la charrue avant les bœufs, ah ! les beaux grands bœufs du grand Chirac ! et pour tout un tas d’autres raisons aussi bonnes les unes que les autres, raisons que les Français de métropole et de Mayotte ont déjà toutes entendues mille et une fois et il n’y a pas de raison pour que ça change puisque la crise est là, qu’elle est bien là et que nous nous en sortirons, ça c’est sur, nos dirigeants nous l’affirment mais ça va prendre du temps et pour s’en sortir il faudra se serrer les coudes, serrer les dents et probablement serrer aussi les fesses. Il n’est d’ailleurs pas besoin d’être département pour attendre les sous puisque notre bon vieil état providence a déjà prévu que le RMI, ou le RSA, ou ce qu’il s’appellera dans dix ans ne serait versé à Mayotte dans son intégralité que dans dix ans justement. Il n’est pas prévu par contre que la fiscalité ait besoin de dix ans pour se mettre au goût et à l’heure de l’hexagone. Bref, que du bonheur. Et Bruxelles fera aussi partie de la fête, qui insistera pour verser son obole aux tout frais départementalisés, soyez les bienvenus dans le cercle de l’Europe, nous vous attendions, enfin vous voilà, vous faut-il des routes, des ponts, une piste longue ? Ne vous inquiétez plus de rien nous nous occupons de tout.

C’est quoi ce délire ?

Par la maîtrise des rouages administratifs qu’elle suppose la départementalisation profitera d’abord, et presque exclusivement à ceux qui ont l’habitude du pouvoir politique ou/et économique, soit 80% des créoles catholiques et 10% des noirs musulmans, c'est-à-dire à peu près 15% de la population ; au grand maximum. Ça c’est de la démocratie qu’elle est bonne ! Et il n’y a aucune chance pour que ça s’arrange puisque dans le monde entier les richesses sont de plus en plus concentrées dans les mains de moins en moins de gens. Crise après crise, défaillance après défaillance la prospérité de la France ne se conjugue désormais plus qu’au passé. Jamais plus la France ne redistribuera autant de richesses que celles dont elle disposait jusqu’à la fin des trente glorieuses. Ce destin est non seulement inéluctable mais il est sans retour possible. Jamais on n’a vu un Empire s’écrouler puis revenir à sa gloire première. Le sort de l’Occident est donc scellé. L’Occident va tomber, ça on le sait. Quand ? Ca on ne sait pas. C’est Dieu qui sait. La chute de Rome a pris deux siècles ; celle du Pékin impérial n’a pris que quelques mois mais ce qu’on sait à Mayotte, et ce à quoi nos enfants devraient être préparés, c’est que suivre le Blanc là où il va n’est plus aussi rassurant qu’avant et nous avons le droit, ici, à Mayotte et petits comme nous sommes, d’essayer de doubler nos chances. Quel est l’intérêt de s’attacher pieds et poings liés au sort d’un géant qui s’effondre ? Ancrer aujourd’hui son destin à celui de la France c’est prendre en marche un train qui ralentit et va bientôt s’arrêter. En disant OUI au département Mayotte met tous ses œufs dans un seul panier ; celui du mzungu. C’est ça la sagesse mahoraise ? C’est ça que les anciens souhaitaient pour leurs enfants ?


Partie N° 3 demain

Dernier baroud pour que Mayotte ne soit pas département


Scrutin dans une semaine. Dernier baroud; en quatre parties; une par jour. Et à la grâce de Dieu...


Partie I Introduction



Il n’est pas un parent respectable qui ne souhaite pour ses enfants un avenir meilleur que celui vécu par les générations précédentes, c'est-à-dire une vie prospère et sécurisée. Lorsqu’on leur a demandé de choisir entre l’indépendance et le maintien dans la République les parents mahorais des années 70 se sont comportés comme tous les parents du monde; ils ont évalué ce qui leur semblait le plus prometteur, et à choisir entre le mzungu puissant, dominateur et riche et le cousin bavard, dominateur et fauché ils n’ont pas hésité. L’avenir de leurs enfants passerait par la France. Elle seule pouvait garantir les équipements collectifs, la stabilité sociale, la santé, et surtout l’éducation sans laquelle il n’est pas possible d’abandonner définitivement la précarité et sa sœur la servitude. Le choix fait par les anciens et surtout les anciennes de Mayotte était parfaitement justifié, raisonnable et légitime et il n’est assurément pas question, et à aucun moment, de le remettre en cause.

Mais la question qui va être posée aux habitants de Mayotte dimanche prochain n’est pas la même que celle qui fut posée en 1974 ; elle implique donc une réponse ou à tout le moins une réflexion différente et ceci pour deux raisons aussi fondamentales l’une que l’autre.

En 1974 la France était la quatrième puissance de la planète ; aujourd’hui elle est la septième ; demain elle sera la neuvième puis la dixième puis la onzième et ainsi de suite ; dans un bref avenir elle ira, avec ses soixante petits millions d’habitants, grossir la masse informe des anonymes puissances dites « moyennes « , chose inconcevable par nos parents. C’est d’ailleurs tout l’Occident qui glisse de son piédestal de leader. La grande crise aidant, les nouveaux équilibres économiques et donc stratégiques sont en train de se réorganiser autour de puissances autrefois « émergentes ». En abandonnant l’Irak, en parlant à nouveau avec l’Iran, en avouant ne pas gagner la guerre en Afghanistan ni d’être en mesure d’y parvenir, les Etats-Unis de Barak Obama admettent que l’idée de l’Empire américain a pris fin, que l’Amérique ne dominera ni ne policiera le monde et se contentera d’être une grande puissance parmi d’autres grandes puissances, à égalité peut-être, à couteaux tirés surement avec la Chine, l’Inde, le Brésil, la Russie ou l’Indonésie. Le déclin de la France et de toutes les nations européennes est donc inévitable, tout comme seront inévitables le recentrage des populations européennes sur le « territoire national » et la montée des radicalismes.
Dans ce monde nouveau quelle sera la meilleure place pour Mayotte ? Et comment y accéder ?

La deuxième grosse différence d’avec le référendum de 1974 c’est que la question alors posée était beaucoup plus dramatique que celle du 29 mars. En effet on demandait alors aux parents mahorais de choisir entre être français ou ne pas l’être. Si tu votes oui tu es français, si tu votes non tu ne l’es plus. Il s’agissait d’un dilemme, ce que le référendum du 29 mars n’est pas. Aujourd’hui les Mahorais n’ont pas le couteau sous la gorge, et quelle que soit leur réponse ils passeront d’un accommodement avec l’Etat à un autre accommodement avec le même Etat, pas d’une citoyenneté à une autre. Dire NON au département n’est pas quitter la République mais dialoguer avec elle. Bien sur personne ne sera surpris si le OUI l’emporte mais le NON est prévu comme une possibilité par la République elle-même puisque la question est posée.
La conclusion qu’imposent ces différences fondamentales d’avec 1974 c’est que dire OUI au département n’est pas une obligation de survie, que ce n’est donc pas la seule réponse possible, qu’il existe une autre hypothèse de travail, une autre façon d’imaginer l’avenir de Mayotte, qui n’était pas envisageable du temps de nos parents et que ce n’est pas manquer de respect à l’égard des anciens mais bien au contraire les traiter avec tout le respect qui leur est dû que de chercher, aujourd’hui comme hier quelle réponse est porteuse des meilleurs espoirs pour les générations qui arrivent.



Quelle soit en faveur du OUI ou quelle soit en faveur du NON, l’argumentation peut être circonscrite à trois grands chapitres, lesquels correspondent aux trois principes fondateurs de la Nation française post révolutionnaire, à savoir Liberté, Egalité, Fraternité. Les Mahorais, les Mahoraises surtout, ne s’y sont pas trompés, qui ont pris le premier de nos grands principes, Liberté, comme justification nécessaire et totalement suffisante à la sécession de Mayotte. « Nous voulons être français pour être libres ». C’est donc par la Liberté que nous terminerons, lui donnant le mot de la fin.

samedi 14 mars 2009

département poil aux dents; démocratie poil au zizi




avec quelques travaux récents



Le débat sur la départementalisation de Mayotte est un débat entre ceux qui sont pour le département et les autres. Parmi ces derniers on trouve ceux qui sont assez pour, ceux qui sont pour mais avec des réserves, ceux qui sont moyennement pour, ceux qui sont absolument pour, ceux qui ne peuvent pas ne pas être pour, ceux qui sont totalement pour, et ce depuis longtemps, et une poignée de gens qui ne sont pas franchement pour mais qui ne vont pas voter contre. Ceux qui sont contre on n'en connait pas, on ne les rencontre que la nuit et on ne les entend jamais. Ils doivent être très laids et sentir très mauvais. Aucun organe de presse n'en a jamais invité un seul, ni RFO ni Mayotte hebdo ni Mayotte hebdaube. Même Malengo dont on sait qu'il n'est pas pour se refuse à parler contre. On se croirait en Chine ma parole! Jamais Kashkazi ne nous aura manqué à ce point. Parlottes, parlottes et parlottes, sans la moindre contradiction possible. Le cas de Mayotte aujourd'hui a ceci d'intéressant qu'il représente, à mon avis, très exactement ce vers quoi nos démocraties occidentales se dirigent. Les peuples sont de plus en plus consultés pour la forme, parce que ça se fait ou parce qu'on a dit que ça se faisait et je suis près à parier que, si le Ciel voulait qu'à Mayotte le NON l'emportât, les élus et nantis locaux exigeraient que la question de la départementalisation soit à nouveau posée, non au peuple cette fois-ci, mais aux élus, représentants, bref à ceux qui savent ce que développement veut dire. Le peuple a raison lorsqu'il dit oui, et lorsqu'il vote non c'est un ramassis d'incultes imbéciles. La démocratie était une belle idée; elle redevient une belle idée.
Et cela d'autant plus qu'ici, à Mayotte, la départementalisation, rêve d"égalité citoyenne, ne profitera bien sur en priorité et sans doute en exclusivité, qu'à ceux qui maîtrisent les rouages de l'administration républicaine; soit à peu près 70% des créoles catholiques et 10% des noirs musulmans. En tout un maximum de 20 % de la population. Ca c'est de la démocratie qu'elle est bonne! Les Mahorais auront au moins fait la preuve qu'ils ont, avec les wazungu, un point en commun; tout comme leurs anciens maîtres ils sont incapables d'apprendre, soit à partir de l'Histoire, soit à partir de l'expérience des autres (voir les Guadeloupéens). Ils peuvent être aussi bêtes que nous, ce qui prouve bien que le racisme est une idée idiote. C'est le seul point que je trouve rassurant.

samedi 7 mars 2009

Mayotte département ou pas département ?


Si tous les tenants de la départementalisation pure et dure de Mayotte sont d'accord pour hisser les anciens au rang de prophètes ou de visionnaires je n'ai à ce jour entendu ni lu aucune voix remarquant que les données fondamentales du choix qui leur fut proposé ne sont plus les mêmes aujourd'hui qu'hier. Hier, il y a seulement trente ans, la France était la quatrième puissance mondiale et puisqu'il fallait choisir entre la tutelle d'un grand de ce monde et celle de cousins bavards et fauchés le choix était tout fait. Va pour la France. Aujourd'hui la France n'est plus que septième puissance, demain elle sera neuvième et après demain, très bientôt, elle fera partie de l'anonyme multitude des "puissances moyennes". C'est tout le monde occidental d'ailleurs, qui descend inéluctablement de son piédestal de leader. La perte de pouvoir de la France est donc absolument prévisible. Refuser de constater cette évidence c'est se priver de moyens pour affronter l'avenir.
Crise après crise, défaillances après défaillances la prospérité de la France ne se conjugue plus qu'au passé. Quel est dès lors l'intérêt de s'attacher pieds et poings liés au sort d'un géant qui s'effondre? Ancrer son destin à la République c'est prendre en marche un train qui ralentit et s'arrêtera à coup sur. La sagesse du mahorais consisterait-t-elle à mettre tous ses oeufs dans le seul panier du M'zungu?
Le choix comorien est bien évidemment aujourd'hui exclu. Si les Comores ressemblaient à Monaco et si les comptes bancaires y étaient aussi bien protégés qu"en Suisse Mayotte aurait alors une deuxième option mais nous n'en sommes pas encore là. Il ne s'agit donc pas de dire NON à la France mais de faire remarquer au puissant qui nous gouverne que Mayotte est petite, qu'elle a donc besoin de multiplier ses chances de survie et qu'elle sollicite humblement la permission de chercher par elle même, ailleurs, d'autres appuis, d'autres circuits, d'autres règles de fonctionnement que ceux qui lui seront inévitablement imposés par une départementalisation pure et dure.
Voilà très exactement le genre de recherche à quoi pourraient s'atteler l'énergie, l'imagination et l'enthousiasme de la jeunesse mahoraise.

Bonne chance à Mayotte

lundi 23 février 2009

retour à Mayotte


Retour à Mayotte ; après deux mois en métropole. Deux mois passés à travailler. Boulot boulot, aucun tourisme cette fois-ci ce qui fait que le temps a passé vite et que je ne me suis pas ennuyé. Quelques visites à ma mère et aux ami(e)s incontournables. Noël en famille aussi ; le premier depuis sept ans. Pas si emballé que ça à l’idée de revenir à Mayotte et pas si emballé que ça à l’idée de demeurer en France. Décidément je ne serai vraiment bien nulle part.
Que de Noirs à Mayotte (ce qui semble normal) et que de noir en métropole ! Jamais je n’en n’aurai vu autant. Les femmes s’habillent en noir, les hommes s’habillent en noir, les jeunes s’habillent en noir encore plus farouchement que leurs ainés et tout le monde trouve ça très bien. « Très pratique ! » entend-t-on répondre lorsque l’on s’en étonne. Ca va avec tout. C’est distingué, ça amincit, et tu ne te poses pas de question le matin en te levant. Tu prends, tu mets, tu sors, tu va bosser, tu rentres, tu te changes si tu veux sortir et tu ne te poses toujours pas de question, tu reprends du noir, tu mets, tu sors, etc. Pour réveillonner on reprend du noir bien sur, mais on le prend brillant, avec une chemise blanche et un pull gris pour les garçons et une écharpe mauve pour les filles. Il y en a partout. Une veille de Noël, sur une grand’ place d’Angers, les seules taches de couleur étaient celles des baraques de Noël. Les gens, tous les gens, multitude dense et compacte étaient en noir noir noir et trouvaient ça très bien. Ce qui est en fait le plus étonnant c’est que les éléments discordants, ceux qui osent résister, ceux et celles qui portent autre chose que du noir s’ils ont envie de porter autre chose que du noir sont devenus, au fil des années, absolument rarissimes. Pas une fausse note dans ces harmonies de catafalque. Ca fait bien dix ou douze ans que la mode est au noir ; ce n’est plus de la mode, c’est du formatage !
Dans l’ensemble j’ai trouvé mes compatriotes très formatés ; et pas mécontents de l’être semble-t-il. Je n’ai entendu aucune idée intéressante. Que du commun, du tout venant, du rabâché, du déjà entendu, mille fois, en boucle ; pas de vision, pas de grandeur. « Plomb durci » toute la première partie de mon séjour. Joyeux Noël à Bethléem ou à Gaza. Deux semaines d’atrocités non filmées, racontées, justifiées au nom du droit de légitime attaque . Des commentaires et des forums en veux-tu en voilà, avec les opinions pour, les opinions contre voire les opinions pour et contre. Des historiens érudits, des journalistes avertis, des politologues informés, des philosophes plus très nouveaux mais toujours aussi verbeux et pas un à ma connaissance qui se soit souvenu que l’Occident avait fait le nid d’Israël sur des terres réquisitionnées et que cela, rien que cela, expliquait tout ceci en très grande partie. « Le peuple juif est un peuple sur de lui, arrogant et dominateur. » De Gaulle dixit. Si Mon Général répétait ces paroles aujourd’hui il serait poursuivi jusqu’à l’hallali de justice. La vérité n’a pas changé ; les temps, eux, ont changé, et avec eux, les populations, molles, grégaires et dociles. Il n’y a pas qu’aux Comores que la loi du groupe fasse sentir son joug. Ne vous privez de rien Monseigneur, et privez-nous de tout, vêtez-nous de noir, verbalisez « à la volée », dites-nous quoi dire et quoi ne pas croire, pourvu que l’on mange et pourvu que l’on joue. La France n’éclaire plus l’espace autour d’elle-même ; ses lumières sont toutes tournées sur son ventre, sur son identité nationale, foi de vichyssois, sur ses bibliothèques, ses salles d’exposition et sur les réserves du musée qu’elle est devenue. Alexandrie a aujourd’hui la taille de l’hexagone. Lequel en aura probablement le destin.

Puis survint Obama. Le chevalier noir. Qui, comme son frère le chevalier blanc nettoie tout du sol au plafond, et en plus ça sent bon. Il m’en faut un comme ça chez moi. Et tout le monde le trouve parfait. Les radios, les télés, les journaux, tous s’accordent à dire que l’élection d’Obama représente la fin d’une époque ou le début d’une autre et qu’après cet événement le monde ne pourra être que meilleur. Tout au plus, le plus souvent sur Arte, entend-t-on parfois un politologue revenu de tout ou un cacique du P.S. souligner que si d’aventure Obama se révélait être un bon président il serait un bon président américain et qu’à ce titre l’Europe, entre autres, n’avait rigoureusement rien à espérer du nouvel empereur. Mais non, il faut voir les choses de façon positive, Obama représente l’espoir et pour une fois qu’on peut échafauder des rêves ne venez pas nous les briser. Mais quel est donc cet espoir que représente Obama ? L’espoir que le monde sera meilleur sans Bush aux affaires ? N’importe qui , même Ségolène, même Bigard, même moi auraient été symboles d’espoir après l’abat Bush. L’espoir qu’un noir dirige le pays autrement parce qu’enfin un noir était président ? N’importe quoi. Avec l’accès des femmes au pouvoir on a déjà vu que la fonction transcende le sexe ; elle transcendera encore plus surement la couleur de peau et Obama fera ce qu’il pourra, comme il le pourra, ainsi que le ferait tout homme ou toute femme à sa place. Ce n’est pas en aval que réside l’intérêt de l’élection d’Obama mais en amont.
Car si Obama ne représente aucun espoir particulier, reste la joie manifestée à la nouvelle de son élection. Joie manifestée sur la terre entière, chez les noirs d’Afrique et d’ailleurs, chez les jaunes d’Asie et chez les Européens aussi. Les blancs d’Europe, et ils sont légion, furent heureux que soit élu un président noir. Pour quelle raison ? Ai-je jamais entendu posée la question suivante : « quel est l’intérêt des blancs à ce qu’un noir soit élu président des Etats Unis ? Pour quelle(s) raisons les Français de France, blancs pour la plupart, ont-ils été heureux qu’Obama soit élu ? Les Français sont soulagés ; « enfin un Noir a été élu président d’une nation blanche ! « Ce n’est pas en France que ça arriverait, soit dit en passant, ni n’est-ce demain la veille, mais les noirs hier bafoués, conspués, mis à l’écart, victimes d’injustices à répétition, ont aujourd’hui un des leurs à la tête du plus grand pays du monde. Réjouissons-nous. Et espérons.
Je vois peut-être le mal partout mais je me demande si cet espoir dont les européens nous ont parlé en boucle ne se résume pas à l’illusion qu’avec l’élection d’un noir à un poste suprême les injustices passées sont « réparées » et le problème est donc réglé. Je me demande si notre inconscient collectif de blancs super-puissants n’abrite pas deux composantes très difficiles à exprimer parce que porteuses de grands dangers, à savoir une culpabilité à l’égard de nos conquêtes passées et une terreur qu’on nous ne nous en demande des comptes. Si tel était le cas notre enthousiasme collectif à l’égard d’Obama indiquerait notre espoir d’être absous, à peu de frais, pour nos exactions passées, et même encore un peu présentes. Les désillusions qui s’annoncent seraient alors immenses et annonceraient, non pas un choc des civilisations mais plus probablement un choc des races. Les Chinois par exemple, qui ne nous ont jamais pardonné le sac du Palais d’été, ont-ils été heureux de la victoire d’Obama parce qu’il était noir ou parce qu’il n’était pas blanc ?


mardi 9 décembre 2008

Lettre ouverte au Président de la République

Lettre ouverte au Président de la République








Monsieur le président,






Pourquoi Mayotte n’est-elle pas un paradis fiscal ? Ne serait-ce pas ce que nous pourrions en faire de mieux ? Nous vivons avec Andorre et Monaco, pourquoi pas Mayotte ?

Qu’est-ce qui va nous coûter le plus cher, qu’est-ce qui va nous rapporter le plus, qu’est-ce qui va nous causer le moins de souci, un département de plus ou un paradis fiscal de plus ?

Qu’est-ce qui empêche que Mayotte devienne un paradis fiscal ?

Département, pas département, maintenant pas maintenant. Voilà déjà un premier débat bien engagé.
Département ou paradis fiscal ; voilà un autre débat. Pas engagé du tout. Et pourquoi pas ?

Ce serait quoi les inconvénients d’un paradis fiscal ?

De grâce, Monsieur le Président, demandez qu’on me réponde.




Je vous assure de mon profond respect


Marcel Séjour

samedi 6 décembre 2008

Les Chinois sontils des wazungu comme les autres? (suite)


Quand l’Européen contemple la Nature il sait qu’elle lui a été donnée pour qu’il en soit le maître, pour qu’on y puise ce qui nous est utile ou agréable. L’on doit remercier Dieu pour ces infinies abondances, Le louer pour tous ces bienfaits et tenter de reproduire la Nature c’est une façon d’honorer Dieu. L’humilité va donc de soi parce que si on prend Dieu comme maître ce n’est pas gagné d’avance et on va passer beaucoup de son temps à se dire qu’on n’y connaît rien.
Quand l’Européen dessine il cherche à retrouver quelque chose qu’il a vu et que personne d’autre n’a vu. Il montre alors une partie de la Nature. Il le fait du mieux parce que son dessin doit honorer Dieu. L’artiste européen sera besogneux et facilement coupable de n’avoir pas fait suffisamment.



Quand le musulman contemple la Nature il sait que Dieu l’a mise à sa disposition. Il la subit donc dans ce qu’elle a de désagréable, comme tout un chacun et en jouit sans entraves. Il ne va pas essayer de copier ce que Dieu a fait (pourquoi pas rivaliser avec Lui tant qu’on y est ?)
Quand le musulman dessine ou calligraphie il n’est pas préoccupé par la Nature mais par celui qui l’a faite. Sous son crayon ou son pinceau les formes que lui proposera la Nature se simplifieront, se « géométriseront » et se répèteront tandis que leur ensemble, leur « communauté » se complexifiera à l’extrême. Le rythme alors seul compte, ossature de la psalmodie, propice à la prière ou tout au moins à l’abandon et de là à la soumission, premier article de la foi. Son dessin doit servir Dieu. L’artiste musulman sera besogneux et soumis, y compris à ses limites, qui ne le culpabiliseront jamais.




Quand le Chinois contemple la Nature il voit tout ce que Dieu a laissé à l’humanité en même temps qu’il sait que Dieu ne peut ni être joint ni appréhendé. La Nature appartient à la sphère de l’Humain ; pas Dieu. Comprendre la Nature c’est comprendre la façon dont l’univers fonctionne. Et l’Homme avec lui. Et se comprendre soi, ce qui n’est pas rien mais ce n’est pas comprendre Dieu. Expliquer la Nature c’est d’abord la prendre toute entière avec ses biens et avec ses maux.
Quand le Chinois dessine il explique la Nature, la simplifie, trouve dans les fouillis qu’il a sous les yeux les harmonies qui rendent la Nature compréhensible. Il y cherchera des équilibres, premiers symptômes de compréhension, puis des harmonies, véritables preuves que quelque chose d’important a été compris dans le fonctionnement de l’univers et de soi-même. Son dessin doit servir les hommes. L’artiste chinois sera besogneux et fier.


Quand l’Africain contemple la Nature il sait qu’il n’est pas différent d’elle ni elle de lui. Et comme Dieu est partout ce que Nature veut Dieu le veut. Comprendre le fonctionnement de la Nature a moins d’importance que comprendre ce qu’Elle veut. Avoir un objet qui l’évoque déclenche chez l’individu tout un faisceau de projections qui seront autant d’informations sur le rapport qu’il entretient avec l’œuvre divine. Le ressenti a alors valeur de connaissance.
Quand l’Africain dessine il le fait en relief ; il fabrique un objet qui évoquera ou servira à évoquer la nature mais ne la copiera jamais. En outre, représenter la Nature n’est pas très valorisant ; c’est montrer au monde qu’on n’est pas aussi bon qu’Elle, c’est se forcer à bégayer. Il est où l’intérêt ?
Ses objets serviront d’intermédiaires avec le sacré ; l’artiste africain sera besogneux et utile.


Et notre Comorien là dedans, à la croisée des chemins africains et arabes, méprisera la représentation et privilégiera l’utile. Nous voilà bien.

La façon dont une société appréhende l'art correspond à la façon dont elle appréhende la Nature, laquelle correspond à la façon dont elle appréhende le divin. On n'est pas sorti de l'auberge!
Les profs d'arts plastiques servent-ils à quelque chose?
Les profs d'arts plastiques doivent-ils être présents à Mayotte?

Si j'étais responsable de l'enseignement de l'art pictural, à Mayotte ou aux Comores en général je crois que je commencerais par renvoyer chez eux tous les profs d'arts plastiques européens pour les remplacer par des artistes chinois.

(à suivre...)

mardi 2 décembre 2008

épilogue au barrage. Photo d'Ibrahim


Monsieur Daoud Zitouni demande; "qu'est-ce qui est arrivé à l'agitateur mzungu après qu'il ait bloqué la rue comme un vulgaire instituteur mahorais?"
C'est une bonne question.
Il a été emmené au poste de police et là il a dit bonjour à tout le monde puisque tout le monde ou presque le connaissait pour l'avoir rencontré sur et en dehors des terrains de foot. Les policiers ont rédigé une main courrante, laquelle a du courir suffisamment loin pour ne pas être rattrappée. La plus embêtée de tous était la femme policier qui , sans doute la plus inquiète, surveillait les alentours et tirait la tronche quand elle a sali ses rangers en portant le malfaiteur. C'est ainsi.
D'autres questions se posent:

-Les instituteurs, entre autres mahorais, bloquent de temps à autre les rues, certes, mais est-il arrivé une fois qu'un Mahorais fasse un barrage à lui tout seul? L'a-t-on jamais vu?

- Un mahorais seul, dans ce genre de réclamation, aurait-il obtenu aussi rapidement tout ce qu'a obtenu ce mzungu, même "bien connu des services de police"?

-Enfin, et peut-être surtout, le niveau de ras le bol des mahorais et des wazungu est-il le même? Combien d'innondations supplémentaires aurait-il fallu au mahorais moyen de la rue Babou Salama pour qu'il s'allonge dans la boue?

Kamar et Ibrahim, mes autres voisins, ont pris la pelle pour bloquer la rue, et ont donc vu leurs noms portés sur la main courrante, mais ils ne se sont pas joints au "sit-in" d'Olivier. Ont-ils manqué d'audace? D'habitude individualiste? De confiance en eux? parce qu'après tout les wazungu partent et les mahorais restent. Victimes des mêmes insuffisances administratives Kamar et Ibrahim ont soutenu la révolte du mzungu mais se sont arrêtés à la "représentation publique" Pas question pour eux de se donner en spectacle, ce qu'Olivier, pourtant d'habitude fort discret n'a pas craint de faire. Avec sa pelle à la main, érigée comme un drapeau, il évoquait vaguement Jeanne d'Arc tombée de son cheval et souriante à son infortune. Dans quel imaginaire est-il allé puiser la forme de sa revendication? Et quel imaginaire a conduit les réactions de Kamar et d'Ibrahim?

lundi 1 décembre 2008

épilogue

Eh bien non, il ne s'agit pas d'une oeuvre d'art, même éphémère, et le grand lieutenant de police en a l'air sincèrement désolé mais c'est comme ça. Il s'agit d'un barrage routier, à la suite d'une énième inondation de boue dans les maisons de la rue Babou Salama, dont celle de mon voisin Kamar, (à droite, en marcel bleu) ce qui explique l'acharnement de son fils, Ibrahim, à pelleter la terre, et ce qui explique aussi la fureur d'Olivier qui a décidé de faire un barrage à lui tout seul. C'est donc Mick qui a gagné.
Les policiers n'ont pas beaucoup aimé devoir se salir les brodequins mais il a bien fallu débarrasser la route et ils ont emmené Olivier au poste.
Dans l'après midi les services de la mairie venaient constater les dégâts et entreprenaient de déboucher le caniveau.La SOGEA s'est installée ce matin et la rue est cassée, creusée, la canalisation est remise en état, bref tout va bien. Sans doute jusqu'à la prochaine grosse pluie. Il aura fallu trois inondations, autant de réclamations auprès des services ad hoc et ce mini barrage aux maxi effets.
Merci à Olivier pour ce beau geste.
Je le remercie d'autant plus volontiers que j'ai été moi-même innondé et que je n'ai pris ni la pelle ni la peine de me vautrer dans la boue. Je n'ai fait que prendre les photos.

samedi 29 novembre 2008

mon voisin Olivier


Lui c'est mon voisin Olivier.

Question: que fait-il là?

vendredi 28 novembre 2008

ébauches


Commencer. Sans doute la partie la plus excitante du travail.






La fin est pour dans quelques mois. Tout peut arriver. Le bon comme l'ordinaire.

vendredi 14 novembre 2008

Qu'en penseraient les Mahorais si j'étais noir (3)


ébauche de tableau article 32




Une fois qu’ils m’auraient demandé d’où je venais les Comoriens pourraient fort bien me demander ce que je veux.
Déjà qu’ici on n’est pas très porté sur la représentation du réel il y a aussi le choix des sujets. D’un côté on a tous ces wazungu qui ne font que nous parler de développement, durable ou pas, ce qui veut dire maisons neuves, avec caniveaux, tout à l’égout et permis de construire pour tous, qui nous font envie avec tout ce qu’on voit à la télé, belles voitures whisky et petites pépées à Malibu ou Acapulco et pas une trace de boue sur les mocassins, même quant il pleut à torrents, ce serait quand même pas mal si on pouvait vivre comme ça, il y a aussi toutes ces études que font nos enfants pour arriver à ce niveau, toutes ces publicités pour des machines à laver, robots, fours électriques et autres équipements domestiques, écologiques, performants et qui s’intègrent si bien dans notre espace de vie hi hi hi ! tout l’argent qu’on dépense pour avoir une voiture neuve ou simplement pour avoir l’air, tous ces règlements et contraintes qu’on est bien obligé d’accepter si on veut être département, comme les impôts locaux par exemple, rien que d’y penser lahilaaa ! bref on se lève à cinq heures on rentre à dix-neuf heures, bien après le feuilleton, on dépense une fortune en essence rien que pour aller travailler, on fait tout ce qu’il faut pour être comme tout le monde et on a ce guignol qui n’est même pas d’ici qui vient nous représenter en short et torse nu pour les hommes, comme des vrai matsaha*, assises le cul dans l’eau pour les femmes, occupées à piailler et à faire la lessive ! Et il fait ça en grand, pour que ça se voie bien ! Il nous veut quoi ce négro ? Qui, je vous le demande, QUI veut vivre à nouveau dans une case en torchis avec un toit de feuilles séchées qui prend l’eau et dans lequel se nichent rats et scolopendres ? Nous on n’en veut plus ! On veut bien continuer à manger avec les doigts, assis sur une noix de coco, quand ça nous fait plaisir, on veut bien passer du temps à échanger des potins avec les copines, par beau temps, les fesses dans l’eau en faisant une lessive, mais on n’en veut plus des cases, on n’en veut plus des pistes, on n’en veut plus des dispensaires pourris, on n’en veut plus du travail pieds nus dans les champs, s’il en veut, lui, le négro qui peint, il n’a qu’à aller peindre en Afrique où ils sont tous comme ça, mais pas à Mayotte qui est française, oui, fran-çai-se, on ne le répètera jamais assez ! et en France il n’y a pas de misère comme chez nous, on n’en n’a jamais vu à la télé sinon dans les vieux films, les films d’histoire, mais on s’en fout on ne regarde jamais ces films là et si on continue à aimer la vie simple et au grand air, ce qui est notre droit le plus strict, on n’a pas du tout envie, alors là vraiment pas du tout envie ni d’être photographié ni d’être dessiné, ni d’être vu et contemplé par qui que ce soit qu’on ne connait pas. Nous ce qu’on veut c’est Mayotte qui avance, qui se développe, qui prend des méga distances d’avec les idiots d’à côté, ceux qui n’ont pas fait le bon choix, avant c’était eux qui se la pétaient maintenant c’est nous tant pis pour eux, on ne sera vraiment rassuré que quand Mamoudzou ressemblera à Neuilly. Mettez-moi dans une Ferrari avec les Ray-ban et la Rolex et une passagère canon follement amoureuse de moi, une m’zungu de préférence histoire de joindre l’utile à l’agréable et je veux bien me laisser croquer de long en large quand on veut et par n’importe quel artiste mais torse nu dans mon champ ou les seins à l’air dans la rivière c’est niet sur toute la ligne. Du m’zungu on s’attend à tout ; il nous observe dans notre intimité, il rentre chez nous sans qu’on le lui demande, il édicte les règles, il promène ses chiens en laisse, il pose des tas de questions et il nous peint à poil. Mais bon on supporte parce que primo dès le départ il n’est pas pareil que nous et deuxio c’est lui qui a les sous. L’africain qui peint nous ressemble mais il ne fait pas comme nous et les sous ils sont où ? Ce n’est sûrement pas de l’Afrique qu’ils vont venir. Le m’zungu qui peint on l’ignore. Le noir qui peint on ne lui fait pas confiance.

La taille des Comores, leur culture et l’époque à laquelle on vit accumulent ainsi comme à plaisir les obstacles les plus efficaces à l’émergence de ces « Je » citoyens, des intellectuels, des artistes, tout ce dont rêve Mr el Badawi (une suite à Moroni blues), et imposent à chacun un carcan d’une lourdeur et d’une rigidité telles que tout individu hors normes ne pourra trouver sa voie que dans l’exil.
Le Comorien hors normes partira passer quinze ans en métropole dans l’espoir de se débarrasser de ses chaînes, ne s’en débarrassera bien évidemment pas mais remerciera le Ciel s’il a acquis la force de pouvoir vivre avec elles tandis que, pour très exactement la même raison, et avec les mêmes contraintes, certains blancs, dont je suis, vivront pendant quinze ans un exil africain. Dans mon cas cet exil aura au moins eu le mérite de permettre l’émergence d’un œuvre, ce qui n’est pas rien. Vouloir changer de couleur de peau, même et surtout le temps d’un vernissage serait nier mon exil même et refuser ce qui l’a rendu nécessaire, ce serait refuser de faire face à un des éléments qui me font « hors normes », élément que j’aime ou que je n’aime pas, peu importe, mais qui constitue véritablement ma nature et si je m’obstinais dans un tel déni je m’installerais dans l’erreur, ce qui est fatal pour un artiste, et je m’exposerais plus que je n’exposerais mon travail, ce qui est probablement tout aussi dangereux.
Me teinter en noir pour parler de ma peinture, finalement, ne serait peut-être pas une très bonne idée.
C’eut pourtant été un moyen de rendre le dessin plus acceptable aux Comores puisque, à tous les handicaps énumérés jusqu’ici il s’en ajoute un autre, entré plus récemment dans la psyché comorienne mais installé pour de bon et pour longtemps. A la question : « pourquoi ne dessine-t-on pas d’avantage aux Comores ? » il sera souvent répondu : « parce que c’est un truc de m’zungu. » Bon.
Les Chinois, les Japonais dessinent, beaucoup, très bien et depuis fort longtemps. Le respect qu’ils accordent au dessin ou à la peinture est tel que les meilleures œuvres des plus grands maîtres sont hissées au rang de trésor national. S’il s’en vendait encore un dessin d’Hokusai vaudrait à peu près le même prix qu’un dessin de Léonard.
Si le dessin est un truc de m’zungu les Chinois et les Japonais sont-ils des wazungu comme les autres?

A suivre…

* matsaha : inculte, grossier, sans éducation, sauvage, personnage des bois et des plages, bon à servir mais qui peut quand même se rebeller, on l’a déjà vu, donc s’en méfier, un être insignifiant, même que s’il y en avait moins on ne s’en rendrait pas compte.



Tableau fini

dimanche 9 novembre 2008

Qu'en penseraient les Mahorais si j'étais noir? (2)

article 31

L’Islam interdit la représentation divine, ce qui n’est sans doute pas plus bête que de représenter Dieu avec une grande barbe, vautré sur son nuage comme Mahoraise au marché, entouré par une kyrielle d’anges gironds mais asexués, et, sans la mettre explicitement à l’index, n’encourage guère la représentation du réel, qu’il trouve au mieux inutile (comment peut-on faire mieux ce que Dieu a déjà parfaitement fait ?!), au pire dangereuse. L’artiste en effet ne se contente pas de représenter, cela n’importe quel appareil photographique peut le faire, mais il interprète, ce qui lui donne une voix à lui, une voix toute personnelle qui lui permet de proposer à autrui sa propre vision du monde et qui lui donne donc un pouvoir que toute bonne religion a le devoir de surveiller. C’est ainsi que dans les pays musulmans, et cela quel que soit leur degré d’orthodoxie, on constate que l’image « prise » (photos, vidéos, films) est tolérée, au contraire de l’image « faite » (dessin, peinture, sculpture) qui suscite les pires méfiances.
Je soupçonne qu’au départ l’Afrique, réaliste et lucide selon son naturel et bonne enfant selon son habitude, étant indifférente à la représentation du réel, se contentait de vivre avec lui du mieux qu’elle le pût. Représenter le réel n’intéresse pas beaucoup l’Africain. L’évoquer, au travers de représentations stylisées et symboliques lui suffit largement pour entrer en contact avec l’ « âme » des choses et des gens. Si bien que lorsque l’Islam est arrivé avec son cortège de réticences ou d’interdictions ces dernières ont été acceptées comme allant quasiment de soi, là n’étant pas l’important.
La taille de l’archipel (un tiers de la Creuse) ne va rien arranger, bien au contraire. Un pas décisif vers la compréhension des Comores aura été fait si on se souvient (pour les plus âgés d’entre nous) comment fonctionnaient les habitants d’un village, au temps où un village était capable de vivre en unité presque fermée, où il y avait peu de voitures et pas de télévision. Ploucs de tous les pays reconnaissez-vous ! Ici, et bien évidemment à l’intérieur de chacune des îles tout le monde connaît tout le monde et tout le monde surveille tout le monde. Dans « Moroni blues » (Bilk and Soul) et dans « Une suite à Moroni blues » (éditions de la lune) Mr El Badawi l’expose magistralement et démonte les mécanismes qui, valables pour Moroni, le sont tout autant pour chacune des quatre Comores. Hors de la norme point de salut.
Déjà contraignante sur l’adulte cette pression va être intolérable sur l’enfant, en particulier pendant les années où se fait normalement tout apprentissage, entre neuf et quinze ans, puisque la pression du groupe se surimposera à celle de l’adolescence, laquelle tolère mal le moindre signe d’originalité, souvent confondue avec la déviance.
A cela s’ajoute, autre caractéristique comorienne, et pas la dernière en importance, la structure matriarcale qui rend la mère toute puissante et interdit à l’enfant ou à tout le moins ne facilite en aucune manière la révolte que celui-ci doit nécessairement vivre pour pouvoir ensuite s’attacher à une figure moins confortable, moins normative mais plus dirigiste, souvent une figure mâle, capable de lui imposer et de lui faire accepter la discipline nécessaire à tout apprentissage. La discipline ne se résume pas à l’adoption d’un code ; il n’y aurait là que formatage, lequel est effectué dans la petite enfance, le plus souvent sous la direction de la mère et ici plus qu’ailleurs. La discipline, sans laquelle aucune construction ne peut harmonieusement être menée à terme suppose l’inscription de l’effort dans la durée, suggère qu’on attende avant d’avoir des résultats, impose l’effort longtemps avant la récompense et ce ne peut guère être le rôle de la mère, trop habituée à réconforter dans l’instant. Il existe pourtant des exceptions, qui surprennent, comme toutes les exceptions, qui ravissent comme les exceptions rares, et qui donnent à rêver, comme tout ce qui est prometteur. Je pense à Modali qui est comorien, qui est un maître, et auquel personne ne jette de pierres peut-être parce que, bien que le pratiquant fort bien, il a abandonné le figuratif.

A suivre…

lundi 3 novembre 2008

Qu'en penseraient les Mahorais si j'étais noir?

article 30



Je ne suis pas certain que ça leur plairait tant que ça.

Ils commenceraient par me demander d’où je viens. Ils me demanderaient ensuite ce que je cherche.
D’où je viens ? Pas des Comores assurément et encore moins de Mayotte. A aucun moment de sa vie le Comorien n’est seul et personne ne l’y encouragera jamais. Les Comores n’ont pas le privilège de la pression sociale et partout dans le monde, et à toutes les époques, les groupes constitués ont fait pression sur leurs membres pour qu’ils ne sortent pas du discours établi, pour des raisons de survie vraisemblablement, chaque défection entraînant un affaiblissement du groupe et chaque déviance en suscitant la crainte. Le groupe commence avec la sphère familiale, premier ensemble capable de conférer à chacun de ses membres une force qu’ils n’auraient jamais seuls. C’est cette pression là qui est la pression originelle, d’où le provocateur « familles, je vous hais » de Gide.
Si chaque individu possède naturellement son regard propre sur le monde l’artiste sera celui qui tentera de concrétiser ce regard, de le rendre perceptible à d’autres que lui et, dans le cas des artistes plasticiens, de plier la matière aux exigences de sa vision. Dans une société où tout le monde s’exprime avec les mains le manchot est bien embêté. Il lui faudra du temps, des efforts, et une attitude toute personnelle pour mettre en place un moyen de communication exprimant ses désirs et ses sentiments. Dans une société ou tout le monde parle celui à qui la parole ne suffit pas pour dire ce qu’il a à dire utilisera d’autres moyens, l’écrit par exemple et devra passer quelque temps seul avec ce dont il dispose pour présenter un langage qui le « dise » à la place du langage utilisé par son entourage. C’est dans cet espace là que se situera la solitude de l’intellectuel ou de l’artiste, un peu comme ces boyaux sombres et angoissants dans lesquels se faufilent et se contorsionnent les spéléologues avant de déboucher dans des salles plus vastes. La création est solitaire mais cette solitude là fait partie de la vie de l’artiste et nul ne peut véritablement ni s’y soustraire ni s’en plaindre. Mais si le dramaturge, le chorégraphe, le musicien sont seuls lorsqu’ils composent et créent leurs œuvres, la concrétisation de leurs représentations esthétiques se fait devant un public et le plus souvent par le biais d’un groupe. Rien de tel pour l’écrivain (et surtout le poète, le plus fou d’entre les littérateurs), ou le plasticien qui restent seuls lorsqu’ils sont exposés et dont les œuvres, pour devenir outil de communication, ne requièrent qu’un seul lecteur ou qu’un seul spectateur. Les individus pour lesquels le langage commun ne suffit pas sont rares. Ceux qui s’attèlent corps et âme à la tâche consistant à inventer leur propre expression (appelons ça « création ») sont plus rares encore. Et ils le seront d’autant plus dans les sociétés où la pression d’être conforme est forte. Laquelle pression variera en fonction de la taille du groupe (plus il est restreint plus ses codes seront coercitifs) et de sa propre culture. « Nul n’est prophète en son pays » entend-on dire un peu partout en occident ; ce dicton prouve bien que la pression sociale n’est pas un trait uniquement comorien et qu’elle s’exerce partout et à toutes les époques mais ce qui caractérise les Comores en général et donc aussi Mayotte c’est qu’ici les deux types de pression se conjuguent de façon indissoluble. La pression culturelle qui vient de deux courants principaux, à savoir l’Islam et l’africanité des Comores va se trouver terriblement renforcée par la taille des quatre îles, à jamais inextensibles, créant ainsi un maxi carcan pour un mini pays et rendant plus difficiles et plus improbables, à l’intérieur de l’archipel, l’émergence et le développement de personnalités hors normes et acceptées comme telles.
Jules Renard disait : « les gens raisonnables voient le monde tel qu’il est et s’en accommodent ; les gens déraisonnables voient le monde tel qu’il est et, ne s’en accommodant point tentent d’y changer quelque chose. Le monde ne pourra donc être changé que par des gens déraisonnables ».
Aux Comores les gens déraisonnables ont moins de facilités qu’ailleurs et ça finit par être pesant, n’est-ce pas Soeuf ?

A suivre…


P.S. Pour le lecteur (anonyme) un peu prompt à affirmer que je ne peins que des noirs (et un peu accusateur avec ça…), prêt également à considérer qu’un racisme efface un autre racisme, ces deux petits portraits qui devraient l’inciter à plus de prudence. Le portrait de la petite fille n’est pas terminé.



Vernissage le mercredi 12 novembre, à 18 h 30, au M'Biwi café, de dix-huit petits tableaux

mercredi 29 octobre 2008

Si j'étais noir ... article 29




Si j’étais noir les Wazungu (1) en tout premier en seraient tout heureux. A commencer par les profs d’arts plastiques qui y verraient, enfin! une vraie bonne raison d’être venus à Mayotte, une récompense méritée à toutes ces années de labeur pour décrocher l’agrégation, une désormais inattaquable justification de leur prime. Sans doute n’achèteraient-ils pas davantage mais ils parleraient plus de mon travail. « Ce paysage que tu vois là a été fait par un Mahorais ! C’est pas possible ! Si si je te l’assure. Il s’appelle Aderahamane Saïd mais son surnom c’est Marcel. Il vient de la brousse. Ah ben dis donc ! Ah ben dis donc ! Comme quoi ça vaut la peine de dépenser de l’argent dans l’éducation. Repasse-moi, veux-tu, le catalogue de la Camif.»

Ravies de la nouveauté les élites expats, issues de la préfecture, de l’IEDOM (2), de la magistrature ou de la chambre de commerce m’inviteraient à leurs cocktails, à leur table, au golf, m’offriraient un stand au Comité du tourisme et me présenteraient à leurs hôtes de passage. « Monsieur le ministre laissez-moi vous présenter Abderamane Saïd, plus connu sous le pseudonyme de Marcel. C’est lui qui a fait la nature morte que vous voyez là, juste sous l’air conditionné. Ah ! Mais c’est très bien ça ! Très très très très bien. Vous avez appris où ? Ici, à Mayotte ! C’est un artiste de passage qui aura décidé de votre vocation ! Ah mais c’est très bien ça ! Très très bien. Un nègre qui peint comme nous ! Voilà qui est émerveillâble ! Continuez à travailler mon ami. Vous ne pouvez que réussir. Vous êtes l’avenir de l’Art à Mayotte. »

Toujours bien disposées toujours enclines à s’émouvoir*, les épouses de toutes ces huiles se sentiraient soudainement pousser des ailes de muse ou d’égérie et, pour peu que je prenne l’air triste et renifle à propos, pour peu aussi bien sur que je ne la ramène pas trop, mettraient toutes leurs forces en œuvre pour aider, à travers moi, tous ces beaux mais tellement malheureux Africains qui sont si tristement démunis de tout, ah comme c’est injuste!, m’inviteraient au jury de la meilleure encadreuse, à la journée annuelle « arts et loisirs » organisée par les épouses des personnels du DLEM (3) ou du GSMA (4), à l’arbre de Noël du Rotary, et donnant sans retenue libre cours à la bonté, l’altruisme et le désintéressement qui sont les qualités naturelles de toutes les femmes occidentales quant elles sont chez les pauvres, remueraient ciel et terre pour faire ma promotion, mettraient le siège devant mon atelier et me harcèleraient pour qu’après tant d’efforts enfin je les peignisse. « Ah Marcel ! Par pitié introduisez nous à la magie de votre pinceau ! »

Le rédacteur en chef de RFO, le directeur d’antenne et peut-être même Moina Saindou me trouveraient à leur goût, les pigistes du Mahorais apprendraient à écrire le mot « art » sans faire de faute d’orthographe, Mayotte hebdo, oui Mayotte hebdo soi-même m’inviterait à un de ses tant courus petits déjeuners, avec Ali Saïd Attoumani par exemple, qui aurait insisté pour être invité et qui serait arrivé à l’heure, Alain Kamal Martial abandonnerait le look de BHL, cesserait cinq minutes de parler de l’esclavage, se prendrait pour Jack Lang et m’embrasserait à chaque fois qu’il me rencontrerait, on me demanderait de faire partie du GRDC (5), le Conseiller d’Etat, si tellement occupé, entre deux avions ou entre deux vins romprait le croissant matinal avec moi à la terrasse de la boulangerie, Taillefer ordonnerait aux agents de sécurité de la Poste ou de la Sécurité Sociale de me laisser accéder aux guichets avant tout le monde, nimbé de tant de gloire je retrouverais le chemin des petits papiers de la Prima Dona du barreau, appelons-la Madame Z, qui me pardonnerait mes extravagances du passé, et la première d’entre elles, celle de lui avoir tenu tête, m’ouvrirait à nouveau tout grand les portes de sa villa, m’achèterait peut-être un petit ouvrage et, signe d’une profonde émotion, ne penserait même pas à me demander une ristourne, les gens en place couvriraient mes expositions, on m’inviterait pour entendre mon point de vue sitôt qu’on parlerait d’art ou de culture, on organiserait des débats contradictoires à l’issue desquels tout le monde se quitterait content de soi, Chamoins, le directeur des affaires culturelles de la préfecture me hisserait aux nues, moi qui suis par ailleurs tant porté sur les nus, on me solliciterait pour la coopération régionale, on me supplierait d’enseigner aux enfants, on m’octroierait des subventions, va savoir, on soufflerait mon nom pour une médaille des arts et lettres et, lorsqu’on m’inviterait, le soir, au restaurant, les serveurs, déférents, me donneraient du « maître ».
Voilà donc bien matière à rêver.

Et qu’en penseraient les Mahorais si j’étais noir ? À suivre…

* merci Brassens

(1) Un Blanc : muzungu prononcer m’zungu. Des Blancs : wazungu
(2) IEDOM Banque de France hors hexagone
(3) DLEM Détachement de la Légion étrangère
(4) GSMA Service militaire adapté
(5) GRDC Groupe de Réflexion sur le Devenir des Comores. Très documenté, très pointu et très chatouilleux sur l’histoire de la région, très intelligent, très amoureux des Comores dans leur ensemble, un peu snob ou peut-être simplement élitiste, très anti-département et donc quasiment clandestin par les temps qui courent.

Et si j’étais Comorien ça donnerait à peu près ça.

lundi 27 octobre 2008

Un problème de moins



Voici comment j'ai réglé le problème du chapeau

jeudi 23 octobre 2008

J'ai un autre problème

Aujourd'hui je ressemble à ça.
Quelles soient noires ou blanches les élites de Mayotte ne m’aiment pas.

Du côté des blancs on a le directeur des affaires culturelles de la Préfecture. Quand il me voit, ce qui est rare et qui dépend de circonstances sociales totalement indépendantes de sa volonté, il me tend sans plaisir deux quenelles molles et froides à serrer en guise de poignée de main, me toussote un évanescent bonjour en regardant par-dessus mon épaule pour voir s’il ne s’y trouverait pas quelqu’autre individu avec lequel il serait plus flatteur de s’afficher, quelqu’acteur de la vie culturelle locale plus digne de son éducation, de sa fonction et de sa suffisance.

Du côté des Mahorais on a le directeur des affaires culturelles du Conseil Général. Kofia sur la tête, djellaba sur les épaules, non seulement le vendredi mais la plupart des jours de la semaine, un vrai produit du cru. Il me rendit visite une fois à Bandraboua, là où je vivais et travaillais il y a maintenant quatorze ans de cela. J’eus ensuite peu de temps après une conversation avec lui dans son bureau où l’on parla de tout, y compris de Rembrandt qu’il me sembla connaître, ce qui m’étonna fort et me remplit d’espoir. En ces temps de rustres et en ces terres arides je crus avoir trouvé un interlocuteur. Tu parles ! Je lui téléphone, il n’est pas là ; je lui écris, il ne répond pas ; je lui envoie des mails, ils restent sans réponse et ça fait plus de quatorze ans que ça dure.

Autre Mahorais, créolisé celui là, le directeur du service culturel (ça fait quand même beaucoup de directeurs culturels tout ça), qui s’occupe des spectacles et des actions culturelles. Ce dernier ne remercie pas quand on lui envoie des reproductions de tableaux, ne vient ni ne donne signe de vie lorsque sa propre tante l’invite chez moi à un de ses vernissages et me salue d’un bref et réticent hochement de la tête, lorsqu’il m’aperçoit, sans un mot et sans un sourire. Un peu comme si, là où j’étais, je n’aurais pas dû être.

Lorsqu’un raout est organisé, ces messieurs invitent les « acteurs culturels de l’île », c’est l’expression consacrée, ainsi qu’il fut fait lors de la visite du frère de PPDA par exemple, ou à l’occasion du déplacement d’un grand commis de l’Etat. Croyez-vous que j’en sois du nombre ? Pas du tout. Marcel n’est pas un acteur culturel de Mayotte. Oh les fâcheux butors ! Lorsqu’ils décident d’offrir au ministre de passage un tableau en guise de souvenir, ont-ils auparavant visité mon atelier ? Pas une fois ; ni ne se sont jamais enquis de mes tarifs, pourtant fort modestes. On invite Jan Van der Hoven, rasta hilare de père hollandais et de mère zaïroise et qui n’est donc pas plus mahorais que ne le fut ma grand-mère, ou on achète un tableau à Tim, jeune femme d’ascendance malgache ou asiatique voire les deux à la fois, pas mahoraise pour un sou elle non plus. On peut préférer leur travail au mien mais pourquoi ne tient-on jamais compte ni de ce que je fais ni des quinze ans que j’ai passés dans l’île ? Pourquoi ne me pose-t-on jamais aucune question ? Il n’y a pourtant pas tant de peintres que ça par ici et il y en a encore moins qui travaillent correctement. Ma peinture est-elle nulle ? Ah ah ! Rions. Ces messieurs sont-ils tous niais ? C’est très possible. Tous ignorants ? C’est très probable. Tous inutiles ? C’est très certain. Mais j’ai une autre explication et ce que je crois aujourd’hui c’est que la couleur de l’artiste compte plus que celle de son travail et que subséquemment, je serais beaucoup plus courtisé si j’étais noir. Par exemple, là, en ce moment, je joue avec l’idée de me teindre en noir pour présenter ma prochaine expo (le 12 novembre à 18h30 au M’biwi café)

Supposons donc que je sois noir A suivre…